Parce que Théo Luhaka.
Parce que Théo est le nom des milliers de jeunes harcelés en permanence dans les quartiers populaires.
Parce que les flics qui ont violé Théo sont en liberté et que des jeunes sont emprisonnés pour s’être révoltés.
Parce que Adama Traoré, Zyed et Bouna, Lamine Dieng, Ali Ziri, Amine Bentounsi, Lahoucine Ait Omghar, Hocine Bouras, Abdoulaye Camara, Wissam El Yamni, Amadou Koumé, Mourad Touat, Jean-Pierre Ferrara, Rémi Fraisse, Babacar Gueye et tous nos frères tués par la police.
Parce que tous les meurtriers sont en liberté.
Parce qu’on n’oublie pas.
Parce qu’on ne veut pas pleurer demain, Ali, Youssouf ou Mamadou.
Parce qu’on ne pardonne pas.
Parce que Cazeneuve appelait au calme pendant qu’il faisait voter à l’Assemblée une loi qui élargit le permis de tuer des flics et aggrave les peines pour « outrage ».
Parce que nous refusons la paix des cimetières.
Parce que les dizaines de milliers de migrantEs mortEs en mer en Méditerranée et aux Comorres.
Parce que les dizaines de migrantEs fauchéEs sur les voies rapides à Vintimille et à Calais.
Parce que ce massacre continue avec « humanité ».
Parce que les frontières sont de plus en plus hautes et dangereuses à franchir et que leurs tentacules de grilles, de caméras et de flics gangrènent nos villes et nos quartiers.
Parce que les chibanis qui ont été méprisés et exploités continuent d’être humiliés.
Parce que les flics descendent dans les foyers de travailleurs immigrés pour casser les grèves de loyer et arrêter les sans-papiers.
Parce que Adoma, Coallia et la préfecture ferment les lieux collectifs, salles de prière, cantines ou salles de réunion dans les foyers.
Parce qu’un homme est mort en décembre dans l’incendie criminel d’un foyer à Boulogne.
Parce que les centaines d’AlgérienNEs massacréEs par la police « républicaine » le 17 octobre 1961.
Parce que le 19 mars nous renommerons la place de la Nation, place du 19 mars 1962, symbole de la lutte des AlgérienNEs contre le colonialisme de la République française.
Parce que le viol de Théo, la mort de nos frères, la chasse aux migrantEs, l’islamophobie, les contrôles au faciès, le harcèlement dans les foyers, le mépris envers les chibanis, le démantèlement des camps de Rroms ou l’impunité policière, ne sont pas des accidents mais le produit de toute une politique raciste et sécuritaire de l’Etat.
Parce que « police partout, justice nulle part ».
Parce que les appels au calme du pouvoir relayés par les médias dominants et les experts autorisés ne visent qu’à faire taire la révolte pour continuer de plus belle la guerre sociale menée par le pouvoir.
Parce que les jeunes ont raison de se révolter, qu’ils et elles ouvrent des brêches et qu’il ne faut pas les laisser isoléEs.
Parce que nous paierions cher, demain, leur amertume et leur désespoir.
Parce que c’est tout un système qu’il faut combattre, que la police n’en est que le bras armé et que les brêches ouvertes aujourd’hui doivent être élargies pour atteindre ce système lui-même.
Parce que nous préférons vivre debout que mourir à genoux.
Parce qu’il est temps de monter au front. Toutes et tous.
Denis Godard, 16 février 2017
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