"Baby, leader des habitantes de la Jungle", une vidéo de Y. Lehuédé avec un texte de Mathilde Boudon

Conférence du 15/10/2015 à la Mairie du 2° arrondissement de Paris, organisée par Mathilde Boudon et Clarisse Muchnik.

La réalité de la jungle de Calais © yannis Lehuédé

 

 

 

Baby est une habitante de la jungle de Calais, elle est âgée de 29 ans et vient d’Ethiopie. Avocate et combattante des droits des femmes, elle a quitté son pays il y a deux ans pour arriver en Europe. Sa destination : l’Angleterre, pays dont elle maîtrise la langue et dans lequel elle espère pouvoir jouir de ses droits de femme. Elle habite à Calais, dans la jungle, depuis quatre mois. Elle se bat depuis pour rassembler les femmes qui y vivent et rétablir la vérité : celle des conditions de vie, de la répression policière et  du silence médiatique qu’ils et elles subissent. Baby dénonce l’inertie des gouvernements européens et la posture humanitaire derrière laquelle ils se réfugient. Manger, se laver, autant de besoins auxquels seules répondent les quelques associations présentes (Médecins du Monde, Emmaus, Ummah Charity,...). Mais la priorité, c’est d’obtenir des papiers, des logements et la liberté de circulation. « Si la France n’a pas besoin de nous, si elle ne veut pas de nous, très bien. Qu’elle ouvre la frontière et nous laisse passer. » Une logique pragmatique, vitale.

 Baby s’efforce donc de rassembler les femmes et d’organiser la lutte à l’intérieur du bidonville. Tous les jours, toutes et tous essaient de franchir la frontière. Malgré les forces de l’ordre, les bléssé.e.s, « les sœurs et frères qui meurent chaque jour »,tous s’acharnent. Défier la frontière et lutter pour la survie est leur quotidien. Impressions de tracts, rassemblements, manifestations… autant d’actions que les habitant.e.s de la jungle tentent de filmer, photographier et collecter pour sensibiliser la presse européenne. « Puisque les journalistes ne viennent plus à notre rencontre, ou en sont empêché(e)s par la police, nous avons pris l’habitude de témoigner de la dureté de notre existence à l’intérieur de la Jungle, ainsi que des violences policières que nous subissons. » Il s’agit donc de dénoncer les discours officiels qui déculpabilisent les acteurs du drame de Calais et de pointer du doigt les mécaniques meurtrières de la police française qui pourchasse sans relâche les habitant.e.s de la jungle et qui les poussent à se mettre en danger pour tenter d’échapper aux centres de rétention et aux expulsions.

Ses revendications sont claires : jouir de ses droits de femme, avoir le droit de franchir n’importe quelle frontière pour accéder à ces droits, mettre fin à la dynamique d’expulsion vers des pays d’origine où les représailles les attendent et qui n’est ni plus ni moins qu’un arrêt de mort consenti par les autorités françaises. (Texte de Mathilde Boudon)

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