Réfugiés climatiques en détresse

Il faut d’abord s’entendre sur les mots. Ces « réfugiés » ou « déplacés » sont-ils les victimes d’un climat déréglé ou d’un environnement dégradé ? Des désordres de la nature ou bien des activités humaines ? Le dernier numéro de Causes communes, revue publiée par La Cimade, consacre son dossier à la question des déplacés environnementaux.

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L’ONU annonce 250 millions de réfugiés climatiques à l’horizon 2050 et d’après le HCR ce sont près de 26 millions de personnes qui sont déplacées chaque année à cause d’évènements météorologiques extrêmes. Mais les estimations alarmistes sont à manier avec prudence, elles attisent les peurs et les préjugés. Les causes sont souvent complexes et entremêlées, et les migrants, qu’ils soient considérés comme économiques, politiques ou climatiques cherchent tous une protection et un refuge. « Ce ne sont pas forcément des nouveaux migrants » nous rappelle avec justesse le sociologue Antoine Pécoud. « Le migrant climatique est perçu comme abstrait, loin et hypothétique, alors qu’en fait tout est lié » précise pour sa part la chercheuse Christel Cournil.

Si la Convention de Genève n’est pas adaptée à la protection des déplacés environnementaux, faut-il se mettre d’accord sur un nouveau statut ?
Mais le climat actuel est-il propice à la signature d’un nouveau texte protecteur pour les migrants ?
Pour Fernanda de Sallès Cavedon Capdeville, avocate, et Emnet Gebre, universitaire, réunies pour notre débat, ce défi rappelle celui auquel sont confrontées les migrations en tous genres : accompagner au mieux ces déplacés tout en s’attaquant aux causes.

L'éditorial de Jean Claude Mas, secrétaire général de La Cimade.

Tous des réfugiés
À l’horizon 2050, l’ONU prévoit 250 millions de « réfugiés » environnementaux dans le monde…, de quoi donner des sueurs froides à l’Union européenne actuelle qui, dans un cynisme absolu, ne sait plus quoi inventer pour éviter d’accueillir et porter secours aux milliers de personnes, fuyant les persécutions, la guerre et/ou la misère, qui osent encore lui demander protection en ce début 2016.
On peut tenter de la rassurer en précisant : que ces projections peuvent toujours être contrariées si la dynamique COP21 finit par produire des effets, et que les déplacements « environnementaux » des premières et principales victimes, les populations les plus pauvres, seront essentiellement à l’intérieur de leur pays d’origine, ces dernières ne disposant pas des ressources financières ou des réseaux pour partir ailleurs.
Mais l’Union européenne, à l’instar des autres zones géographiques moins concernées par les ravages du dérèglement climatique notamment, est-elle finalement si inquiète ? Comme le rappelle Christel Cournil dans le dossier de ce Causes communes, « cela intéresse peu, de manière générale […] car le migrant climatique est perçu comme abstrait, il n’est pas incarné mais est perçu comme loin et hypothétique, alors qu’en fait tout est lié ».
De-là, alors, à envisager une protection internationale et un statut juridique aux personnes déplacées pour des raisons environnementales, il y a un pas de géant… qui ne semble pas prêt d’être franchi, même si certaines initiatives et réflexions, notamment universitaires, ont été engagées depuis quelques années.
Création d’un statut juridique spécifique ou extension de l’application de la Convention de Genève de 1951 par une définition actualisée du statut de personne réfugiée, le débat est ouvert mais fait froid dans le dos, à attendre les observateurs les plus avertis. En substance, modifier la Convention de Genève reviendrait, dans la période actuelle, à ouvrir la boîte de Pandore, tant le risque serait grand que la communauté internationale en profite pour abaisser fortement les normes de protection accordées à l’ensemble des personnes réfugiées aujourd’hui…
Tout est dit dans cette prévision néfaste sur le « vers quoi nous allons » si nous ne disons pas stop à ce monde qui se ferme, prêt à tourner le dos à la figure même du « réfugié » persécuté, fuyant les guerres et/ou les conséquences de la dégradation du climat dont nous sommes collectivement responsables. Autre intervenant de notre dossier, Antoine Pécoud a raison, « il faut revoir les politiques d’immigration de manière globale et être capable d’accueillir les personnes, qu’elles migrent pour des raisons économiques, politiques ou climatiques ».

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Un autre traitement de l’actualité des migrations, voici ce que tente de proposer chaque trimestre l’équipe de Causes communes. Chaque numéro mêle ainsi analyses, récits, témoignages et rencontres pour apporter un autre regard sur les migrations.
En ouvrant des pistes de réflexion tout en relayant les actions menées pour défendre les droits des migrants, Causes communes cherche à permettre à tous de s’approprier les termes du débat autour des politiques migratoires.
S’informer pour refuser les idées reçues, comprendre pour mieux agir.

 

 

 

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