"Chronique d'une évacuation", par Houssam El-Assimi

« Evacuation » subst., fém.. Du latin evacuatio « action de vider ».A « En parlant d’une chose qui est rejetée ou expulsée »B « En parlant d’un lieu »C « En parlant de personnes »

« Evacuation » subst., fém.. Du latin evacuatio « action de vider ».

A « En parlant d’une chose qui est rejetée ou expulsée »

B « En parlant d’un lieu »

C « En parlant de personnes »

Avec Austerlitz, et la Mairie du XVIIIe, ça ferait... la 13e si je compte bien. En 3 mois.

J’ai fait partie de ceux qui ont toujours été gênés par le terme « évacuation ».

En fait, un coup d’œil aux différentes définitions m’a donné tort.

Il n’y a de paradoxe qu’apparent à signifier l’hébergement de personnes à la rue en utilisant un terme qui appartient d’abord au vocabulaire militaire ou qui désigne des excréments.

Objectivement, c’est comme ça qu’on traite les migrants et les réfugiés d’abord, et les personnes qui en sont solidaires (voisins, citoyens, militants) ensuite.

D’ailleurs, à la place de « campements », la Mairie et la préfecture, disent : « abcès », « point de fixation », « blocage de la voie publique ».

 

Nécrose, constipation, embouteillage.

Double évacuation : Austerlistz et mairie du XVIIIe Double évacuation : Austerlistz et mairie du XVIIIe
 


On parle vraiment pas la même langue eux et nous.

Vous parlez de plusieurs centaines de personnes qui ont des droits, des langues, des histoires, un avenir. Les pouvoirs publics vous répondent : comptabilité, chasse d’eau, caserne.

Ces termes justifiaient aussi que la pref’ et la Mairie ne voulaient pas installer des toilettes ou des points d’eau dans plusieurs campements.

Objectif ? « Ne pas favoriser la création d’abcès dans l’espace public. »

 

Même si ça suppose de laisser les gens se laver les dents dans le caniveau, le développement de maladies, qui, le cas échéant, contamineront tout le monde sans se soucier de qui a une carte d’identité biométrique ou pas.

Sur la halle Pajol, Ivoa Alavoine, directrice adjointe du cabinet d’Hidalgo, nous demandera gentiment de partir. Car, les services de la propreté vont maintenant : « cleaner le site ».

Un élu vert avait d’ailleurs employé le même mot au jardin d’Eole.

Un abcès ça se perce, ça se crève. Une plaie ça se nettoie.

Les déchets qui parlent et se mettaient debout ont été « évacués ». Parfois, avec leur consentement joyeux et celui de leurs soutiens.

Maintenant, c’est l’heure de passer la brosse, le Karsher et le petit coup de pschitt.

Surtout, il ne faut pas laisser de traces dans l’espace public. La mémoire des luttes c’est sale ! Circulez !

Cela fait donc 13 fois en 3 mois que généralement sans prévenir (ou seulement à la dernière minute) on évacue avec ou sans violence des camps à Paris.

6 fois que des bus au petit matin embarquent des gens sans leur dire où ils vont et pour combien de temps ils y restent.

6 fois qu’on ne leur donne aucune information, aucune garantie sur rien, qu’on les traite comme des objets et pas comme des sujets politiques.

13 fois que souvent ils ne peuvent pas récupérer une grande partie de leurs affaires (souvenirs familiaux, mais aussi papiers médicaux ou preuves d’identité...).

13 fois que les personnes qui sont solidaires se démènent pour monter dans des bus. Pour distribuer quelques tickets de métro à des gens dont certains ne savent pas encore se déplacer ne parlant pas la langue pour qu’ils puissent revenir à Paris. Qu’ils prennent les yeux embués de sommeil des numéros pour continuer à suivre des gens qui pour certains sont devenus leurs amis. Qu’ils s’arrangent pour récupérer ou stocker des affaires de migrants (chez eux, dans une paroisse ou les locaux d’une asso).

 

A chaque évacuation les questions reviennent : A t-on a pris la place de quelqu’un ? On a viré qui ? Les sdf, ou des migrants avec Obligation de Quitter le Territoire Français ? C’est pour combien de temps le toit sur la tête ? C’est quoi comme type d’hébergement ?

Quand bien même on serait simplement paranos, rien n’est fait pour apaiser les tensions ou pour rassurer. L’opacité est constante et on est généralement renseigné les lieux d’hébergement, le nombre de personnes qui s’y trouvent, et la qualité des chambres dans les heures et les jours qui suivent.

