Communiqué de Presse de La Chapelle en Lutte, 30 juillet 2015:
Mercredi, 29 juillet, les services de la préfecture et de la mairie de Paris ont procédé à une évacuation du campement de migrants de la halle Pajol. Contrairement à d’autres, ce démantèlement s’est fait sans brutalité, mais il a, comme les précédents, été marqué du sceau de l’opacité et de l’impréparation. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une centaine de migrants étaient à la rue le soir même.
La préfecture et la mairie de Paris n’ont jugés bon de prévenir ni leurs propres élus, ni leurs propres employés chargés de procéder à l’évacuation du camp. Pire encore, les directeurs et directrices de certains centres d’hébergement d’urgence nous ont confiés se sentir démunis face à l’accueil des réfugiés – malgré leur réactivité et en dépit du fait qu’ils aient été prévenus la veille. Ces derniers nous ont également affirmé qu’ils n’avaient pas reçu d’informations quant aux besoins d’un public qui souvent ne correspond pas au fonctionnement et aux résidents habituels de leurs structures.
La préfecture et la mairie de Paris n’ont surtout pas jugés bon de prévenir les premiers concernés, les réfugiés. Ainsi, comme lors des précédentes évacuations, ils et elles étaient vingt-sept au moins à ne pas avoir la possibilité de se voir proposer un hébergement. Douze migrants étaient partis en rendez-vous pour une domiciliation et quinze d’entre eux étaient à l’hôpital pour bénéficier de l’accès aux soins, dont le suivi a été mis en place par le comité de soutien des migrants de la Chapelle et Médecins du Monde. Aujourd’hui, en France un réfugié doit choisir entre sa santé et une prétendue « mise à l’abri » éphémère.
Nous déplorons que pour les services de la mairie de Paris et de l’Etat, l’image et la communication priment sur la dignité humaine et le droit. Les journalistes qui nous ont informés de l’arrivée des cars préfectoraux ont été invités à filmer des toilettes toutes neuves - des toilettes réclamées par les migrants, des citoyens, des soutiens et des voisins solidaires. Des toilettes installées la veille de l’évacuation.
La Chapelle En Lutte tient à rappeler que les 700 places proposées ces dernières semaines ainsi que la réouverture de centres d’hébergement du « plan grand froid » en plein été sont à mettre au crédit des luttes des migrants et de la mobilisation de leurs soutiens.
Parce que nous sommes solidaires des migrants et des réfugiés d’Austerlitz, du square Jessaint et de tous les autres campements parisiens, nous dénonçons fermement la mise en concurrence des indigences organisée par le gouvernement et la mairie. Nous refusons que des pauvres, des rroms ou des personnes en détresse soient mis à la rue pour héberger des réfugiés dans des structures inadaptées.
Nous demandons l'ouverture urgente d'un lieu collectif qui serve de sas digne entre l’arrivée des migrants et leur placement en CADA ou leur départ vers d’autres pays.
Nous ne sommes que trop conscients que l'émiettement des migrants vise à leur invisibilisation et qu’il va de pair avec l'individualisation des procédures.
Nous refusons la politique de chiffre sur le droit d’asile.
Ci joint le communiqué des migrants et des réfugiés de la chapelle et des autres campements :
Nous, migrants de La Chapelle souhaitons vous avertir que les services de police de la mairie ont évacué le campement où nous vivions rue Pajol.
Cette expulsion fait suite à de nombreuses expulsions parfois très violentes, à la rue Pajol, dans les jardins d'Eole, au Bois Dormoy ou encore sur le parvis de l'Eglise Saint-Bernard. Il y a un désespoir profond en nous tous.
C'est pour cela que nous nous sommes décidés à 99 à l'occupation des locaux de la Maison de la Mixité située au 70 rue des Rigoles à Paris. Nos soutiens solidaires nous ont accompagné dans notre démarche.
Que l'on ne nous oppose pas les lois françaises, nous ne cessons de demander leur application !
Hélas, lorsqu’il est question d'asile, de logement, et d'assistance, le recours à la Déclaration Universelle des droits de l'Homme et du citoyen, la mobilisation du code de l'action sociale (art 345-2-2) ou l'application de l'ordonnance de 1945 sur la réquisition des logements vacants ne semblent pas de mise.
Nous n'avons plus le temps et l'énergie de subir la faim, la pluie, le froid et la traque policière.
Nous espérons de tout cœur que l'occupation d'un lieu permettra d'entamer un dialogue constructif avec les autorités et de prendre en compte nos voix pour que nos droits soient respectés.