«Toujours, c’est la même histoire»

Témoignage d'un exilé, à la rue depuis un an, date de son arrivée à Paris. S'il s'agit d'une histoire singulière, elle se fait porte parole de toutes celles qui sont tues. Celles de milliers d'exilé-e-s à la rue en France qui, en plus de se voir refuser leur droit à un hébergement, subissent au quotidien le harcèlement de la police française.

"Toujours, c’est la même histoire. Ça fait combien de temps qu’on est à la rue ?

Depuis qu’on est arrivés en France, on n’a jamais eu de maison. Même si on a fait une demande ; et beaucoup de fois on a fait cette demande d’avoir une place pour dormir. Chaque fois, on appelle le 115, chaque fois on nous dit : « il n’y a pas de place, rappelez demain ».

Avant, nous dormions à Côté du Canal Saint-Martin. Souvent, la police nous prenait nos affaires et nos couvertures.

A cause de cela, nous sommes partis à Bobigny. Pendant plusieurs mois, nous avons été tranquilles.

En août, un matin à 6 heures, la police est venue nous réveiller. Les policiers nous ont demandé nos récépissés de demande d’asile et ont pris des photos de nos visages avec leur téléphone. Nous avons demandé : Pourquoi est-ce que vous prenez nos visages en photo ? Ils ne nous ont pas répondu et nous ont demandé pourquoi nous dormions ensemble, faisant des allusions sexuelles.

Depuis ce jour là – cela fait trois mois – ils viennent presque toutes les nuits. Ils nous réveillent et nous parlent mal. Ils ont jeté plusieurs fois de l’eau sur nos affaires et couvertures, et d’autres fois les ont aspergés de gaz lacrymogène. Une fois ils ont pris nos portables et nous ont dit de venir les récupérer au commissariat mais nous n’avons pas compris où et comment. Ils ne nous les ont jamais rendus. Ils nous disent : « dégagez, retournez dans votre pays ».   On va faire comment, on va aller où ? C’est la guerre en Afghanistan et la police ne nous laisse pas être ici.

La France : le pays de la liberté des droits de l’homme ?"

 

Un afghan

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