Rafler ou ne pas rafler, telle serait la question ? par Nicolas Jaoul

30 décembre 2015, place de la République, à Paris : récit d'une journée de lutte, à la fois absurde et pleine de sens...

Mercredi 30 décembre, 7h du matin: la police encercle le campement de migrants de la place de la république. 160 arrestations. Un blessé. Après l'expulsion ratée de Lundi, c’est une nouvelle rafle, certes moins violente que celle du 8 juin à la halle Pajol. Alors qu'à Pajol, des dizaines de demandeurs d’asile avaient été envoyés en centre de rétention, cette fois ci tous seront relâchés après un simple contrôle d'identité et palpations (réalisées dans l'illégalité, des hommes ayant palpé des corps de femmes migrantes selon des témoins).

Accueillis aux cris de "liberté!" à la sortie du commissariat de l'évangile (18° arrondissement) par leurs camarades réfugiés et par les soutiens, les migrants se réunissent. Ils décident de reformer le campement au même endroit. Leur détermination semble inébranlable, ils ne lâcheront pas République, ne retourneront pas dans l'enfer de l'invisibilité dans lequel le pouvoir leur demande de "disparaître". Dans la foulée, avec l'aide de soutiens, ils rédigent un tract pour expliquer les évènements et maintenir le rassemblement déjà prévu à République le soir même.

(voir le tract ici: https://blogs.mediapart.fr/la-chapelle-en-lutte/blog/271215/solidarite-avec-les-migrants-un-appel-des-refugies-de-republique-english-version)

Mercredi 30 décembre, 17h30: rassemblement place de la République. Dès 18h, les CRS encerclent la foule d’environ 150 personnes, dont une minorité de soutiens. Parmi ceux qui n'ont pas été pris dans la nasse, il y a d'autres soutiens et des migrants hébergés suite à de précédentes évacuations, qui sont venus apporter leur solidarité. Tous se regroupent et encerclent à leur tour les encercleurs, leur tournent autour en reprenant les slogans des camarades encerclés, qui tournent en sens inverse. Les CRS, un moment déstabilisés par ce mouvement, parviennent à ré-encercler ce second cercle, mais la foule continue de se masser autour et le second cercle se reforme sous l'oeil des touristes et des promeneurs qui se massent tout autour. A l'intérieur de la nasse, l'ambiance ne faiblit pas, tandis que le désarroi face à l’absence de directives claires (rafler ou ne pas rafler ?) commence à gagner les policiers.

dscf6511 © NJ dscf6511 © NJ

Vers 21h, la police desserre enfin son étau. On peut imaginer qu'après avoir à nouveau dû renoncer à une 2° expulsion de force face à la détermination impressionnante des afghans, la police se sent plus que jamais inutile et dépitée. Plusieurs policiers, qu'ils soient de simples CRS ou des gradés en civil, font part à des manifestants de leur irritation face à l'incohérence des ordres donnés par la préfecture, tout en ayant bien conscience, pour certains, du caractère inique et opportuniste des politiques dont ils émanent. Que les policiers frappent et gazent les gens et qu’ils deviennent de violentes machines de guerre le moment voulu est une autre histoire.

Le spectacle offert hier soir, c'est celui d'un pouvoir qui vacille, symptôme d'un monde à l'agonie en dépit de tous ses renforts policiers et frontaliers. Pour un monde vivant et pour reconstruire une autre société digne de ce nom, dont les réfugiés et les sans-papiers feront pleinement partie, continuons le combat avec eux, et surtout retenons leur leçon : ne lâchons rien!

PS : La nuit dernière, les réfugiés ont donc pu dormir à Place de la République, malgré le froid et la pluie. Mais s’ils sont là c’est pour exiger des pouvoirs publics qu’ils respectent leur droit à un hébergement, conformément à leur statut de demandeurs d’asile.

PPS: Ce soir, un réveillon sera organisé Place de la République par les réfugiés. Avec nourriture, couvertures, baches, boissons, ou juste l'envie de faire la fête ensemble, chacun est invité à venir fêter cette nouvelle année, qui s'annonce combative et solidaire ! Soo-So!! Solidarité avec les réfugiés!

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.