 

Le petit coup de pschitt, c’est tout le battage médiatique autour de l’évacuation :

Le sésame Le sésame


Les toilettes à Eole et à Pajol furent à chaque fois installées ou promises la veille de...« l’évacuation ».

Elles étaient d’abord là pour être filmées.

Rayon mouscaille en guise de personnages à chaque évacuation il y a tout plein d’élus, de pouvoirs,d’associations. Eux qui sont si souvent absents, se retrouvent sur le devant de la scène dès que les projecteurs débarquent.

Ce matin, Austerlitz c’était ze place to be. Un peu le festival de Cannes.

 

Meilleur acteur ? Le directeur de l’Ofpra Pascal Brice.

Port altier, démarche kouchnérienne, regard courageux mais compassionnel... Il n’a même pas besoin du sac de riz. Pour faire un discours de Pascal Brice faites une décoction de « JE », prenez un peu de « je vous comprends », saupoudrez de « j’ai des garanties pour vous »(elles ne seront pas écrites par contre) ajoutez quelques « voyez avec untel ou rencontrons nous de façon informelle », et surtout servez chaud et en direct.

Réchauffé, le discours moins bien.

Brice accompagné de traducteurs qui m’ont confié ne pas être payés (c’est vrai que la maitrise de la langue arabe ou du farsi n’est pas une compétence qui vaut vraiment). Ceux à qui j’ai pu parler étaient pris entre le désir sincère de filer un coup de main, c’était leur manière à eux d’être engagés, et l’obligation de faire passer le message de l’Etat et de l’Ofpra.

 

Second rôles : la cohorte d’élus municipaux. Les prix d’interprétation sont à partager entre les socialistes, PC ou les Verts.

Chacun y va de sa petite phrase. Il faut être sur la photo pour expliquer, ou faire croire que c’est d’abord grâce à soi que ça se passe bien, ou que l’on a permis que soient vraiment prises en compte certaines situations. C’est ça au fond le rôle d’un élu de la majorité.

Faire croire qu’« il a poussé/pesé pour que » des choses décidées par ses chefs ou, au dessus de lui, à l’échelon étatique, soient mieux faites.
Des fois c’est un peu vrai, des fois c’est complètement faux.

 

En tout les cas, c’est souvent très loin des préoccupations des  électeurs-trices solidaires sur place.

Du coup, les élus ne comprennent pas ou peu la peur, le scepticisme ou l’accueil souvent froid qui leur est parfois fait par les migrants, les réfugiés et leurs soutiens.

C’est qu’ils n’ont pas subi la crainte permanente de la police, qu’ils ne se sont souvent pas battus pour faire passer des sacs de couchage entre deux cordons de flics ou qu’ils n’ont pas été confrontés à toutes les tracasseries pour faire des choses simples au quotidien. Enfin, qu’ils ne sont pas fatigués, tout simplement.

Surtout, ils ne se sont que très rarement posés une question simple.

Quel rapport puis je construire avec la personne « d’ailleurs, qui est ici » qui est devant moi ?

Une part de la ligne entre « les élus » et « les représentés » passe aussi ici.

 

On trouvera aussi dans les seconds rôles des associations subventionnées. Leur présence le doigt sur la couture assurera le renouvèlement des rares subventions de l’année prochaine. Si certaines font du bon boulot, elles sont aussi là pour accompagner les élus. Leur présence est capitale pour donner la caution et le parfum « du terrain » face aux caméras.

 

Et les techniciens ? Comme dans le festival ce sont eux la cheville ouvrière de tout le barouf.

Ils se chargent des mots, clés.

Ici c’est« mise à l’abri » et « accueil ». Il faut dire ça à la place « d’évacuation ».

Voyez par exemple Dominique Bordin « monsieur sans abris de la Mairie de Paris ».

On est régulièrement en contact avec lui notamment pour les femmes enceintes ou les enfants.
Ce qui est intéressant ici c’est le caractère quasi discrétionnaire de tout ce qu’il fait.

 

Vous parlez droits, dans une situation de pénurie organisée ou institutionnalisée, on vous répond réseaux, relations inter-personnelles. Soyez copain avec Bordin, grand ennemi des squats, mais bonhomme ouvert au dialogue, et, peut être que vous pourrez sortir de la rue quelques personnes particulièrement fragiles.

