"Ils dégagent tout le monde et nous disent d’aller dans le 93"

Les mots d'hommes qui vivent à la rue. Épuisement, harcèlement policier qui les pousse hors de Paris, difficultés à se nourrir, à boire à se laver. Ils demandent des logements.

Des questions sont posées à des personnes sans-abris qui vivent les mesures de confinement à la rue. « Comment vous sentez-vous ? », « Ça change quoi le confinement pour vous ? », « Comment se comporte la police ? », « Que pensez-vous que la mairie et l’État devraient faire ? ». Voici d’autres réponses collectées lors d’une distribution de petits déjeuners par les quartiers solidaires.

Hamza

Je suis hébergé la nuit, seulement de vingt heures à sept heures. Tout le reste du temps, je suis dans la rue. Je me sens stressé et énervé, surtout avec le corona, j’ai peur de l’attraper. Il n’y a pas de gants ni de masques pour se protéger dans le centre qui m’héberge. Je me fais chaque jour contrôler beaucoup de fois par la police. La mairie devrait nous donner un endroit pour rester la journée. Le centre nous donne juste un café et un biscuit le soir et le matin. 

Moussa

On est très fatigué, on cherche des solutions pour des logements et pour ne pas dormir dehors. Il y a moins d’endroits pour se laver et pour laver les habits. Le gouvernement a décidé de la date du 11 mai. Ça, on le respecte. Mais s’il vous plait, donnez-nous des logements. On a rien, c’est vous-même, les associations, qui nous aidez ! La police vient nous déranger. On était parti là-bas pour manger. Dès qu’on a eu fini, ils nous ont dit « dégagez tout le monde ». Je lui demande « on peut partir où ? » Il me dit « Il faut aller dans le 93, Saint Denis ». Ils dégagent tout le monde et nous disent d’aller dans le 93. Mais on ne connait pas là-bas ! On veut des logements mais la mairie ne fait rien, elle prend nos noms prénoms, nos dates de naissance… Mais jusqu’ici, on couche dehors.

Koné

Tous les matins, je viens prendre mon café ici mais je suis dans la rue depuis six ou sept mois. J’étais en Italie avant. On veut que la mairie nous trouve des hôtels. On va à l’armée du Salut à Jaurès tous les matins qui nous donnent des attestations. Comme ça, quand la police nous arrête, on montre qu’on a le droit de marcher. Si on est dans un hôtel, on peut bien dormir, se laver. Puis on va chercher de la nourriture le matin au Petits Dej. À Place des Fêtes, les resto du cœur nous donnent des repas le midi. Ils donnent des plastiques. Avant, on s’asseyait pour manger mais à cause de la maladie, c’est fini. Maintenant ils nous donnent des sacs. 

Un homme qui n’a pas donné son nom

Je suis dans un hôtel social, je paie 820 euros au mois, mon pote aussi. On habite tous les deux dans la même chambre. C’est cher le loyer donc je viens ici. Je suis vendeur à la criée, je vends les journaux. Je me sens bien mais un peu angoissé. Je peux rester à l’hôtel la journée. J’ai pas de problème avec la police, quand ils me contrôlent, je dis que je suis SDF, et ça passe. La mairie pourrait faire plus pour les logements sociaux, y’en a pas beaucoup.

 

Un immense merci à Anne-Claire Boux pour les interviews.

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