SAKI SU ! LIBÉREZ LES !

Le 1er Octobre a commencé à Chelmsford Crown Court le procès de 15 activistes luttant contre les déportations en Grande-Bretagne qui ont empêché la déportation de 57 personnes le 28 mars 2017. Accusé.es de « mise en danger de la sécurité d'un aérodrome », infraction créée dans le cadre de la lutte anti-terroriste, ils risquent la perpétuité. Nous exigeons une relaxe inconditionnelle.

Que signifie le fait de comparer un attentat meurtrier (Lockerbie, 1988, 270 morts) à une action visant à stopper la déportation de 57 personnes ? Que démontre le fait de demander une peine d'emprisonnement à perpétuité à l'encontre de militant.es qui ont empêché un avion de décoller, sinon qu’il faut faire des étranger·es avec ou sans-papiers les responsables d'un déséquilibre de la société occidentale qui ouvre la voie au terrorisme.

Mais où était la bombe ? Où étaient les armes ? Étaient-ce les corps enchaînés qui empêchaient l'avion de décoller ou bien ceux entravés des personnes déportées contre leur gré ? Qu'est-ce qui ce jour-là aurait pu causer la mort pour que l'on en vienne à qualifier cette déportation empêchée d'acte terroriste ? Et quelle idéologie mortifère veut on évoquer ce faisant ?

C'est en déportant des gens, en les droguant en les enchaînant, et en poursuivant des militant·es à des peines de prison à vie que l’État pratique la terreur, celle qui consiste à discipliner les catégories de populations construites et désignées comme dangereuses.

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D’abord en utilisant le souvenir commun d'un traumatisme pour exacerber le repli communautaire, la peur de l'autre, du pauvre, de l’Étranger.ère, du/de la racisé.e. ; puis, surtout parce que ces catégories ne sont pas fortuites mais dépendantes de la construction des États européens et nécessaires à leur économie politique. Aujourd’hui, on poursuit donc des gens qui se battent contre la criminalisation de la circulation et de l’installation des non-européen.nes, tandis que l’on s’affole que le Royaume-Uni puisse bientôt considérer « un Européen comme n’importe quel autre immigré »1. Car si les quinze personnes appelées à la barre sont des militant.es britanniques et si c’est d'elleux dont parlent les soutiens officiel·les2, n'est-ce pas parce que pour la première fois une condamnation à l'encontre d'activistes utilise des moyens d'ordinaire réservés aux non-blanc·hes et aux non-européen·nes ?

Les États européens jonglent habilement avec l'art de déplacer, au nom de leurs intérêts, une contestation de leurs politiques migratoires mortifères de peur de l’Étranger.ère. En qualifiant de terroriste cette action, le gouvernement britannique utilise l’idée bien rodée d’une “Civilisation” faisant obstacle à la terreur, en l’occurrence à des idées politiques qui le menacent. Qualifier cet acte civique de terroriste, c'est tenter de bâillonner toute contestation qui ne se satisfait pas d'un discours d'indignation, c'est insulter l'intelligence de celles et ceux qui refusent de rester des spectateur·rices ébahi·es des violences légales, c'est tenter de couvrir d'infâme l'annulation magistrale d'une déportation.
En France, les arguments de « l'anti-terrorisme », de la « sécurité » et de « l'outrage et rébellion » sont régulièrement utilisés pour menacer et réprimer les activistes qui estiment que la loi sert le racisme d’État. Pendant plus d'un an, en prenant un simple arrêté, le Préfet de la Seine-Saint-Denis s'est ainsi servi de l’état d'urgence pour tenter d'interdire notre présence dans les terminaux de l’aéroport Charles-de-Gaulle, visant à informer les passager.ères de la présence d'un.e Étranger.ère expulsé.e sur leur vol. Régulièrement, les officiers de la Police aux Frontières, commis au sale boulot, tentent d'intimider des passager.ères réfractaires à l'observation passive, en les menaçant de peines de prison ou en envoyant des cordons de CRS dans les avions pour les sortir par la force.

À l'heure de l'enfermement généralisé et du contrôle permanent, ce sont ces actes dont nous nous réclamons et auxquels nous appelons face aux tribunes journalistiques, aux artistes larmoyant·es ou aux documentaristes vaguement outré.es. Aussi, nous exigeons la relaxe inconditionnelle et l'arrêt de toutes les poursuites à l'encontre de ces 15 activistes qui s'opposent au terrorisme d’État. Nous réaffirmons la nécessité et la possibilité d'empêcher les expulsions par tous les moyens que nous jugerons nécessaires, et de faire revenir celles et ceux qui auront été déporté.es.

La Chapelle Debout ! 

Signataires :

La Brigade Anti Déportation

Le Collectif des Sans Papiers 75 (CSP75)

La Coalition Internationale des Sans Papiers et Migrants (CISPM)

Paris d'Exil

Omar Slaouti

Le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

L'Association des Femmes Plurielles

La Section SNMD-CGT de la Cité nationale de l'histoire de l'Immigration

Le Collectif des Travailleurs Sans Papiers de Vitry

Act Up-Paris

Le Genepi

1https://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2018/10/02/londres-traitera-les-europeens-comme-les-autres-immigres-apres-le-brexit_5363048_4872498.html

2https://www.amnesty.ca/news/uk-stansted-15-trial-amnesty-observe-trial-amid-concerns-anti-deportation-activists

Saki su signifie "Libérez les" en haoussa

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