«Pourquoi n'ai je pas droit à l'asile?» par Roman, afghan en cours d'expulsion

Récit de la visite au centre de rétention à Roman, afghan de 24 ans, sont l'expulsion est prévue le mercredi 26 octobre.

 

 

Le lundi 24 octobre, deux personnes, dont une du collectif La Chapelle Debout ! sont allées rendre visite à Roman, dont le témoignage a déjà été publié.  Voici le compte-rendu, traduit du dari.

"Ce matin je suis allé rendre visite à Roman avec A. C’était la première fois que je le voyais. Au début, il y avait une certaine distance entre nous. Je lui ai d’abord posé des questions que l'avocat m’avait demandé de lui poser. Il a raconté en détail l’histoire de sa déportation.

En été 2013, au mois de juillet ou juin, 3 flics débarquent chez lui à 5h du matin pendant qu’il dort, ils ont apparemment ouvert la porte avec un passe. Sa chambre est dans un foyer ou dans un centre d’hébergement. Les 3 flics attachent ses mains derrière son dos. Ils l’embraquent dans un camion de police pour l’emmener à Oslo. Le trajet dure presque 10h. Il est menotté pendant tout le trajet. Il passe 3, 4 jours dans un Deport Center à Oslo. Au bout de ce temps, ils les emmènent à l’aéroport, menotté, avec 5 autres afghans. Chaque personne est accompagnée par 3 flics.  Dans l’avion, un flic assis à sa droite et un flic à sa gauche le surveillent. D'Oslo à Kaboul, ils font deux escales, l’une en Allemagne et l’autre en Inde. Les mêmes flics les accompagnent tout au long du trajet jusqu'en Afghanistan. A chaque escale, ils les font passer par des couloirs séparés pour que les gens ne les voient pas. A son arrivé en Afghanistan, les flics le déposent dans un bureau de police à l’aéroport de Kaboul. Ils lui demandent d’où il vient, il répond Kunduz. Ils lui payent son trajet pour aller à Kunduz, mais une fois relâché, il reste à Kaboul.

Après cette histoire, je lui ai dit qu’il y aurait des gens à l’aéroport pour le soutenir (ce qu’il savait déjà), qu’il y avait un article publié sur lui, qu’on a reçu des messages de soutien pour lui. Il nous a remerciés. Il avait l’air très désespéré. Il a commencé à parler : « S’ils ne me libèrent pas demain, je vais me suicider. On appelle ça les Droits de l’Homme alors qu’on me déporte en Norvège  et qu’on m’emprisonne là-bas pour me renvoyer en Afghanistan. En Afghanistan, je vivrai mort, je mourrai doucement. Les norvégiens mentent. Dans la prison, on te traite comme un animal. En Norvège, si tu fais quelque chose de bien, tu es norvégien, si tu fais quelque chose de mal, tu es immigré. J’ai vécu 4 ans en Norvège, je connais le pays, la culture... Je peux rester 1000 ans ici, je suis toujours immigré. Ça fait 45 ans qu’il y a la guerre en Afghanistan. La seule chose à quoi je m’attache dans ma vie, c’est ma sœur de 12 ans, mon rêve est de vivre à ses côtés ... Si la France ne veut pas me donner asile, pourquoi on m'enferme, pourquoi on ne me laisse pas libre d'aller dans un pays où je peux demander l'asile ?»

On lui a dit qu’il fallait garder l’espoir, qu’on ne lâchait rien ... Après, il nous a montré tous ses papiers, il a commencé par son inscription à la bibliothèque il y a quelques semaines, il a dit qu’il s’était aussi inscrit dans les cours de français. Il a dit qu’il souhaitait faire deux choses dans la vie : étudier et faire du sport. Il nous a montré sa convocation à la préfecture, qui l'avait fait arrêter sur place. Ce qui est énervant c’est ce "Soucial" (travailleur social) du secours islamique lui avait dit que ce papier était pour recevoir le dossier d’asile alors que sur la convocation, il est écrit : « Lors de cette convocation vous êtes susceptible d’être appréhendé, placé en rétention et reconduit dans le pays européen qui a accepté de vous admettre ».

Après une heure, il est plus à l’aise, un peu moins stressé. Mais, il parle de ses insomnies, qu’il tremble pendant deux jours avant le vol. On change de temps en temps de sujet. Il dit que ça fait 3 semaines qu’il n’a pas bu de thé, que ça lui manquait. Il dit que la télé a été cassée, que depuis son arrivée, la moitié des gens sont partis. Il dit que les flics frappent les gens qui refusent de monter dans l’avion la deuxième fois. Il y a un Ukrainien qui a des blessures, des bleus partout. Il a refusé de monter. On lui demande s’il a des amis. Il répond qu’il aurait bien aimé, mais que ça sert à rien de trouver des amis que tu vas perdre. C’est une double peine.

Il a encore parlé du tribunal de demain (le 25 octobre). Il semble qu’il gardait quand-même de l’espoir par rapport à ça. Mais il n’a pas caché son inquiétude pour l’après. Il n’a plus répété qu’il allait se suicider. Il connaissait déjà A., mais moi non. Mais après, ça a été très bien entre nous. Il a dit qu’il préférait la lutte à la boxe et qu’il faisait de la lutte gréco-romaine en Norvège, mais de temps en temps de la lutte libre pour le plaisir. On a même un peu parlé des techniques de lutte, du dernier championnat du monde de lutte... Il a aussi parlé de la politique en Afghanistan, des réseaux mafieux au pouvoir, de Kunduz, de Farkhondeh... A midi les flics nous ont fait sortir. A la fin, on lui a dit qu’il faudrait qu’il fasse un peu de sport dans sa chambre, qu’il garde l’espoir, qu’on ne lâchait rien... Il nous a dit de passer bonjour aux autres, qu’il essayerait de faire du sport."

PS: Aujurd'hui 25 octobre, on apprend que son recours au tribunal a été rejeté. Son expulsion est prévue demain 26 octobre 2016 par le vol Air France  AF 1774 à 9h40 au départ de l'aéroport Charles de Gaulle.

SOYEZ NOMBREUX MERCREDI A PARTIR DE 7h15 CDG (TERMINAL 2G) pour alerter les passagers du vol et la compagnie. Savoir notre présence lui donnera du courage. Voir l'appel à mobilisation ici.

 

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