«Farce doit rester à la justice»

Une journée de rencontres se tiendra à la Bourse du travail de Saint-Denis dimanche 25 mars à partir de 10h. Il y sera question de «la violence quotidienne d'une institution» : celle de la justice, qui exerce son contrôle de façon particulièrement dure sur les personnes étrangères, pauvres, ou actives dans les luttes politiques. Cette journée farceuse et critique est ouverte à tous !

On parle plus facilement de violence policière que de violence judiciaire. Il faut dire que la première est plus visible que la seconde, les occasions ayant été vraiment nombreuses, ces derniers temps, d'assister au spectacle de ces agents suréquipés, protégés par leur uniforme et leur hiérarchie, se livrant à des pratiques brutales.

Contrairement à la police, la justice a une caractéristique rythmique : elle déploie ses forces à contretemps des moments collectifs. Les personnes qui en sont la cible se trouvent ainsi isolées, prises dans une temporalité dont elles perdent la maîtrise, dans l'attente d'un hypothétique procès, parfois trop immédiat pour qu'elles puissent s'y préparer, parfois trop lointain pour qu'elles puissent en connaître la date. Lorsqu'elles ne parviennent pas à organiser efficacement leur défense en s'appuyant sur un comité de soutien  puissant, ce qui est un exercice difficile quand on n'a pas l'expérience et les réseaux nécessaires, elles ont toutes les chances d'être lourdement condamnées – y compris sur la base de simples accusations policières.

Il est de plus en plus manifeste que ces deux mécaniques, violence policière et violence judiciaire, sont liées, qu'elles s'articulent et se complètent à merveille pour tenter de neutraliser les luttes actuelles. Ce faisant, elles exercent une forte pression psychologique et matérielle sur les personnes qu'elles visent : les procès coûtent cher, ils prennent beaucoup de temps et d'énergie. Pour s'en convaincre, on peut par exemple lire texte récemment publié par un hibou de Bure, intitulé «Non, ça va pas».


Y’a eu plus d’arrestation en 1 mois que dans les 2 dernières années précédant l’expulsion.
Y’a eu une quarantaine de vérif’ d’identité
Y’a eu environ 25 gardes à vues dont beaucoup ont durée 48h
Et de ces GAV, il y a 22 procès.
La machine policière et judiciaire tourne à plein régime.


C'est dans ce contexte politique qu'un certain nombre de personnes travaillant avec l'institution judiciaire, mais aussi des historiens, des syndicalistes, des artistes, des inculpés, ont décidé de se retrouver pour une journée de rencontres ouvertes au public et joliment intitulée «Farce doit rester à la justice».

Voici donc le programme détaillé de cette journée farceuse, à laquelle vous êtes toutes et tous conviés dimanche 25 mars à partir de 10h. Le programme est disponible sur le site de l'événement, où l'on peut aussi trouver les archives de la mémorable «Chasse aux DRH» organisée cet automne contre les pratiques managériales, ainsi que de la journée «Tout le monde déteste le travail».

Précision pratique : la bourse du travail de Saint Denis est située juste en face de la station de métro «Saint Denis / Porte de Paris» sur la ligne 13. La salle est donc très accessible pour toutes les personnes habitant en région parisienne. Pour ceux qui sont trop loin, il est prévu que plusieurs contributions soient mises en ligne quelques jours plus tard sur le web, ici ou là, sous forme de vidéos ou de texte.

Enfin, en bonus musical à ce programme alléchant, je joins la vidéo d'un JT dans lequel j'avais mis en scène l'utilisation abusive des procédures policiaro-judiciaires pour «Outrage et rébellion».

À dimanche !

*******************************************
FARCE DOIT RESTER À LA JUSTICE
La violence quotidienne d'une institution

Dans un contexte où l’État tente d'asphyxier toute forme d'action politique qui se joue en dehors du cadre institutionnel des partis par le biais d’une justice trop souvent supplétive de la police, une journée de rencontres et de débats sur la justice est proposée à la Bourse du travail de Saint-Denis le 25 mars.

Des intervenant.e.s analyseront l'ordinaire de la justice comme forme de l'exception permanente. Des inculpé.e.s viendront témoigner : pourquoi et comment la justice a-t-elle voulu régler leur cas ? Il sera question d'un travail généalogique sur la justice pénale. Il sera question des formes de contrôle exercées sur les personnes étrangères grâce à une législation ubuesque, alliée indéfectible des brutalités policières et des nouvelles formes concentrationnaires. Il sera question du traitement judiciaire des violences policières dont les pauvres et les racisé.e.s sont toujours les cibles privilégiées. Il sera question de la pénalisation croissante des pratiques syndicales.

Alors qu’on nous rétorque que l’État – et ses institutions – sont un moindre mal, nous réfléchirons à d’autres formes de régulation des conflits, comme celles existantes dans des communautés ayant acquis une autonomie politique (au Chiapas), et aux formes historiques des justices sans État. Enfin, il sera question des manières de penser et de pratiquer les luttes politiques inventées par des femmes en dehors de l'invocation du droit….


PROGRAMME

Dimanche 25 mars de 10h à 19h
Rencontres, discussions, exposition

Bourse du travail de Saint-Denis - 9/11 rue Génin
Métro : ligne 13, station Porte de Paris

10h : Accueil des participant.e.s, café, thé
10h30 : Projection de la vidéo de La Parisienne Libérée : « Tarnac et L’État nucléaire ».

Acte 1. « L’état d’exception dans lequel nous vivons »

11h-13h
- Vanessa Codaccioni (historienne et politiste) / La justice d’exception
- Laurence Blisson (Syndicat de la magistrature) / Les dérives de la législation anti-terroriste
- Kamel Daoudi / Une assignation à résidence qui dure depuis 10 ans
- Aïnoha Pascual (avocate) / Le contentieux ordinaire de l’état d’urgence

13h-14h : déjeuner

Acte 2. « De l’exception à l’ordinaire de la justice »

14h-16h30
- Karine Parrot (juriste) / Les personnes étrangères ont-elles des droits ?
- Farid El Yamni (Justice et vérité pour Wissam) / Sur le traitement judiciaire des violences policières
- Nicolas Fensch / Traitement judiciaire de l’affaire du « Quai de Valmy »
- Eric Beynel (porte-parole de Solidaires) / Quand le pénal se confronte au social : un outil de répression syndicale

16h30-17h : Justice, paroles et musique : L’1consolable

Acte 3. « Pour en finir avec la justice »

17h-19h
- Julien Théry (historien) / Des justices sans Etat aux justices hégémoniques : l'expérience médiévale
- Jérôme Baschet (historien) / Construire l’autonomie : l’exercice de la justice au Chiapas
- Collectif de traduction de Ne crois pas avoir de droits / Librairie des femmes de Milan, Editions de la tempête, 2017

*******************************************

BONUS TRACK («Outrage et rébellion» : de 0'30 à 3'40)

«Allez c'est bon, outrage et rébellion !» dans le JT rythmé de décembre 2016 © LPL



Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.