«Brigade Anti Rafle. Affronter, agir, espérer» par La Chapelle Debout

La BAR, Brigade Anti Rafle, créée par la Chapelle Debout, agit depuis un an dans les rues. C'est une armée de gens ordinaires qui brise la technique policière de la rafle et sort la rafle du silence et de l'invisible. Elle est née en 2016, pendant un Été policier ...

                                   Brigade Anti Rafle. Affronter, agir, espérer

Non aux rafles © La Chapelle Debout Non aux rafles © La Chapelle Debout

La Brigade Anti Rafle (BAR) est née en 2016, pendant un Été policier.

Pour faire face, et par rage.

Pour empêcher l'État de constituer toujours plus, par des contrôles au faciès géants, suivis d’enfermements, et en détruisant des biens, des Autres.
La BAR c’est pour dire : « nous sommes ensemble, vraiment. Et donc… Nous sommes ensemble, même et surtout quand la Police débarque. »

Les membres de la BAR ont conscience que la principale menace raciste pesant sur les étranger.es illégalisé.es de ce pays, et contre les Noirs, les Arabes, ou les Roms de France n'est pas Marine Le Pen, mais le locataire de la place Beauvau.
Ce constat vaut quelque soit le gouvernement en place.

Lundi prochain, M, 23 ans afghan enverra un dossier à l’OFPRA, il sera moins bien traité qu’un demandeur d’asile lambda.

Il est en « procédure accélérée », défavorable pour lui car, quelques jours après son arrivée en France et alors qu’il dormait à la rue, il a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français. Raflé.

La BAR est née pendant un Été policier après un Printemps lacrymogène.

Pour faire quelque chose et en finir avec l’impuissance.

Elle a perturbé ou rendu caduques des rafles en faisant fuir des gens ou en se mêlant à eux.

Elle a suivi les camions policiers, en taxi, en vélo, ou en voiture.

Elle a découvert des commissariats réservés aux étranger.es, elle s’est glissée dedans ou s’est rassemblée devant pour remplir des papiers, des dossiers d’aide juridictionnelle et pour récolter des témoignages.

Elle a fait de l’information sur les campements, à Stalingrad, à Jaurès, à Gare du Nord, à Barbes, à Château Rouge.
Elle a fait annuler des Obligations de Quitter le Territoire Français ou des placements en rétention.

Elle a témoigné, dénoncé, rendu visible, une chasse à l’homme à l’abri des regards et des opérations policières de masse[1] en plein jour qui ne sont toujours pas consignées dans les registres municipaux.

La BAR a pris des coups. Il y a des procès en cours. Elle a appris à se défendre.

Les données qu’elle a récoltées et les actes qu’elle a posés, ont permis à des gens de demander l’asile en France, ont aidé à des actions collectives contre les gouvernant.es, et ont créé des liens solides avec nombre d’éxilé.es.

La BAR est née pendant un Été  policier, prélude à un Automne liberticide.

Hier, les rafles fonctionnaient de pair avec la mise en place du centre de tri de Mme Anne Hidalgo en concertation avec Emmanuelle Cosse et Bernard Cazeneuve.

Devant France Trottoir d’Asile, métro Jaurès, J qui a dormi 85 jours à la rue, nous racontait il y a 10 jours « pour entrer dans ce camp, tu es obligé de sentir, de goûter un peu de gaz. »

Les rafles n’ont jamais cessé en Banlieue, dans les gares de France ou à Calais.
Ces jours ci elles s’accentuent.

Dans la capitale des gyrophares le prétexte du moment c’est les JO :« Il faut «nettoyer les rues » nous dit-on.

Hier, Scander, un tunisien qui allait se marier avec une française a été expulsé de force après avoir passé 31 jours dans une prison pour étranger.es à Vincennes.

Son crime ? Charger son pass Navigo à Gare de Lyon. Raflé comme celles et ceux qui cherchent du Wifi à Garde l’Est.

La BAR est née pendant un Été  policier, miroir d’un Hiver sécuritaire.

