"Quand France Terre D’Asile appelle la police pour accueillir les exilé-es", par des militants de la Chapelle en Lutte

Communiqué de La Chapelle en Lutte, 29 juillet 2015

Suite à un point d'information juridique sur le campement, constatant une nouvelle fois leur désarroi face au délai qui leur est imposé pour avoir une domiciliation, un groupe de soutiens a proposé aux demandeurs d’asile présents de se rendre collectivement à FTDA, le jour d'ouverture de la permanence.

L'objectif était de demander un rendez-vous collectif, pour accélérer l'obtention de leur domiciliation administrative, démarche obligatoire préalable à la demande d’asile.

Jeudi 23 juillet, à 9h30, nous nous sommes donc rendus à France Terre d’Asile, pour soutenir une quarantaine de demandeurs d’asile dormant à Pajol ayant besoin d'une domiciliation. C’est seulement après cette démarche et après deux rendez-vous en préfecture que la personne devient officiellement demandeuse d'asile (et donc se voit proposer un hébergement en CADA).

France Terre d’Asile est en effet une des quatre associations habilitées à effectuer des domiciliations, et la seule à ce jour à avoir encore des quotas disponibles. Les délais pour l’obtention d’un rendez-vous sont actuellement de 2 mois minimum. 2 mois durant lesquels les gens n'ont droit à rien et sont condamnés à la rue. Or, les Directives européennes prévoient un délai de trois jours.

 Alors qu'ils sont à la rue depuis des semaines, sans aucune assistance autre que celle des habitants, citoyens et militants qui se sont constitués en « soutiens », ce délai met chaque jour un peu plus en danger les demandeurs d’asile, et bafoue leurs droits en vigueur au niveau du droit international

 Devant le local de l’association, une trentaine de personnes attendaient l’ouverture des locaux, prévue pour 11 heures. Nous avons expliqué notre démarche à ces personnes, proposant qu'elle se fasse collectivement, et qu'ils y soient inclus.

 Nous avons tenté d’entrer en relation avec les membres de FTDA. Derrière la porte ouverte, une grille barrait l’entrée du local. Un homme est sorti, demandant aux personnes présentes de former une file d’attente en attendant 11h.

Nous avons essayé de lui parler, mais il a repoussé violemment l’un d'entre nous pour refermer la porte. Nous avons essayé à nouveau de débuter un dialogue, d’expliquer notre démarche, mais son seul propos a été de fermer la porte, en nous repoussant violemment à nouveau pour nous faire reculer, et coupant toute discussion. Un 2ème agent, véhément et agressif, est venu aider son collègue.

Contrairement à la déclaration de Pierre Henry, directeur général de FTA, qui a affirmé que des militants : " ont cru pouvoir franchir l'accueil pour molester les salariés"[1] c’est uniquement en raison de ces comportements agressifs des agents de médiation de FTDA que la situation s’est envenimée et est devenue tendue.

Des travailleurs sociaux sont intervenus, indiquant qu’ils recevraient tout le monde à 11h. Nous avons tenté de formuler à nouveau la demande d’un délai raccourci pour la domiciliation de tous les demandeurs d'asile présents et futurs en organisant, par exemple, un rendez vous collectif. Alors qu’une discussion aurait permis d'en travailler les modalités, le dialogue a été refusé.La réaction des agents de médiation de FTDA a même été très violente, et la communication avec les travailleurs sociaux en a été impossible. Nous avons été insultés, une personne a été prise à la gorge, une autre, qui filmait la scène, s’est fait arracher son téléphone, prenant un coup au passage.

FTDA s'est visiblement sentie agressée par notre présence et notre demande. Sa seule réaction a été la violence de ses agents dits "de médiation" et l'appel de la police.    

Nous contestons toute intention d'intrusion dans les locaux, ainsi que volonté d’agresser verbalement et physiquement les membres de FTDA et nous condamnons la violence avec laquelle nous avons été repoussés.

Contrairement aux affirmations de Pierre Henry, directeur de FTDA le 2 juin dans les médias tous les migrants présents sous le pont de La Chapelle n'ont pas été domiciliés. Nous rappelons qu'à ce jour, près de 250 migrants dorment encore chaque nuit rue Pajol, et des centaines d'autres à Paris et aux alentours sans adresse, sans possibilité de déposer une demande d'asile, bloqués par la lenteur de la procédure.

Cette situation est d'autant plus grotesque que dans quelques semaines, la domiciliation préalable sera supprimée par la nouvelle loi.

 Les travailleurs sociaux nous ont fait part de leurs difficultés à faire face à l’afflux de demandes.  Nous les invitons à exiger de leur employeur des conditions de travail qui leur permettent de remplir leur mission d’une manière compatible avec la dignité et le droit. FTDA est subventionnée pour une mission de service public. Nous demandons à FTDA de faire en sorte de respecter les délais prévus par la loi.


[1] http://www.leparisien.fr/espace-premium/paris-75/des-agents-de-france-terre-d-asile-agresses-par-des-militants-25-07-2015-4969795.php

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