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Billet de blog 8 juin 2014

Mission : intermittents

Je n'ai rien contre Jean-Patrick Gille. D'ailleurs je ne le connais pas. Mais dans un conflit, choisir un médiateur qui a déjà pris position publiquement en faveur de l'une des parties me semble un choix très étrange. A peu près aussi bizarre que de conduire un «dialogue social» dans les locaux du Medef.

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Je n'ai rien contre Jean-Patrick Gille. D'ailleurs je ne le connais pas. Mais dans un conflit, choisir un médiateur qui a déjà pris position publiquement en faveur de l'une des parties me semble un choix très étrange. A peu près aussi bizarre que de conduire un «dialogue social» dans les locaux du Medef.


Le député Jean-Patrick Gille vient donc d'être nommé par Manuel Valls pour assurer un rôle de médiateur dans le dossier des intermittents du spectacle. Pour les autres précaires, en particulier les intérimaires, aucun médiateur n'a été nommé. Il s'agit pour le gouvernement d'essayer de sauver la saison des festivals – s'il est encore temps – sans pour autant renoncer à agréer la convention Unedic qui est au cœur du conflit social actuel et qui, si elle est appliquée, va dégrader les conditions de vie de très nombreux travailleurs précaires (dont des intermittents, mais pas seulement).
Je n'ai rien contre Jean-Patrick Gille. Non, rien du tout.
Il a choisi de faire partie des socialistes (trop peu nombreux) qui militent pour la sortie du nucléaire. Il a fondé la «Nouvelle Gauche» avec Benoît Hamon à une époque où ce dernier aurait ri au nez de quiconque lui aurait prédit : «Tu sais Benoît, un jour tu seras ministre de Manuel Valls ». Il a aussi présenté à l'Assemblée un rapport très détaillé sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques. Bref, il a sûrement plein de belles qualités humaines et intellectuelles.
Par ailleurs réouvrir ce dossier est une excellente idée. Les tensions sont grandes, la colère immense, le désespoir réel. Donc oui, il faut reprendre de vraies négociations en écoutant le comité de suivi qui a travaillé de nombreuses années sur ces sujets et a d'excellentes propositions à faire. Oui, il faut donner des suites concrètes à un certain nombre de revendications raisonnables et légitimes portées par les coordinations de précaires et d'intermittents, revendications qui ont toujours été soutenues par les socialistes lorsque ceux-ci n'étaient pas au pouvoir.
Jusqu'ici tout va donc presque bien.
Mais je me pose une question.
L'objet du conflit social actuel est l'agrément de la nouvelle convention Unedic.
Certains comme le MEDEF, la CGPME, l'UPA, la CFDT, la CFTC, FO, ou le Ministère du travail estiment qu'elle est issue d'un processus légitime. D'autres comme la CGT Spectacle, plusieurs coordinations d'intermittents et de précaires, SUD TAS, UNAS CGT, SNU TEF, des personnalités du SYNDEAC, des associations, des parlementaires, des responsables politiques, ont exprimé leur indignation par rapport à la façon dont ont été conduites les discussions et une forte opposition au texte de la convention qui en a découlé, tout en formulant de nombreuses propositions alternatives.
Actuellement, il y a donc deux camps dont la limite se dessine clairement autour de la nouvelle convention Unedic : d'une part le camp de ceux qui veulent agréer, et d'autre part le camp de ceux qui ne veulent pas agréer.
En théorie le rôle d'un médiateur, même si on l'affuble d'une dénomination aussi ridicule que «chargé de mission de propositions», serait au moins dans un premier temps de tendre une oreille équitable et bienveillante aux différentes parties qu'il prétend rassembler. Ce qu'il semble prêt à faire:

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Mais c'est là que quelque chose ne va pas du tout. Car Jean-Patrick Gilles a déjà pris position publiquement en faveur de l'agrément de la convention, le 4 juin:

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Sur le principal point de désaccord, son choix est sans ambiguïté : il soutient la proposition de François Rebsamen d'agréer la convention.
Qu'il veuille ensuite discuter avec les intermittents c'est son droit... Mais de quoi ? Et avec qui ? Car c'est bel et bien de l'agrément de la convention qu'il s'agit. Si cette convention est agréée il n'y aura plus de dialogue, il y aura des conflits, des grèves, des annulations, des rassemblements, des occupations, une lutte sociale, comme cela a déjà commencé. Qui voudra alors discuter avec ce monsieur ?
Pas plus tard que jeudi dernier il estimait d'ailleurs dans un tweet de réponse à France Inter que la nouvelle convention Unedic préservait tous les droits et que «réouvrir des négociations n'offrait aucune garantie d'un meilleur accord» :

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Non, je n'ai rien contre la personne de Jean-Patrick Gille. Et puis je suis optimiste : la renégociation de la convention aura peut-être lieu. Elle aboutira peut-être à des avancées sociales non seulement pour les intermittents mais pour tous les précaires concernés. Elle pourrait aussi prendre des formes inattendues, comme un projet de loi d'initiative parlementaire – on peut rêver, à condition de ne pas se laisser endormir.
Bref, voilà ma question : pourquoi avoir choisi comme négociateur dans ce dossier quelqu'un qui a déjà pris position publiquement en faveur de l'agrément de la convention, c'est-à-dire quelqu'un qui a déjà affiché clairement son soutien à l'une des parties dans le conflit qu'il est censé gérer ? Était-ce un préalable pour être nommé à la tête de la mission ? Si oui, quel est le sens de cette mission qui prétend une fois de plus dialoguer autour d'une question qui aurait déjà été tranchée ?
Voilà qui me semble au moins aussi inconcevable que d'appeler «dialogue social» des réunions qui ont eu lieu dans les locaux du Medef, comme cela a été le cas pour cette réforme.

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