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Billet de blog 11 juil. 2015

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"Fenêtre sur camp: réponse d'un soutien à un riverain", par Fred

Un riverain : Bonjour, je souhaitais savoir si, avec tout ce que vous faites pour les migrants, vous pensez un peu aux riverains du quartier ?

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Un riverain : Bonjour, je souhaitais savoir si, avec tout ce que vous faites pour les migrants, vous pensez un peu aux riverains du quartier ?

Pensez vous que c'est agréable de voir en bas de sa fenêtre un "camp de migrant" ? Pourquoi vos actions contribuent-elles à maintenir voire à aggraver cette situation en pérennisant les migrants sur les trottoirs ? Pourquoi ne mettez-vous pas à contribution votre temps et votre énergie à trouver des solutions pérennes en harcelant mairie / préfecture / ministère etc pour mettre à disposition des logements pour ces pauvres gens ?

Pourquoi et jusqu'à quand devrais je subir une situation que je n'ai pas choisie ? Et à laquelle, je suis désolé, mais vous contribuez largement ?

Des collectifs sont en train de se monter entre riverains qui n'en peuvent plus de cette situation à la limite

Compte tenu du temps que vous consacrez à aider les migrants, je pense que vous aurez bien 1 minute à consacrer à un riverain consterné par cette situation.

Un soutien : Bonjour monsieur Zrim, tout d'abord veuillez savoir que le message que vous envoyez n'apparaît pas dans ma boîte de réception mais dans "Autre", boîte que je viens de consulter. Je prends donc le temps de vous répondre dès maintenant, car il est vrai qu'il est important d'expliciter l'action en cours à la halle Pajol. Tout d'abord, le mouvement d'aide aux réfugiés, débuté dès les expulsions de La Chapelle, est aussi le fait de riverain.e.s, de voisin.e.s, qui ont été sensibles au sort de ces personnes que les autorités (mairie, préfecture, OFPRA) veulent invisibiliser et disperser. Il y a donc une pensée pour les riverain.e.s, car ce sont des riverain.e.s, pour la majorité, qui agissent en solidarité avec des personnes en situation de précarité extrême. Ces mêmes riverain.e.s ne se sont donc pas demander s'il était agréable de voir un camp de migrants dans leur quartier, mais si cela était acceptable, si cela était humain. Vous l'aurez compris, la réponse est négative. L'esthétique n'a pas sa place ici. Il s'agit de politique et de morale : à partir du moment où des personnes dont le droit au logement et le droit à l'asile est au pire, bafoué, au mieux, entravé, il s'est fait sentir dans le coeur de ses voisins et voisines la nécessité de s'impliquer, de ne pas considérer ces personnes comme un décor désagréable mais comme un monde dans lequel il était possible de s'investir, par l'effort de chacun.e et la solidarité de tous et de toutes. Du temps, beaucoup de temps, est mis à contribution pour trouver des solutions pérennes. Simplement, ce temps dépensé n'est pas visible depuis vos fenêtres. Ce qui se passe, c'est qu'aucune autorité n'a pour l'instant manifesté la volonté de trouver une telle solution qui soit globale. Nous étions, il y a quelques semaines de cela, dans les jardins d'éole. Le 19 juin, l'OFPRA, la mairie de Paris, et les représentants de quelques partis dits de gauche se sont présentés, avec des bus et des CRS, pour envoyer une bonne partie des migrant.e.s qui avaient atterri en ce lieu dans des centres d'hébergement, pour la plupart des centres d'hébergement d'hiver ouverts spécialement pour l'occasion. S'il y a eu cette action, qui semble correspondre à ce que vous appelez un lieu pérenne hors des rues, c'est parce qu'il y a eu une mobilisation importante, effervescente, sur le camp d'éole. Dans ce sens, notre mobilisation n'a d'autre but que d'exiger des autorités une solution digne et pérenne : des logements pour tous et l'application du droit d'asile. Les manifestations que nous organisons vont ainsi dans ce sens: visibiliser notre action pour faire pression sur les autorités, afin, selon vos termes, de mettre à disposition des logements pour ces pauvres gens (qui sont en fait des gens riches d'expériences, et qu'une vision misérabiliste ne saurait saisir de manière appropriée). Ce n'est donc pas faute d'énergie dépensée que le camp perdure, mais faute de solutions adaptées que les autorités ne proposent pas. Pour combien de temps encore? Votre question est juste, elle est sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs. Personne n'a choisi cette situation, elle résulte d'actions multiples : les expulsions organisées par la préfecture, sous l’œil bienveillant de la mairie, la persévérance des migrants, des migrantes, et des soutiens, qui savent que leur seul force réside dans une communauté d'organisation, car elle seule permettra de faire pression pour que ce camp disparaisse, et que les personnes migrantes aient enfin des conditions de vie dignes de leur vécu. Ce à quoi nous contribuons, donc, c'est de mettre le doigt sur un problème, que vous pointez également, afin de le supprimer. Ce problème est simple : des personnes réfugiées n'ont pas à vivre dans la rue. Il me semble que nous sommes d'accord sur ce point là. Pourtant, ne perdons pas de vue que si ces personnes restent dans la rue, ce n'est pas parce qu'il y a quelques boîtes de thon servies, quand il y en a, dans un stand improvisé. Si ces personnes restent dans la rue, si elles subissent les aléas du temps, de l'insalubrité qui guette, c'est parce que nulle personne disposant d'un pouvoir étatique ne se soucie assez de leur sort. J'entends que la situation soit inacceptable. C'est cela même qui anime le collectif de riverains qui vise à soutenir les revendications des réfugiés et réfugiées. Mais ne vous trompez pas de colère. Il y a un droit, que l’État français ne respecte pas. Il y a des possibilités d'action, comme la réquisition de logements vides depuis trop longtemps, dont l’État français ne s'empare pas. La situation n'est pas "à la limite", elle est hors des limites du tolérable. Mais pour agir dans le sens d'une solution, nos revendications doivent s'adresser aux autorités, pour la mise en place d'une prise en charge, pour l'ouverture de lieux pérennes. Nous sommes, autant que vous, consterné.e.s par cette situation. Mais ce n'est pas en demandant à la police d'évacuer les lieux qu'elle s'améliorera. La police a déjà frappé à Pajol, souvenez-vous, le 8 juin. L'utilité d'une telle opération est manifestement nulle. Vous ne trouverez pas de solutions en appelant au démantèlement du camp par la force. Le camp se déplacera, et reviendra, errant, inchangé, l'amertume en plus. Ce qu'il faut, c'est faire pression sur les autorités, pour l'ouverture de lieux dans lesquels ces personnes soient traitées comme des humains, et non comme du bétail, à proximité des lieux essentiels pour leurs démarches administratives, et ce dans le respect de leurs droits. Je comprends votre exaspération, elle tient au caractère inacceptable de la situation. Il convient désormais de diriger cette exaspération vers les entités dont on peut exiger des solutions pérennes. La police n'est pas de celles-là.

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