L’ambian ce est feutrée et elle se veut a-conflictuelle. Tant pis si elle dénote tant avec le réel. Avec ce qu’il a d’horrible (la police, les refus de soins, la misère) mais aussi dans ce qu’il y a de beau (les rencontres, les rires, le partage, le combat commun).

Les coulisses de la cérémonie c’est la flicaille. Elle surveille, filtre, fait office de videur de tout ce qui nuirait à la fête.

C’est aussi cela qui fait mal souvent. De voir, de ressentir que le dispositif est trop fort pour vous. Et que vous arriverez au mieux uniquement à le contrer par bribes ou par à-coups.
Pourtant on a réussi quelques fois si j’en crois la colère de cadres de la préfecture.

Et les simples citoyens, militants, voisins ? Peu de place dans le show pour eux.

D’acteurs concrets de la mobilisation, ils sont ici spectateurs passifs. Sauf... si ils font un esclandre. Auquel cas la presse pourra dire ou titrer que « des radicaux extrémistes, des djiZaDistes empêchent les pouvoirs publics d’agir » ou« que des activistes manipulent des migrants. » Si ce sont des femmes on les qualifiera d’hystériques. Fermez le ban.

 

Là-bas, dans les centres, presque toujours gérés par des associations (Aurore, Emmaüs, le centre d’action sociale protestant...) ou plus petites, les situations sont très hétérogènes.

 

« Y en a des bien » Comme dit Didier Super.

 

Bien, en ce sens qu’ils sont adaptés au public qu’ils reçoivent en terme de situation administrative (ex demandeurs d’asile) ou au type de personnes (ex familles).

D’autres centres ne sont pas du tout adaptés en plus d’être insalubres et surpeuplés. D’ailleurs certains migrants préfèrent la rue au centre de la « Mie de Pain »par exemple. Aussi, ils quittent ces centres ou refusent ces places.

Dans certains centres, on n’a pas de doit de visite et on ne laisse pas rentrer les caméras.Cet été pendant le ramadan il avait fallu revendiquer des repas adaptés, et les centres qui sont sensés disposer de leur suivi médical appelaient Médecins du Monde pour prendre en charge les réfugiés.

Des migrants n’hésitent pas à parler de « prisons » pour parler de ces lieux, de leurs habitations. Certains, comme à Vincennes sont d’ailleurs d’anciens centre de rétention.

Ils arrive que des migrants et des réfugiés y mènent des actions pour obtenir du savon, des tickets de métro, un lave-linge, des rendez-vous pour leurs démarches.

La plupart des centres sont sous dotés en fric et en personnel. Pas de parachutes dorés ou de stock options pour ces structures, plutôt des coupes budgétaires en pleine cure d’austérité. Cela influe logiquement sur les gens qui y bossent et sur la façon dont on accueillera des personnes dont certaines sont cassées par le voyage et la rue.

 

Dans les bus où j’ai  pu monter, en négociant, ou en m’imposant, il y avait presque toujours des policiers armés.

Il y avait aussi des sacs plastiques autour des sièges. Les 2 fois, le chauffeur m’a expliqué :« Il ne faut pas qu’ils salissent. »

 

Sur place dans les 8 centres où je me suis rendu à Paris ou en lointaine banlieue j’ai trouvé des salariés parfois précaires, des directeurs de centres souvent surpris, dépassés, pas préparés car pas prévenus, mais pleins de bonnes volontés.

 

Souvent les répliques se suivent et se ressemblent : « Nous non plus on ne nous a pas prévenus, comme vous. » « On va se serrer, j’ai demandé aux gens de partager leur appartement », « Pour la nourriture ? Je ne sais pas, on (la préfecture) m’a juste demandé d’assurer le gite »,« Quand passent les services de l’Office France de l’Immigration et de l’Intégration ? J’en sais rien. » « Vous savez, mon centre est fait pour des gens qui parlent français, on n’a pas de traducteurs. Vous avez une idée ? »

La fin est souvent similaire : « Vous êtes bien renseigné, n’hésitez pas à revenir nous aider. » Paradoxal, quand on a du se battre pour monter dans les bus.

Le fait de monter dans le bus permet de négocier pas mal de choses à l’arrivée.

 

Ce matin, la Maison des Réfugiés était entourée de CRS pour la durée des évacuations à Austerlitz et de la Mairie. Il fallait lorsqu’on était un migrant et qu’on avait rendez-vous à l’Ofpra s’adresser à la commissaire pour sortir. En effet, sur les campements de rue et particulièrement lors des évacuations le contrôle au faciès est banal.

