« Paris, Ville refuge ? » Les élus municipaux doivent soutenir les réfugiés à la rue

Nous, parisiens solidaires des migrants, interpellons nos élus, grands absents des solidarités qui se sont déployées à Paris, afin d'agir réellement et de prendre position en particulier contre les persécutions policières. Nous les invitons à prendre leurs responsabilités pour que Paris ne devienne pas un nouveau Calais. Pour qu'ils nous entendent, signez la pétition !

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Nous, parisiens solidaires des migrants, sommons nos élus, grands absents des solidarités qui se sont déployées à Paris, d'agir réellement et de prendre position en particulier contre les persécutions policières. Nous les invitons à prendre leurs responsabilités pour que Paris ne devienne pas un nouveau Calais.

Depuis le mois de juin, les hébergements dans des centres d’hébergement d’urgence et des hôtels n’ont été obtenus qu’au prix de luttes menées de front par les migrants et leurs soutiens parisiens. Ce fut notamment le cas des quatre campements successifs de la place de la République, de novembre 2015 à janvier 2016. C’est grâce à leur détermination que les réfugiés, bravant le froid, la pluie et la violence nocturne de la police (matraquages, gazages, coups de pieds, insultes,  eau froide…), ont fini par arracher des hébergements qui devraient systématiquement être mis à disposition des demandeurs d’asile en vertu de la nouvelle loi sur l’asile de juillet 2015[2]. Or, ces hébergements d’urgence devraient être réservés à d’autres populations précaires et ils ne sont pas adaptés. On y constate la persistance et même l’aggravation des nombreux dysfonctionnements (absence de titres de transports, de suivi médical et juridique, parfois même de repas), dysfonctionnements qui avaient pourtant été notés par le Conseil Municipal début octobre 2015.[3] En vertu de la loi, il convient que les demandeurs d’asile soient logés dans des centres d’accueil des demandeurs d’asile (CADA). A Paris même, seulement 460 nouvelles places ont été créées depuis cet été. Un chiffre dérisoire par rapport à l’ambition affichée et aux besoins.

Début mars 2016, un nouveau campement à ciel ouvert s’est installé sous le métro aérien à la station Stalingrad (19°), composé en grande partie de migrants ayant dû fuir Calais ainsi que de femmes avec des enfants en bas âge, décidées à boycotter des hébergements d’urgence non adaptés aux familles.

femme-refugiee-campement-de-stalingrad © MBP femme-refugiee-campement-de-stalingrad © MBP

Comme toujours, la seule présence officielle sur ce campement a été celle de policiers dont la mission est –en plein hiver - d’empêcher l’installation de tentes. Certains policiers affectés à ces tâche ingrates se plaignent d'ailleurs du caractère moralement dégradant de tels ordres, offrant malgré eux à tous les habitants un spectacle terrifiant d’inhumanité.

Ces consignes qui émanent des préfectures de région et de police de Paris entravent les conditions les plus élémentaires de la survie et de la dignité des demandeurs d’asile. Elles insultent notre ville et humilient ses habitants à qui l’on voudrait faire tolérer l’inacceptable.

Si ces décisions, qui traduisent en actes la formule gouvernementale « anti-appel d’air » n’émanent pas des autorités municipales, le silence de ces dernières ne repose-t-il pas sur une forme de complicité politique avec le gouvernement PS ? Tout en proclamant des « valeurs d’accueil », les responsables municipaux ne sont-ils pas en train de s’abriter derrière ces décisions préfectorales pour se déresponsabiliser ?

Afin de ne pas laisser la gestion calamiteuse du Pas de Calais gagner Paris, nous demandons donc à chaque élu municipal de la majorité de se désolidariser publiquement de la violence xénophobe qui émane de la préfecture et du Ministère de l’Intérieur et de prendre position aux côtés des parisiens solidaires, qui le plus souvent de condition modeste, ont soutenu par leurs dons et leurs gestes d'humanité les migrants abandonnés à la rue par les pouvoirs publics.

Nous demandons à nos élus, tous partis confondus dès lors qu’ils se proclament solidaires, qu’ils fassent pression sur la municipalité afin que soient réquisitionnés les nombreux bâtiments vides qui lui appartiennent et qu’elle les mette à disposition des migrants et des initiatives solidaires. Nous attendons certes le résultat des vœux émis par le groupe communiste/front de Gauche au conseil municipal en février 2016 concernant la réquisition des entrepôts vides situés 191 Quai de Valmy. Bien que, malheureusement, jusque là, seuls les vœux du groupe socialiste concernant la présence nocturne de réfugiés afghans sous des arcades Place Raoul Follereau (10° arrondissement), ont débouché concrètement … sur l’installation de barrières de bois destinées à en barrer l’accès, ce qui confère un aspect ségrégationniste sinistre à cette place.[4]

Nous demandons ainsi à nos élus ayant approuvé l'idée de "Paris, ville refuge" des prises de position cohérentes et un soutien aux initiatives de la solidarité populaire, dans lesquelles les élus ont brillé par leur absence.

Afin d’honorer leur mandat, nous encourageons nos élus qui entendent contribuer à construire un vivre ensemble entre les migrants et les parisiens, à sortir de leur mutisme et à agir enfin face à l'urgence.

Nous aimerions accessoirement que cessent les stigmatisations de la solidarité sous le prétexte fallacieux d’une prétendue instrumentalisation des migrants par des militants d’extrême gauche. Qu’au lieu de chercher à justifier de manière infantile leur absence d’engagement sur un enjeu majeur qui engage la fabrique sociale de nos quartiers, les élus viennent apporter la preuve de leur soutien sur les campements et dans les centres d’hébergement d’urgence… c’est-à-dire là où l’urgence règne vraiment !

[1] http://www.paris.fr/actualites/refugies-ce-que-fait-la-ville-2872
[2] Loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile. https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/7/29/INTX1412525L/jo#JORFSCTA000030949488
[3] « 2015 V282 Voeu relatif à la mobilisation de la communauté de Paris en faveur de l’accueil des réfugiés. » http://a06.apps.paris.fr/a06/jsp/site/plugins/solr/modules/ods/DoDownload.jsp?id_document=125665&items_per_page=20&sort_name=date&sort_order=desc&terms=demandeurs%20d%27asile&query=demandeurs%20d%27asile
[4] « Vœu déposé par le groupe Socialiste et Apparentés relatif à la situation de la place Raoul Follereau » (vœu 125, décembre 2015). http://a06.apps.paris.fr/a06/jsp/site/Portal.jsp?page=ods-solr.display_document&id_document=128459&items_per_page=20&sort_name=date&sort_order=desc&terms=demandeurs%20d%27asile&query=demandeurs%20d%27asile

 

 

 

 

 

 

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