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Le Club de Mediapart dim. 28 août 2016 28/8/2016 Édition de la mi-journée

Mariano Rajoy : l'image manquante

Cette image est extraite d'une vidéo publiée samedi soir par l'AFP TV, en langue espagnole. Elle représente le chef du gouvernement face à la presse. Le problème, c'est que ce face-à-face n'a pas eu lieu. Plusieurs journalistes se sont d'ailleurs plaints de devoir rester dans cette salle face à un écran, sans avoir de contact direct avec l'homme politique. Alors d'où vient cette image?

Cette image est extraite d'une vidéo publiée samedi soir par l'AFP TV, en langue espagnole. Elle représente le chef du gouvernement face à la presse. Le problème, c'est que ce face-à-face n'a pas eu lieu. Plusieurs journalistes se sont d'ailleurs plaints de devoir rester dans cette salle face à un écran, sans avoir de contact direct avec l'homme politique. Alors d'où vient cette image?


Le Partido Popular espagnol est actuellement au centre d'un vaste scandale de corruption révélé par El Mundo et El País (lire ici). Après avoir essayé de ne rien dire pendant quelques jours alors que son nom était apparu dans des documents publiés par la presse, Mariano Rajoy a finalement été obligé de faire une déclaration publique ce samedi, dans laquelle il nie – en bloc et en détail, comme on dit chez nous ;-) – avoir reçu des salaires occultes. Le seul problème c'est que les journalistes n'étaient pas vraiment les bienvenus à cette déclaration. Aucune question n'a été acceptée et la plupart des professionnels ont dû suivre l'allocution dans une salle voisine, face... à un écran.

Cette situation a animé twitter et des images ont circulé pour dénoncer cet étrange face-à-face, comme celle-ci postée sur le compte de Pablo Ximenez :


Des montages critiques ont d'ailleurs rapidement vu le jour pour railler la présence virtuelle de M. Rajoy, tel que celui posté par Armando el pollo, retweeté des centaines de fois :


Samedi en fin de journée, l'AFP TV/Espagnol a publié une vidéo qui s'intitule Rajoy niega corrupcion et qui résume les déclarations de M. Rajoy sur l'affaire en cours. À aucun moment le commentaire n'évoque l'absence de dialogue démocratique avec la presse, ce qui n'est pas très étonnant quand on connait le format vidéo pratiqué par l'agence, généralement succint.

En revanche, si on observe l'image qui termine ce compte-rendu, l'AFP semble bien avoir été la seule à voir Mariano Rajoy effectivement face à la presse :

Alors voilà, c'est quand même bizarre.

D'une part, un homme politique concerné par de graves accusations de corruption fait en quelque sorte semblant de donner une conférence de presse, alors qu'en réalité il s'adresse à des membres de son parti. Aucune interpellation n'est possible, mais son message parvient tout de même largement jusqu'à l'opinion via des journalistes présents par écran interposé.

Et d'autre part des journalistes de l'AFP choisissent une vieille image, tournée dans d'autres circonstances, pour restaurer l'image manquante. C'est approximatif, voire carrément faux, mais beaucoup plus simple : une belle image de fin, celle qu'on attendrait, l'image logique d'une démocratie dans laquelle un «responsable» est effectivement quelqu'un qui répond.


épilogue
Retour à la question inaugurale : d'où vient la séquence qui illustre la fin du reportage de l'AFP TV sur les déclarations du 2 février 2013 ? En fait, elle a été tournée lors d'une conférence de presse donnée par M. Rajoy le 28 mai 2012. Le chef du gouvernement s'exprimait alors sur le sauvetage de Bankia. Ce choix peut éventuellement se justifier si on considère que dans les deux cas il s'agit d'évoquer des corruptions présentes, ainsi que des faillites à venir...


Il est courant de recycler des images illustratives pour combler des vides dans le montage d'un sujet vidéo d'actualité. Mais en l'occurence cette lacune, cette absence de l'image-clef «Rajoy face à la presse», n'était-elle pas plus porteuse d'information que l'image d'archive qui lui a été substituée?

Posons-nous donc la question simplement : pourquoi M. Rajoy a-t-il tout fait pour éviter les questions des journalistes?

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"Infotainement" est un produit médiatique de masse fait de deux ingrédients : entertainement et containement. C'est à dire, du divertissement et du contrôle.  Comme le "sens commun" du temps de Descartes, c'est désormais "la chose la plus partagée au monde".

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