"A. Hidalgo, ou quand la communication se substitue à une politique d'accueil des réfugiés", par V. Osouf et H. El Assimi.

Le campement de la halle Pajol a encore une fois été démantelé le mercredi 29 juillet au matin. La veille au soir, nous écrivions aux signataires de l'Appel des 222 personalités de la culture en faveur des réfugiés pour leur donner des nouvelles...

Le campement de la halle Pajol a encore une fois été démantelé le mercredi 29 juillet au matin. La veille au soir, nous écrivions aux signataires de l'Appel des 222 personalités de la culture en faveur des réfugiés pour leur donner des nouvelles...

Mesdames et Messieurs les signataires de la pétition

Ce courrier afin de vous tenir informés des suites données par Mme Hidalgo et son cabinet à la lettre ouverte que vous avez signée en soutien aux réfugiés de la Chapelle.

À nouveau, nous tenons à vous remercier pour cet engagement en faveur des réfugiés en proie à la violence, à l'incompétence et au mépris des autorités. Cette prise de position traduit votre attachement à des valeurs essentielles, au-delà des clivages politiques.

Le 15 juillet, une semaine après la publication de l'appel que vous avez signé et la dernière évacuation de la halle Pajol, Mme Hidalgo répondait par voie de presse sur le site de Télérama. Il y aurait beaucoup à redire sur cette réponse, émaillée de contre-vérités. Ainsi, nous tenons à vous assurer qu'excepté Médecins du Monde qui vient chaque mardi établir des diagnostics sur les lieux, aucune association n'est présente sur le campement de la halle Pajol à nos côtés. Les cours de français, le suivi sanitaire, l'accompagnement juridique, l'approvisionnement en eau potable et en nourriture sont le fait des seuls citoyens et des voisins que nous sommes, de manière égalitaire avec les réfugiés, seuls véritables concernés par cette situation tragique. En ce qui concerne l'accès aux douches, aux sanitaires et aux points d'eau, les migrants se brossaient les dents et faisaient la vaisselle dans le caniveau, ils étaient privés d'accès aux toilettes publiques, fermées sur ordre de Mme Hidalgo, et, comble de l'absurdité, des sanisettes ont été livrées hier soir... c'est à dire la veille de l'évacuation! Face à ce qui constitue une violation des droits humains les plus élémentaires et de la dignité humaine, notre collectif de migrants et de soutiens a du lutter pour que soient installées 4 sanisettes hier soir, après 3 semaines de refus du minimum le plus basique; refus perçu comme une humiliation par les réfugiés, obligés de compter sur la solidarité des riverains pour pouvoir se doucher et aller aux toilettes.

Quant aux personnes hébergées le soir du 9 juillet, il va sans dire, contrairement à des propos qui stigmatisent la solidarité en l'assimilant à une manipulation politique, que nous nous réjouissons pour toutes celles qui sont satisfaites. Malheureusement, tel n'est pas le cas de tous. Ainsi, 7 femmes - dont 3 enceintes - placées dans des hôtels n'ont eu accès à aucun repas ni aucun suivi sanitaire depuis lors. Nous nous chargeons de leur venir en aide avec nos maigres moyens. De plus, l'opacité relative aux lieux d'hébergement dans lesquels toute visite est proscrite, de même que l'éparpillement des réfugiés, répartis dans 17 lieux à Paris et en Île de France, ne nous permet pas toujours d'intervenir à temps.

De surcroît, Mme Hidalgo et son cabinet vous assurent par voie de presse que ces hébergements sont pérennes et salubres mais nous pouvons vous montrer des enregistrements vidéo attestant du contraire, et vous présenter des personnes victimes de cette supercherie. Ainsi, Hanan, jeune mère de 2 enfants logée boulevard Richard Lenoir s'est vue signifier son congé le jour même où elle recevait son premier récépissé d'un mois de demandeuse d'asile - celui-ci sera instruit ultérieurement. Najat, enceinte de 8 mois, se débat dans une chambre d' hotel au 6e étage sans ascenseur dans le 10e arrondissement, et un accueil de jour dans le 1er arrondissement, alors qu' elle doit se rendre dans un restaurant dans le 5e arrondissement.

Enfin, la communication institutionnelle affirme mettre à l'abri les plus faibles en priorité : pourtant M. Abbas Salih, 57 ans ancien chef d'entreprise soudanais, hémiplégique, cardiaque et insuffisant rénal, auquel Libération a déjà consacré un article le 18 juillet, est toujours à la rue depuis trois semaines. Juridiquement, il aurait droit à un lit médicalisé. Il n'en est malheureusement rien, et il est resté, comme tant d'autres, sur la halle Pajol, dormant sur un matelas de fortune, sans soins depuis que l'hôpital Lariboisière l'a remis à la rue.

