Lettre ouverte à Monsieur le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve, par Jeanne

C'est avec intérêt que nous apprenons votre rencontre du jeudi 20 août avec votre homologue britannique Theresa May, en vue de signer un accord de coopération portant notamment sur « la sécurité du site » de Calais, « la lutte contre les filières criminelles de passeurs » et « le dispositif humanitaire » destiné aux migrants. La situation est en effet critique :
Entre 2000 et 2014, 40 000 migrants sont morts aux frontières, dont 22 000 en tentant de rejoindre l'Europe, qui est aujourd'hui pour eux la destination la plus dangereuse du monde. Pour la seule année 2014, plus de 3 500 sont morts noyés en Méditerranée, tandis que 2 000 sont morts depuis janvier 2015. Les survivants quand à eux restent bloqués aux frontières externes et internes de l'Europe, notamment en France et en Italie, ce qui multiplie les situations de mise à l'écart, de violence et d'humiliation.

Qu'allez-vous faire ? A Calais et sur l'ensemble du territoire ?

Permettez aux citoyens que nous sommes de nous préoccuper du sort de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes, qui sont sur notre sol, et que vous appelez migrants. Permettez-nous de vous dire : l'idée que la fermeture des frontières puisse limiter les flux migratoires est irréaliste et criminelle et méconnait complètement la réalité des migrations. Ceux qui fuient la guerre, les catastrophes climatiques et la misère économique ne reculeront pas devant les murs que vous vous obstinez à construire. Ainsi, la politique qui tend à confier à FRONTEX la mission de protéger la forteresse européenne ne suffira pas à faire reculer l'histoire. Ni les êtres qui y participent.
C'est par une refonte totale de la politique migratoire française et européenne, et non par une approche exclusivement sécuritaire, que des solutions dignes et pérennes pourront être trouvées. Car ces même puissances européennes qui s'effraient d'accueillir la misère du monde s'emploient dans le même temps, par ses politiques intérieures et extérieures brutales, à la créer et à la renforcer. En France, le même racisme d'Etat déboute 70% des demandeurs d'asile tout en exploitant la situation de centaines de milliers de sans-papiers, sans droit, contraint à un travail illégal, affectés lorsqu'ils sont déclarés aux travaux pénibles et payés en dessous du SMIC.
Aussi avant que vous ne partiez pour Berlin rencontrer votre homologue allemand Thomas de Maizière sur « la question de la politique migratoire en Europe » nous souhaiterions vous faire parvenir les propositions suivantes :

  • Abrogation de la circulaire 2012 Valls, régularisation massive, de tous les sans-papiers.
  • Non-application du règlement de Dublin, en faisant usage de notre souveraineté étatique.
  • Abandon des procédures prioritaires en matière d'examen des demandes d'asile.
  • Réduction des délais de domiciliation et des délais légaux d'hébergement et d'examen par l'OFPRA des demandes d'asile.
  • Fin de la traduction assermentée.
  • Dotation budgétaire et amélioration des conditions de travail et des moyens pour les associations accompagnant les demandeurs d'asile dans leur démarches.
  • Possibilité de se faire accompagner par la personne de son choix lors de l'entretien OFPRA.
  • Enfin, parce qu'il est possible de remettre l'hospitalité au centre de la politique, l'ouverture de centres d'accueil pour migrants. Parce que, des voisins solidaires et mobilisés, un tissu associatif dense capable d’organiser l’accueil des étrangers et aider leur insertion, des villes qui créent de meilleures conditions de logement en centres d’accueil pour les errants : telles sont les formes d’une hospitalité sans condition qui existent déjà dans la société et qu’un gouvernement aurait la possibilité de mobiliser et d’aider, à l’opposé de la guerre aux migrants qui forme aujourd’hui le régime officiel de pensée et d’action.

Nous, citoyens, réfugiés, migrants, associations, collectifs, nous tenons à votre disposition pour toute rencontre et sommes résolus à nous mobiliser jusqu'à l'acceptation de nos revendications.

Dans l'attente de cette rencontre, veuillez agréer, monsieur le Ministre, l'expression de nos plus sincères salutations,

Paris, 20 août 2015.

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