APPEL DE PARIS: mise à l'abri immediate et inconditionnelle des mineurs isolés.

Nous, soutiens, collectifs et associations, venant en aide aux mineurs isolés étrangers qui sont à la rue dans Paris, demandons votre participation à l’appel que nous lancerons le 20 novembre 2016, journée internationale des droits de l’enfant, pour obtenir la protection et la mise à l’abri immédiate des mineurs isolés étrangers qui dorment actuellement à la rue dans notre capitale.

SIGNEZ L’APPEL DE PARIS !

Malgré l’ouverture très médiatisée, du  centre humanitaire de madame

Hidalgo, aucun dispositif d’hébergement n’a encore été prévu pour la dizaine de mineurs isolés étrangers qui arrivent chaque jour à Paris.

  Le DEMIE (Dispositif d’Evaluation des Mineurs Isolés Etrangers), seule porte d’entrée  pour une prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, se révèle être très largement défaillant car plus de 80% des mineurs qui s’y présentent sont refusés.Ils doivent alors entamer un recours juridique de plusieurs mois sans jamais être mis à l’abri, et sont exposés à tous les dangers de la rue.

Cet appel a pour objectif de mobiliser, citoyens et pouvoirs publics afin que tous les mineurs isolés soient accueillis, mis à l’abri,  24h sur 24 et 7 jours sur 7, dans un lieu adapté, afin que leur évaluation puis leur placement définitif se fasse dans des conditions dignes, sans discrimination aucune avec les enfants français, et dans le respect de leurs droits.

Nous dénonçons l’abandon par l'Etat des Mineurs Isoles Etrangers qui vivent dans la capitale.

Un migrant sur trois est un enfant: 

Plus d’un migrant sur trois est un enfant, et parmi ces enfants, nombreux sontce que l’on appelle pudiquement : des Mineurs Isolés Etrangers (MIE).

Les démantèlements successifs des campements, qui ont eu lieu ces derniers jours,  à Calais comme à Paris, ne mettront pas  fin à l’arrivée de migrants sur notre territoire. Au lendemain de la création d’un camp humanitaire pour les primo arrivants, voulu par la mairie de Paris, rien n’a été envisagé pour accueillir de façon immédiate et pérenne les plus fragiles d’entre eux : Les mineurs isolés.

  Ils arrivent du Soudan, d’Erythrée, de Somalie, du Tchad, du Mali, d’Afghanistan, ils fuient la guerre, le terrorisme, la dictature militaire, le nettoyage ethnique, la misère…Après avoir parcouru seuls un long chemin d’exil, l’arrivée en  France est envisagée, pour beaucoup d’entre eux, comme  la fin d’un calvaire, la possibilité, enfin, de redevenir des enfants.  Mais ils se trompent !

 Plus de 80% des MIE sont refusés du dispositif de prise en charge:

 Lorsqu’ils arrivent à Paris, ces mineurs étrangers non accompagnés devraient être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE), mais au DEMIE (Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers géré par La Croix Rouge) qui est censé les accueillir et les mettre à l’abri sans condition, plus de 80% d’entre eux sont refusés*(1) sur de simples doutes concernant leur minorité ou leur isolement.

 La Mairie de Paris, qui est en charge de ce dispositif, ne prend en compte ni leurs documents d’état civil – contestés hors de toute vérification légale –, ni de la loi, ni des recommandations du Défenseur des droits. Les jeunes sont systématiquement soupçonnés de mentir sur leur âge et leur récit.

 Aucun recensement officiel:

 Dans la capitale, comme ce fut longtemps le cas à Calais, aucun recensement officiel n’a été entrepris sur les campements ni sur  les différents lieux de vie ou ces enfants tentent de trouver refuge. Un tel recensement, en effet,  placerait l’Etat face à son devoir de protection vis a vis de ces enfants comme le préconise la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

 La France a ratifié en 1990, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), dont l’article 20 prévoit que « Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial, a droit à une protection et une aide spéciale de l’Etat. » Force est de constater qu’à Paris comme à Calais, cette obligation de droit positif est allégrement bafouée dès lors qu’il s’agit de mineurs isolés venus de l’étranger.

