Depuis son ouverture le 10 novembre, le centre humanitaire de la porte de la Chapelle (géré à l’intérieur par Emmaüs à la demande de la mairie de Paris) est dépassé par le nombre de personnes qui font la queue devant ses grilles.

Des réfugiés attendent en effet une semaine devant le bâtiment avant de pouvoir y accéder. Certains dorment entre les barrières, devant les grilles du centre toute la nuit,  plusieurs nuits de suite, parfois tout le weekend. C’est ainsi que c’est « organisé ».

Selon les chiffres officiels, 70 réfugiés seulement arrivent à Paris chaque jour. Mais  l’accès au centre est ralenti par le travail de tri mené par la préfecture. Par tri,  on entend le repérage des dublinés, ceux à qui on a pris les empreintes de force dans un autre pays européen et que l’on espère renvoyer de force dans ce même pays.

Arrive la vague de froid.

Depuis l’ouverture du centre, il n’a jamais fait très chaud. Il y a même eu une tempête et des fortes pluies…mais maintenant les températures chutent en dessous de zéro.

Dans la nuit du 17 au 18 Janvier, des soutiens rencontrent plus d’une centaine de réfugiés frigorifiés dormant dehors aux alentours du centre humanitaire.

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Ce 18 Janvier 2017, tandis qu’une réunion ministérielle est organisée pour renforcer le « plan grand froid »,  paraît dans L’Humanité un témoignage intitulé : « Appel au 115 : une heure de tractation pour obtenir une place… »..  De ce côté là aussi rien de nouveau, joindre le 115 est très difficile. Pour un primo arrivant c’est impossible et relativement vain : comment se rendre à une adresse inconnue au milieu de la nuit dans une ville inconnue… et ainsi prendre le risque de s’éloigner du centre où il faut revenir de toute façon pour déposer sa demande d’asile?

Le véritable effet de surprise, c’est Médecins Sans Frontières (MSF) qui se lance dans un programme  de mise à l’abri pour les migrants de Paris, signifiant par la même l’incurie de l’état. L’ONG a bloqué une soixantaine de lits dans des hôtels et c’est l’association Utopia 56 qui oriente les personnes vers eux. 

Très vite, Emmaüs qui ne veut pas être en reste ouvre alors des places en plus dans le hall d’accueil du centre. La mairie renforce les maraudes.

Ça ne dure pas longtemps : le 22, des soutiens signalent à nouveau de nombreuses personnes dehors devant le camp.

Les jours passent. Tout en distribuant couvertures et sacs de couchage, les soutiens ont les yeux rivés sur les annonces de la mairie de Paris et de la presse. Peut-être que demain on rajoutera un lit par ici, un lit par là. Peut-être que la mairie ouvrira encore ses portes à un plus grand nombre …ou les refermera. Peut-être qu’il y aura des morts aussi. Tout est possible. Tout paraît aléatoire.

Et pourtant ce qui se passe cette semaine de grand froid n’est pas surprenant. Ce n’est que la continuation logique d’une politique maltraitante.

Tout réfugié doit attendre et de préférence attendre dehors. Cette épreuve physique et morale fait partie du système.

Pour rappel, il y a eu 30 campements de rue principalement dans le Nord Est de Paris depuis juin 2015. Avant l’ouverture du centre de la Chapelle, les réfugiés attendaient donc déjà pendant des semaines une mise à l’abri alors qu’ils étaient en proie au froid, à la pluie ou à la canicule sur ces campements de fortune.

D’autres dormaient (et dorment encore) devant la plateforme d’accueil de France terre d’asile pour tout simplement demander l’asile à Paris.

Et depuis des années, nous savons pertinemment que le renouvellement d’un simple document administratif nécessitera de dormir toute la nuit devant la préfecture (avec d’autres migrants d’ailleurs) sans garantie d’être reçu.

Ces heures sur le bitume font partie de la violence d’état.

Le 7 janvier, MSF a dénoncé les violences policières devant le centre. D’autres l’avaient fait aussi bien avant, mais n’avaient pas été entendus. Là encore, rien de nouveau. Avant la création du Centre, la situation était identique.

Depuis plus d’un an, dès qu’un petit groupe de réfugiés essaie de trouver le sommeil sur un bout de trottoir, il est harcelé…la police ayant pour mission d’empêcher tout point de fixation. Ou pour le dire autrement toute naissance de campement.

Les ordres des policiers aux réfugiés sont toujours les mêmes : « Dispersez vous. Et si vous ne vous dispersez pas, nous userons de la force ».

L’ordre étant absurde (où iraient ils ?), s’en suivent les gaz et la destruction des tentes ou autres effets personnels.

Entre la charge policière particulièrement violente du 31 juillet 2016 et l’évacuation du campement autour de Stalingrad, le 4 novembre, 28 rafles ont aussi eu lieu. 28 contrôles d’identité massifs, « musclés » avec destruction des biens et OQTF à la clé. C’est-à-dire Obligation de quitter le territoire français car sans papier….ce qui est bien normal quand la même préfecture qui missionne la police pour contrôler votre situation, est celle qui empêche un accès rapide à la demande d’asile.  Le préfet de Police a été condamné 135 fois en 2016 pour violation du droit d’asile.

Reste donc pour les réfugiés à attendre, à endurer et à se cacher avant de pouvoir entamer leurs démarches. Ensuite, d’autres épreuves encore plus difficiles sont possibles, les OQTF, l’assignation à résidence, la notification de transfert, l’expulsion, etc.  Dans ces cas là, évidemment on n’attend plus du tout. Les délais de recours sont même raccourcis. Efficacité administrative soudaine ! 72 heures pour trouver un avocat, un vendredi soir de préférence.

C’est ainsi qu’après avoir attendu des mois pour voir son dossier de demande d’asile étudié, on peut se retrouver très vite dans un avion pour le Soudan. Qui rappelons-le est une dictature qui assassine ses opposants.  Ou dans un avion pour la Norvège ou l’Allemagne… pays qui renvoient les Afghans en Afghanistan, parce que selon eux, c’est un pays sûr.

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