«Marée populaire» du 26 mai: Et le 2 juin, serez-vous là? par Denis Godard

Des 46 organisations, associations, syndicats qui ont lancé la « marée populaire » pour le 26 mai, seuls 6 ont apporté, à ce jour, leur soutien aux collectifs de sans-papiers. Alors: serez-vous là à l’appel de nombreux collectifs de sans-papiers et à leurs côtés, pour imposer le retrait de la loi asile-immigration, le 2 juin ?

Question à vous touTEs qui manifesterez le 26 mai « pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité » : serez-vous là, le samedi 2 juin, à l’appel de nombreux collectifs de sans-papiers et à leurs côtés, pour imposer le retrait de la loi asile-immigration ?

Plus de 70 collectifs, associations, syndicats et organisations soutiennent déjà cet appel. La liste en sera publiée dans les jours qui viennent.

Pourtant, des 46 organisations, associations, syndicats qui ont lancé la « marée populaire » pour le 26 mai, seuls 6 ont apporté, à ce jour, leur soutien aux collectifs de sans-papiers (AL, DAL, Ecologie sociale, Ensemble !, NPA, Solidaires).

Cela ne peut que nous interroger et, pour dire vrai, nous inquiéter. Surtout venant d’organisations qui n’arrêtent pas de parler de « convergence des luttes ».

Des collectifs de sans-papiers participeront à la manifestation du 26 mai comme ils seront présents le 22 mai, comme ils ont participé à toutes les manifestations du mouvement social depuis plusieurs semaines du 19 avril au 5 mai en passant par le 1er mai, apportant aussi leur soutien aux cheminotEs, aux étudiantEs, aux employéEs de Monoprix, de Mac Do…

Cela a un sens car les migrantEs et sans-papiers sont aussi des travailleurs, des habitantEs de nos quartiers, des usagerEs de l’hôpital, des transports, de l’éducation… Bref, à tous points de vue, des membres de notre classe.

Ce qui n’a pas de sens c’est, par contre, l’absence de bataille réelle menée jusqu’à ce jour par la plupart des organisations appelant au 26 mai contre la loi asile-immigration. Celle-ci a été votée à l’Assemblée et elle entame son examen au Sénat le 6 juin. Il n’est jamais trop tard.

Cette loi va créer une situation encore pire pour les migrantEs et les sans-papiers et, en fait, touTEs les étrangerEs. Le 22 février la CGT a publié un communiqué condamnant ce projet de loi qui « a pour principale vocation d’obliger l’administration à dégrader la situation d’un très grand nombre de personnes étrangères, par un affaiblissement de leurs garanties et droits fondamentaux. »

En réalité elle va empirer la situation pour toute notre classe. Parce qu’elle légitime tous les arguments racistes sur une supposée « submersion migratoire » évoquée par Collomb et reprise par Macron dans des propos très « Front National »-compatibles. Elle légitime aussi tous les arguments renforçant l’Etat policier et les politiques d’enfermement. Cela rappelle étrangement les attaques aux droits des étrangerEs qui ont accompagné tous les reculs des acquis du Front populaire en 1938.

Cela va cependant plus loin que cela. Toute la politique anti-migratoire repose sur l’idée « qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde » là où la réalité est que son objectif est surtout de continuer à « piller toute la richesse du monde ». Ne pas combattre concrètement cette politique c’est laisser accréditer, au sein de notre classe et même au sein des secteurs en lutte, que le problème de fond auquel notre société est confrontée est qu’elle n’a pas ou plus les moyens de fournir revenus décents, logement, éducation, santé pour touTEs…

Au moment où une étude (publiée par Challenges !) indique que le PIB de la France a quasiment été multiplié par 2 ces vingt dernières années. Alors y-a-t-il deux fois moins de pauvres ? Le revenu de touTEs a-t-il été multiplié par 2 ? Y-a-t-il deux fois moins de chômeurs ? Bien sûr que non. On continue de nous seriner qu’il « faut se serrer la ceinture » et qu’on « ne peut accueillir toute la misère du monde ». Et la réalité c’est que durant ces vingt dernières années, selon la même étude publiée par Challenges, la fortune des 500 plus riches a été multipliée par 7 et celle des 10 plus riches par 12 !

Alors la convergence des luttes n’aura de sens et d’efficacité que si elle rompt totalement avec cette logique et les politiques qui lui sont associées.

Combattre cette logique suppose des actes concrets au sein du mouvement social. Les grandes déclarations « pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité » ne serviront à rien si elles ne se traduisent pas en actes et n’amènent pas à construire l’unité réelle et effective de notre classe. Cela devrait se traduire concrètement par la lutte des cheminotEs, des étudiantEs, des postierEs et de tout le mouvement social aux côtés des sans-papiers et migrantEs. Ce serait d’ailleurs la condition nécessaire pour gagner contre la politique raciste et criminelle de Macron et Collomb.

Dans son appel aux quartiers populaires à constituer un cortège de tête dans la manifestation du 26 mai, le comité Adama explique : « Nous refusons les injonctions qui sont faites aux mouvements des quartiers populaires de n'aborder que ‘la question sociale’, avec au passage un refus de considérer le racisme qui structure la société comme participant de cette ‘question sociale’. Pour nous, la ‘question sociale’ comprend évidemment la gestion raciste de nos vies. »

Le 1er mai dernier, journée internationale des travailleurs, Ismaïl Deh, sans-papier en France depuis 18 ans, est mort suite à une intervention policière alors qu’il tentait de vendre des bibelots aux touristes au Château de Versailles. Combien de morts faudra-t-il encore avant que nous réagissions pour faire triompher la solidarité là où ce système ne produit qu’atomisations, précarisations et divisions ?

Alors, « marée populaire » du 26 mai, le samedi 2 juin, serez-vous là ?

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