Elle a l'ambition de grossir et de faire des petit.es, partout.

Être membre de la BAR ne nécessite aucune capacité physique, aucune compétence particulière.

À nos actions nous avons vu des femmes et des hommes du quartier, jeunes, vieux, de toutes origines et tous milieux sociaux.

C’est la rencontre et le mélange de populations inégalement raflables qui fait notre force.

La BAR est une armée de gens ordinaires et de n’importe qui, à l’image du monde tel qu’il est en bas de chez toi.
À l’image du monde tel qu’il n’est pas à l’Élysée, à l’Assemblée Nationale, ou à la tête des des grandes entreprises.

La BAR est née pendant un Été  policier pour conjurer les saisons blanches et sèches.

Elle a l’ambition de reconquérir les quartiers où la Police va trop, pour aider les habitant.es à se défendre et se protéger les un.es les autres.

Ces trop-go-zones, où « Abbas et hawa » (comme disent les soudanais.es et les érythren.es pour désigner les bleus) prennent leurs aises, c’est d’abord Chez Nous.
Nous voulons que partout, dans cette France en guerre permanente votée à la quasi-unanimité et dans l’indifférence, cette France où les militaires se baladent le doigt sur la gâchette, on complote, on manifeste, on dise, ce qu’ils et elles entendent, voient, ressentent:

"Hey, Laisse pas trainer ton flic ! »

Nous voulons que la volaille en képi, les barbouzes en kakis et celles et ceux qui les commandent se sentent filmés, surveillés, jugés en permanence.

Il n’y a que cela qui empêchera la police de venir chercher A.R soudanais dans son centre d’hébergement francilien à 2h30 du matin pour l’expulser la veille de la fin de « son Dublin » comme cela est arrivé la semaine dernière.

Il n’y a que cela qui stoppera les ballets pleins de morgue de la Bac ou des GPSR qui jouent aux cowboys devant les vendeurs à la sauvette.

« By any means necessary »

L'État d'Urgence gangrène désormais aussi le droit commun qui nous protégeait déjà si peu.

C’est la preuve que toutes les marges de manœuvre que nous abandonnerons seront perdues.

L’État est illégal car il ne respecte pas le droit. Aussi, la BAR s’autorise à faire tout ce qu’elle jugera utile et légitime pour arriver à ses fins.

Veiller, Informer Résister, Exister, Répondre (V.I.R.E.R). C’est notre plan d’action.

Calais, La Roya, Clichy-sous-Bois,Paris Mohamed Moussa, Ali ziri, Khalil, Théo Luaka, Ibrahim Adama Traoré, La loi Travail, Lamine Dieng, Notre Dame des landes, 47[2], tant de chiffres, de noms, de corps et de larmes.

Ces dernières années nombreux sont celles et ceux qui déplorent, constatent.

Les perspectives prennent la forme de meetings, de « coups » et de tribunes où trop souvent, l’entre-soi satisfait des un.es, fier.es d’en être parfois à juste titre, dispute à la déprime des autres conscient.es d’être trop peu.

Nous pleurons nos blessé.es, nos mort.es, nos camarades et nos déporté.es.

Mais, honorer les nôtres, c’est aussi sauver nos peaux.
Dans les quartiers, sur les campements, dans les bidonvilles, autour des gares, dans les centres d’hébergements, et les Prahda, nous irons, pour changer de saison.

إلى الأمام![3]

                                         La BAR est née au cœur d’un Été policier.
         Elle a grandi dans un Automne lacrymogène et a  traversé l’Hiver sécuritaire.

                                           La BAR est née au cœur d’un Été policier.

                               Nous préparons le Printemps en respirant nos rêves.

 

                                                                                        Lachapelle.debout@gmail.com

 

[1] Plus de 4000 arrestations,500 OQTF qu’ on a fait passer pour des « promesses d’hébergements », 135 personnes placées en rétentions dont des mineurs.

[2] En 10 ans, 47 hommes désarmés sont morts à la suite d'une intervention des farces de l’Ordre.

[3] En Avant !

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