Retour en force des préjugés, vers un durcissement de la politique migratoire?

Alors que les parlementaires vont débattre sur l’asile et l’immigration à l’Assemblée nationale le 7 octobre et au Sénat le 9, certain·e·s élu·e·s de la majorité, le gouvernement et le président de la République lui-même ont déjà bien entamé les discussions et plus ou moins énoncé les conclusions du débat.

Leurs déclarations font craindre, une nouvelle fois, l’instrumentalisation des questions migratoires.

Quelques jours avant le débat sur l’asile et l’immigration, La Cimade s’inquiète de des discours clivants et alarmistes qui ne servent qu’à fragmenter un peu plus la cohésion de la société française en désignant les personnes étrangères comme responsables de tous ses maux.

Ces propos peinent à dissimuler la part de responsabilité des gouvernements qui ont sous-doté le dispositif d’accueil. Ils ignorent aussi les effets des réformes successives qui font de la politique migratoire une politique essentiellement répressive, fondée sur la suspicion envers les personnes étrangères, obérant la mise en œuvre des mesures de protection. Ainsi que tous les obstacles administratifs qui sont mis sur le parcours des personnes migrantes pour tenter de les dissuader de faire valoir leurs droits. Obstacles qui les maintiennent dans une grande précarité administrative et sociale et retardent, de fait, leur intégration.

« Le retour en force des préjugés sur les personnes migrantes et les soi-disant abus des dispositifs d’aide proposés par l’État est dangereux. Cela fait craindre un durcissement de la politique migratoire et risque de crédibiliser le discours de l’extrême droite. » a déclaré Cyrille de Billy secrétaire général de La Cimade.

La France serait trop « accueillante » et pourtant une personne sur deux qui demande l’asile n’a pas accès à l’hébergement garanti par la loi. Des milliers d’exilé·e·s campent dans les rues de Paris ou dans les squats à Nantes, Caen, Grande-Synthe, Bordeaux et ailleurs. La protection des enfants isolé·e·s souffre de nombreuses défaillances du fait d’un manque de moyens et de volonté. La France expulse des personnes vers des pays où elles sont en danger. Elle mène une politique dissuasive : contrôles systématiques aux frontières, contrôles dans les lieux d’hébergement, impossibilité d’accéder aux guichets des préfectures, etc.

Quant à l’aide médicale d’État, la seule aide sociale à laquelle les personnes sans-papier ont accès (sous de multiples conditions), elle est nécessaire pour garantir la santé publique et individuelle. Elle ne représente que 0,5 % des dépenses liées à l’Assurance maladie et, en permettant une prise en charge plus précoce, elle limite les surcoûts liés au traitement de pathologies aggravées. Les cas de fraude sont rarissimes contrairement à certaines idées reçues : 38 cas recensés en 2018 sur plus de 300 000 bénéficiaires selon un rapport du Sénat.

Il est temps que les parlementaires et l’exécutif changent de paradigme pour construire une politique migratoire alternative et respectueuse des droits fondamentaux des personnes étrangères.

Lire le document de décryptage de 15 préjugés sur le site de La Cimade.

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