 Rejetés de tous les dispositifs de protection:

 Rejetés des dispositifs de protection de l’enfance, ils ne peuvent pas non plus bénéficier de ceux prévus pour les adultes, qui ne sont pas habilités à les recevoir. Abandonnés à leur sort, ils sont dans une errance et un désœuvrement total.

 Malgré les signalements quotidiens des citoyens bénévoles qui tentent désespérément de leur venir en aide et les tentatives nombreuses des associations pour alerter les services en charge de la protection de l’enfance de la ville de Paris, nous continuons jour après jour, à voir ces enfants et ces adolescents dormir dans les rues la capitale.

 Des dizaines d’enfants dorment à la rue: 

 - I, 17ans, guinéen, en possession d’un acte de naissance, rejeté 2 fois du DEMIE malgré le soutien d’une association, au motif qu’il n’y avait pas sa photo sur  son acte de naissance !!!

- D, 16 ans, érythréen, sans document d’identité, rejeté du DEMIE, a disparu depuis.

- M, 15 ans, Malien en possession d’un acte de naissance, rejeté 4 fois du DEMIE

- A, 12 ans, Afghan, enfant soldat dans son pays, il arrive en France sans papier, il est  3 fois rejeté du DEMIE parce que son isolement est contesté, il est accompagné d’un « oncle » qui s’avèrera être un passeur, il dormira plus d’un mois dans la rue et rejoindra la longue liste des mineurs, qui faute d’une prise en charge à Paris ont continué leur route jusqu’a Calais dans l’espoir de rejoindre l’Angleterre.

 Des enfants en danger: 

 Depuis plusieurs mois voilà ce qui se passe à Paris pour ces enfants :

 -        Ils dorment à même le sol, au ras des voitures, sous la pluie, dans le froid

-         Ils sont à la merci de tous les trafics : traite, prostitution, pédophilie…

-         Ils sont prives de scolarité, d’accès aux soins, d’hygiène, d’intimité

-         Ils ne mangent pas à leur faim, souvent une seule fois par jour

-         Ils font l’objet d’une violence récurrente de la part de la police qui effectue des rafles fréquentes, n’hésitant pas a les mettre en garde a vue, voire en Centre de rétention administrative.

 Face l’abandon et aux violences institutionnelles dont sont victimes ces enfants, l’inertie de l’Etat s’apparente à de la maltraitance et de la non assistance à personne en danger.

 Nous, citoyens de la 6e puissance mondiale, et du pays des droits de l’homme, dénonçons la violation des droits de ces enfants qui, au risque de leur vie, sont venus jusqu'à nous, demander refuge et bénéficier de notre protection.

 Nous, qui voyons ces enfants dépérir chaque jour un peu plus, épuisés par la vie dans la rue, brisés par la violence que représente le déni de leur propre identité et anéantis par l’absence d’avenir qui s’offre à eux. 

 Nous demandons au gouvernement français, aux services de l’aide sociale à l’enfance et aux conseils départementaux, d’appliquer la loi :

Permettre une mise à l’abri immédiate et inconditionnelle de ces enfants pour  qu’ils puissent être accueillis,  24h sur 24 et 7 jours sur 7, dans un lieu adapté, afin que leur évaluation en vue de leur placement définitif se fasse dans des conditions dignes, sans discrimination aucune avec les enfants français, et dans le respect de leurs droits.

 « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale »( article 3-1 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.)

 
*(1)  Estimation faite à partir des observations quotidiennes des collectifs engagés dans l’aide et le soutien aux mineurs isolés.

 

Liste des premiers signataires :

Isabelle Jénoc (Réalisatrice) Agathe Nadimi (Professeur de l’enseignement supérieur) Florence Roy ( Journaliste), Salam quand même, Collectif La veilleuse, CPSE (TIMMY) , RESF Paris, l’association Polyvalence, l’association Sperantza

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