Des policiers en civil arrêtent un travailleur sans papier pour lui voler son argent

Un dimanche après-midi à La Chapelle, sans aucune raison, un travailleur sans papier s'est fait frapper, menotter, voler son argent avant d'être envoyé en centre de rétention... où il a été immédiatement relâché. Ces extorsions et humiliations racistes et arbitraires doivent cesser !

Le dimanche 24 novembre, comme souvent, Oumar Bah* se rend à La Chapelle pour rencontrer ses amis et aller prier à la Mosquée. Vers 17h45, il sort du supermarché Carrefour de la rue Marx Dormoy. Là, sans aucune raison, quatre hommes lui tombent dessus par surprise, lui portent des coups et l’immobilisent. Sortant leurs cartes de police et leurs brassards, ils l’accusent de vendre des cigarettes, mais il leur jure que ce n’est pas le cas. Il travaille sur les chantiers et n’a jamais vendu de cigarettes, car c’est trop dangereux. Alors qu’ils le menottent, il appelle au secours : « Qu’est-ce que j’ai fait ? Est-ce que c’est dans la loi ce que vous faites ? ». Les policiers le fouillent, notent son nom, son âge, sa nationalité et sa date de naissance sur un bout de papier, et... empochent les 150 euros qu’il avait sur lui en liquide. Une somme difficilement gagnée sur des emplois de chantiers qu’il peine à trouver, se levant chaque jour à l’aube, et qui représentent la totalité de ses économies. Une somme qu’il conservait sur lui pour ne pas risquer un vol, et qui représente pour lui un mois de loyer. Une somme destinée à sa famille restée au village en Guinée.

Il est livré par les policiers en civile à trois policiers en uniforme, qui l’embarquent, direction le centre de rétention de Vincennes. Mais là, probablement car il n’y a ni motif légal à son arrestation ni procès-verbal, il est libéré immédiatement sans plus d’explication et, abassourdi, sans argent ni ticket il rentre chez lui en RER.

Oumar, qui est arrivé en France depuis la Guinée au terme d’un périple de 6 ans, qui s’est fait des amis en France et qui survit en travaillant sur de trop rares chantiers, est choqué, révolté par cette agression par des représentants de l’Etat.
Nous, habitants du quartier de la Chapelle solidaires, dénonçons cette agression ainsi que des nombreuses autres agressions quotidiennes des policiers, qui chaque jour offrent un spectacle de leur violence, de leur lâcheté, de leur racisme vis à vis de personnes précaires, vulnérables et sans défense dans notre quartier.

De manière pacifique et légale, pour notre dignité et pour la sérénité de notre quartier, nous pouvons nous opposer à ces agressions et ces extorsions des plus faibles, qui n'ont rien à voir avec le maintien de l'ordre et qui ternissent considérablement l'image de la police.

*Son nom a été modifié pour sa sécurité

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