 

Alors que je croyais que cela servait à empêcher les gens du Lycée de se glisser dans les bus d’autres campements, j’ai appris via le témoignage d’un élu du XIXe que : « Les camions de CRS mobilisés visent à empêcher un report éventuel des évacués d’Austerlitz et de la Mairie du XVIIIe à Jean Quarré. » Signe que « la mise à l’abri » préfectorale ne rassure peut être pas tous « les abrités ».

Signe aussi de la réaction de cette dernière à un fait.

Lors des précédentes évacuations, certains migrants sont restés sur le carreau justement parce que cette nuit-là ils avaient eu la possibilité de dormir ailleurs qu’à la rue. Certains ont été prévenus que l’évacuation était imminente, et c’est pourquoi ils ont demandé à des soutiens de les appeler pour qu’ils se réveillent.

 

Pour la 6e fois en 3 mois on a logé des migrants et des réfugiés. Environ 700 en tout.

C’est d’autant plus étonnant que depuis début juin et que lors de chaque évacuation on nous certifie que c’est la dernière, qu’il n’y a plus de place du tout.

Les « évacués » seront logés, pour un mois dans une quinzaine de centres d’hébergement d’urgence répartis à Paris et en Ile-de-France.

Peut être plus pour ceux qui auront un Cada, peut être moins pour d’autres, à supposer que l’OFII passe vite.

 

Après ? On ne sait pas. Parmi les copains hébergés à Pajol et à Eole, certains ont obtenu des Cada (centre d’accueil des demandeurs d’asile) et même le statut de réfugiés (ils sont désormais à Tour, Metz... comme les Cada sont répartis sur tout le territoire). Sans notre mobilisation commune ils auraient été à la rue et n’auraient peut être pas vu leurs demandes étudiées.

D’autres par contre,se sont vus notifier le fait qu’ils devraient quitter leur hébergement le 21 septembre prochain.

 

A Austerlitz, sous les caméras il y avait un bénévole par bus. A la Mairie du XVIIIe on n’a pas laissé les soutiens monter.

 

A Austerlitz, la décision d’évacuer fait suite à une décision de justice. Cela démontre une chose à rebours de tous les beaux discours.

 

En France aujourd’hui l’Etat le gouvernement, la Mairie de Paris sont dans l’illégalité au regard du Code de l’Action sociale, comme des conventions internationales.
L’Etat est illégal, et, aujourd’hui réclamer ses droits, se battre pour l’application du Droit en France peut être extrêmement subversif et radical.

 

Ce ne sont pas les discours et les grandes messes municipales affirmant « l’accueil pour moi c’est oui » qui masqueront la réalité. « L’accueil pour moi c’est oui » c'est un peu comme si la liberté de circuler et la dignité humaine relevaient du même choix qu' une alternative de consommateur entre entre des frites ou des potatoes dans un fast food.

« L' accueil pour moi c' est oui » , c'est le socialiste satisfait de lui même, paternaliste et donneur de leçon qui s'érige un casteur de migrants, de réfugiés ou de citoyens sur le mode : « moi je suis cool et toi? » « La nouvelle star » sauce migration. SOS racisme du XXIe siècle. No comment.

Tout à l’heure, ce soir ou demain :

 

La pref’, la Mairie,parleront de « mise à l’abri de x personnes ». Le gouvernement, la Mairie de Paris et des journalistes non avertis reprendront les chiffres.

Ils oublieront que beaucoup de migrants ont été hébergés 2, 3 ou 4 fois pour quelques nuits seulement, et qu’ils ont été « comptés » 2, 3 ou 4 fois...

 

Marine Le Pen fera croire que la France accueille à tour de bras, quand l’Ofpra rejette près de 80% des demandes qui lui sont faites. Et que tout comparatif avec les autres pays (riches) européens ou même le Liban ou la Tunisie est cruel. A Munich on a accueilli plusieurs dizaines de milliers de réfugiés. Ils ont ouvert en urgence des casernes, gymnases. Dans la presse les gouvernants se sont excusés de devoir laisser dehors les gens avec seulement une couverture isotherme.

 

Ici après l’évacuation d’Eole nous avons temporairement occupé un gymnase, et à Austerlitz ça faisait 16 mois qu’ils étaient dehors. Nabil affirmait même être là depuis 2012. D’où la joie des mecs.

 

Non, la France n’est pas une terre d’asile, accueillante si tant est qu’elle l’ait été un jour !