Comme nous souhaitions, de concert avec les migrants, maintenir des relations constructives avec la Mairie, nous n'avons pas publié de démenti à la réponse que Mme Hidalgo vous a faite. Saisissant la perche tendue à la fin de son courrier, nous avons demandé à être reçus, avec une délégation représentative de réfugiés, relogés et non relogés, femmes et hommes de différentes nationalités. Tel fut le cas jeudi dernier, en attendant un rendez-vous avec vous, artistes et personnalités de la Culture et Mme la Maire, promis par le cabinet de celle-ci d'ici début septembre.

Lors de cette réunion, nous avons rencontré Mme Alice Brassens, Conseillère technique à la Solidarité, Mme Ivoa Alavoine, Directrice Adjointe de Cabinet de Mme Hidalgo et M. Simon Vanackere, adjoint de Dominique Versini, chargée de la Solidarité à la Mairie de Paris. Avec espoir, les migrants et nous-mêmes leur avons exposé nos difficultés (pénurie alimentaire, problèmes sanitaires...) et réitéré notre demande d'un lieu collectif parisien qui serve de sas humain et digne entre l'arrivée en France et le placement en CADA (Centre d'Accueil pour les Demandeurs d'Asile, accessible une fois efectuées les premières démarches administratives, malheureusement beaucoup trop longues). Conscients du fait que la mise aux normes d'un tel lieu nécessite un certain temps, nous avons imploré l'ouverture immédiate et temporaire d'établissements scolaires ou de gymnases pour passer l'été à l'abri. Enfin, nous avons attiré l'attention sur le manque d'eau potable au campement et la nécessité d'avoir un point d'eau pour les 300 personnes qui survivent sur la halle. La réponse de la mairie nous a laissés sans voix : "Nous ne désirons pas favoriser les campements donc nous ne souhaitons livrer de nourriture sur la halle Pajol". Or, nous non plus "ne désirons pas" l'existence d'un campement... Naïvement, nous pensions ressortir de cette réunion avec certains acquis, il n'en n'a rien été. En guise de main tendue,  on nous a tendu le guide Solidarité Paris Hiver 2014-15.

Depuis 8 semaines, les pouvoirs publics nous dépeignent comme des militants radicaux réfractaires à l'institution qui feraient obstacle au traitement serein de la situation des réfugiés. Cette stigmatisation de la solidarité au mépris du droit international nous indigne. Nous n'avons de cesse de demander un dialogue et ne recevons pour seules réponses que démantèlements en série, désinformation en vue de ternir l'image des soutiens, et négation du drame que vivent ces réfugiés au quotidien depuis leur arrivée en France.

Nous avons appris que certains d'entre vous avaient reçus aujourd'hui une invitation de Mme Ilavoine et de M. Brice (directeur de l'OFPRA) à venir assister de visu à une "mise à l'abri" imminente, dont les migrants eux-mêmes et leurs soutiens n'ont une fois pas été informés, ce qui a eu pour résultat de laisser à nouveau des absents (partis faire des démarches de domiciliation) sur le carreau. Nous sommes mobilisés à chaque évacuation pour que les migrants reçoivent le plus d'informations et de garanties possibles sur les hébergements qui leur sont octroyés. Cette fois-ci, le fait que vous ayez été conviés, ainsi que certains journalistes, témoigne de l'intention des autorités de réparer leur image, que la pétition que vous avez signée a sans doute écornée. En effet, nous mesurons aujourd'hui combien votre opinion compte, c'est à dire et c'est un constat bien désolant, bien plus que la condition des migrants eux-mêmes.

Nous nous réjouissons cependant que votre engagement critique puisse porter ses fruits et afin que votre jugement soit le plus éclairé possible, nous vous inviterons dès la rentrée à venir rencontrer les réfugiés - à la rue et hébergés dans les structures de la ville  - pour venir écouter leurs témoignages.

Bien à Vous.

La cellule communication des Réfugiés de la Chapelle en Lutte

 

La pétition des 222 personalités de la culture:

http://www.telerama.fr/idees/migrants-a-paris-222-personnalites-de-la-culture-ecrivent-a-la-maire-anne-hidalgo,129107.php

La réponse de Anne Hidalgo:

http://www.telerama.fr/idees/situation-des-migrants-a-paris-anne-hidalgo-repond,129347.php

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