La Chapelle en Lutte (avatar)

La Chapelle en Lutte

Abonné·e de Mediapart

321 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 novembre 2016

La Chapelle en Lutte (avatar)

La Chapelle en Lutte

Abonné·e de Mediapart

TGI de Paris 9 novembre 2016. L’audience était presque parfaite, par Aubépine Dahan

Alors que la préfecture de police de Paris fait son possible pour criminaliser les personnes solidaires avec les migrants, une des deux personnes convoquées au tribunal pour une prétendue «manifestation sauvage», fait part de sa perplexité sur l'objet de cette plainte. Voici ce qu'elle aurait dit si la relaxe n'avait pas été prononcée sans que l'audience n'ait pu avoir lieu...

La Chapelle en Lutte (avatar)

La Chapelle en Lutte

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd'hui, mercredi 9 novembre 2016, notre audience n’a pas vraiment eu lieu. Au soulagement d’un verdict qui nous relaxe, se mêle la frustration d’un jugement qui reflète d’avantage le souhait du tribunal d’esquiver le débat politique sur la question des exilé.e.s, qu’un véritable attachement au fait de faire triompher la Justice.

Au pénal, nous disait-on, comptent non seulement les faits, mais aussi la personnalité et l’environnement des prévenu.e.s. Soyez vous-mêmes, soyez sincères, soyez respectueux de l’institution, pas de traits d’humour, de toute façon vous n’en n’aurez pas envie, déférence... En gros soyez vous-mêmes mais faites attention... (ça s’appelle une injonction contradictoire en bon français).

Voilà ce que c'était censé donner en substance...

Je milite depuis un an au sein d’un collectif que j’ai contribué à créer, le Collectif Parisien de Soutien aux Exilé.e.s.

Comme tous les collectifs de personnes solidaires, le CPSE s’est créé sur la base d’une proximité physique des habitants des quartiers avec les campements d’exilé.e.s et du vide laissé par les grandes associations qu’on aurait pu s’attendre à voir intervenir dans ces situations de détresse, de dénuement extrême et d’abandon.

Avantage du vide : une grande liberté d’action et un contact direct avec les exilé.e.s. Très rapidement, l’action « matérielle » est devenue inséparable d’une action politique. Nous avons été très vite conscients que nous faisions gratuitement le travail des autorités, et que cela ne faisait qu’entretenir leur inaction. Cela ne pouvait être acceptable qu’associé à une action politique, avec pour objectif de rendre visibles et de (re)donner la parole aux premier.e.s concerné.e.s, les exilé.e.s.

Je ne me reconnais pas dans l’approche « humanitaire » très frustrante : nous luttons non pas simplement pour de meilleures conditions matérielles mais aussi pour le respect des droits et pour la dignité de nos semblables. C'est un objectif politique à la fois simple et hyper mobilisateur.

L’action du 6 août avait ainsi pour enjeu de dénoncer, ensemble avec les exilé.e.s,  les violences policières dont nous avions été les témoins, et/ou les victimes, depuis (en ce qui me concerne) le tout premier jour de mon engagement en novembre 2015.

Ces violences se manifestaient avec une intensité plus forte encore depuis le 22 juillet 2016, date d’une évacuation calamiteuse ayant duré plus de 14h et émaillée de nombreuses mesures vexatoires, violentes et humiliantes à l’encontre des exilé.e.s.

Notre souci en tant qu’organisateurs du rassemblement, et celui de beaucoup de personnes solidaires le 6 août, était d’éviter toute violence supplémentaire de la part de la police. Lors de toutes les manifestations précédentes impliquant des exilé.e.s, on n’avait jamais vu de comportements violents de la part des manifestant.e.s, donc on n’avait pas peur de ce côté-là.

Mais l’idée que des exilé.e.s prennent le risque de se faire taper dessus encore une fois par la police lors d’une action que nous organisions était exclue. Houssam, comme moi, avons été très attentifs à ça pendant toute l’action. Et satisfaits qu’il n’y ait pas eu de « passage à l’acte » de la part de la police même si l’attitude de certains policiers était franchement hostile ou provocatrice, à commencer par la mise en place de la nasse.

L’important pour moi, était que nous fassions entendre notre voix sur la condition des exilé.e.s et la nécessité de respecter leurs droits : papiers et logements pour tous.tes. Et je crois que nous avons fait entendre notre voix, ce jour-là.

En revanche, je ne comprends absolument pas les suites de l’action.

Je n’ai pas compris pourquoi on empêchait le déplacement le long d’un trottoir d’une centaine de personnes. Pourquoi, pour une nombre aussi minime de personnes, et en situation de « sous-effectifs » policiers, on a mobilisé autant de moyens répressifs : 28 fourgons autour de nous, une dizaine d’autres véhicules à proximité, et probablement plus d’une centaine de policiers. En plein état d’urgence, pendant Paris-Plage, cela paraissait paradoxal.

Faire l’expérience de la garde-à-vue est d’une violence inouïe mais c'est aussi accéder, à petite échelle et la barrière de la langue en moins, au sentiment d’absurdité et d’incompréhension que peuvent avoir les exilé.e.s face au traitement qui leur est réservé : brutalement précipité.e.s dans un monde carcéral et déshumanisé, alors qu’ils et elles sont dans une démarche largement légitime, sans qu’il y ait eu de leur part une quelconque intention de nuire, de voler, ou de troubler l’ordre public.

Houssam et moi nous retrouvons ici aujourd'hui comme suite de notre engagement auprès des exilé.e.s. Nous sommes poursuivis par ce même Etat dont nos collectifs, le CPSE et la Chapelle Debout ! assument avec leurs propres et faibles moyens une partie des missions depuis plus d’un an : n’y-a-t-il pas là une contradiction dans les termes ?

A moins de considérer qu’il est devenu subversif d’agir selon les valeurs enseignées à l’école de la République, inscrites au fronton de toutes les institutions. Auxquelles j’ajouterai humanité, dignité, solidarité.

.../...

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.