 

Le Pen criera à qui voudra l’entendre qu’une terrible vague s’abat sur la France et l’Europe. Le PS, l’UMP et leurs supplétifs ne démentiront pas.

Pourtant, chaque année,environ 1,7 million de personnes migrent vers l’UE. Sur les 500 millions d’habitants de l’UE cela représente 0,34 %. Des pois chiche. Pourtant, la France, 2e pays de l’UE par sa population, n’est que 5e pour la présence de migrants sur son territoire et la moitié sont... européens.

Pire, les misérables calculs gestionnaires et comptables des pouvoirs publics donneront vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose d’énorme.

 

Bref, on continuera à faire comme si 2 500 ou 3 000 personnes sur 12 000 000 d’habitants d’Ile-de-France posaient un problème.

 

Surtout, on se taira sur les causes de ses migrations. Sur nos guerres (comme ça on débattra calmement d’envoyer des soldats en Syrie), sur nos multinationales, sur l’horreur économique, climatique, qu’on inflige aux pays du Sud.

 

Rien non plus sur les logements vides, rien sur l’ordonnance de 1945 qui autorise la réquisition en cas de crise du logement.

 

Demain, plus de 550 migrants et réfugiés vivront toujours au Lycée Jean Quarré.

 

A eux et leurs soutiens on dira, l’autogestion, ça marche pas !

Oui, c’est difficile que ça marche, sans moyens, quand tous les pouvoirs publics sont contre vous,que vous êtes si peu, et que des structures comme le 115 et le Paomie vous envoient en permanence des migrants et les réfugiés qu’ils ne peuvent/veulent plus accueillir.

C’est terrible que des personnes solidaires qui viennent pour lutter et soutenir leurs alter ego migrants, sans papiers, réfugiés aient aussi à jouer une partie du rôle des pouvoirs publics.

C’est difficile quand des personnes solidaires se tirent dans les pattes.

 

Tout ça pour peut être dormir au moins 1 mois à l’abri.

 

Pendant une évac’ tout le monde est sur les nerfs, stressé, mal à l’aise.
Certains sont contents, d’autres sont tristes. Souvent on est les deux à la fois.

 

Les soutiens sont parfois plus circonspects parce qu’ils ont un logement mais aussi parce qu’ils sont quelquefois mieux informés qu’un migrant tout juste arrivé en France. Ils savent que la volonté d’éparpillement des pouvoirs publics vise à l’invisibilisation des migrants. Que souvent, cette invisibilisation sous couvert d’individualisation, annonce, prépare une répression sourde, diffuse,et anonyme.On sort des gens dela rue, on n’a rien à leur proposer, puis on les y renvoie, quand ils ne sortent pas avec une OQTF.

 

Après une évacuation, généralement on est fatigué, déboussolé et un peu perdu.

 

Mais, « un jour pourtant, un jour viendra, couleur d’orange » Comme disait Aragon.

 

Un jour viendra où on aura pas à choisir entre se battre pour des papiers et être à la rue.

Un jour viendra où les gens entassés et émiettés dans les centres d’hébergement se lèveront aux côtés des personnes solidaires contre tous ces bâtisseurs de forteresses en pierre de peur.

Un jour viendra où on se rendra compte qu’on peut loger tout le monde, et accueillir à égalité celles et ceux qui désirent vivre ici à nos côtés.

Un jour viendra où on rouvrira plus de logements, et où on forcera le gouvernement à en construire.

 

D’ici là, on squattera l’Elysée, Matignon, le ministère de l’Intérieur et l’Ofpra.

Bref, un jour, messieurs les gros c’est NOUS QU’ON VOUS EVACUERA !

 

 

les bus sont blancs d' habitude Photo Martin Colombet et Hanslucas les bus sont blancs d' habitude Photo Martin Colombet et Hanslucas

 

Epilogue. #miseàl’abri :

Ce soir, 7 migrants soudanais et érythréens des campements d’Austerlitz et de la Mairie du XVIIIe sont venus à Quarré.

En effet ils étaient 45 à avoir été envoyés dans un centre à Nanterre. 35 ont refusé de rester.

Motif ? Ils étaient mélangés à des personnes souffrant des troubles psychiatriques lourds et des toxicomanes, dans des chambres sales. De plus, ils n’étaient pas rassurés par la police dans le bâtiment.

Parmi eux 3 réfugiés improvisés porte-parole contre le Chu de Nanterre ont été embarqués.

Adam, à l’heure où j’écris ces lignes, passe la nuit en garde à vue. Aujourd'hui, elle a été prolongée de 24H.

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