Contre l'interdiction de manifester, manifestons-nous

Je reproduis ici un appel à contester l'interdiction de manifester. N'hésitez pas à le relayer, le diffuser, le signer – même si vous n'êtes pas à Paris. Et si vous le pouvez, rejoignez-nous place de la République dimanche 29 novembre. Ne laissons pas l'état d'urgence devenir un état permanent !

Ne pas avoir le droit de manifester à Paris: c'est impensable et pourtant c'est devenu bien réel depuis quelques jours. La tendance date d'avant les attentats et cette interdiction est particulièrement scandaleuse dans le contexte actuel. La COP21 a été maintenue, mais les mobilisations qui devaient l'accompagner sont censées disparaitre sous l'effet magique du décret d'état d'urgence. L'abus de pouvoir est manifeste et nous n'entendons pas le laisser passer sans nous manifester.

Je reproduis ici un appel à contester l'interdiction de manifester dimanche 29 novembre. N'hésitez pas à le relayer, le diffuser, le signer – même si vous n'êtes pas à Paris. Et rejoignez-nous place de la République à 14h*, si vous le pouvez.

Ne laissons pas l'état d'urgence devenir un état permanent !

La Parisienne Libérée


*Edit : il y a aussi un appel à chaine humaine «pour un climat de paix» de 12h à 13h, entre République et Nation. Toutes les infos sur l'organisation des rassemblements du 29/11 sont à retrouver sur l'indispensable site démosphère.

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« BRAVONS L’ETAT D’URGENCE,

RETROUVONS-NOUS LE 29 NOVEMBRE PLACE DE LA RÉPUBLIQUE


Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour comprendre que l’état d’urgence décrété pour trois mois n’allait pas se limiter à protéger la population française contre de nouveaux attentats.

Ce week-end, une grande partie de la ville de Sens (Yonne) a été soumise à un couvre-feu, sans rapport clair avec les attentats. C’est la perquisition d’un appartement – dont les locataires n’auraient finalement pas été inquiétés – qui a justifié cette punition collective. Parmi les 1072 perquisitions nocturnes diligentées hors de tout cadre judiciaire par les préfets, moins d'une sur dix a abouti à une garde-à-vue. À Nice, c'est une fillette de six ans qui a été blessée lors d'une opération de police : les policiers intervenus en pleine nuit avaient enfoncé la mauvaise porte. Dimanche en Loire-Atlantique, c'est une caravane de 200 vélos accompagnée de 5 tracteurs qui a été bloquée par les forces de l'ordre : il s'agissait de dissuader les cyclistes de rejoindre Paris pour la COP21.

Pendant ce temps, le gouvernement reprend sans scrupules des mesures promues hier encore par l’extrême droite. Les journaux nous l’assurent : les sondages confirment l’adhésion massive des Français à cet état d’exception sans précédent depuis cinquante ans.

C'est une victoire pour daesh que d'être parvenu, avec moins d'une dizaine d'hommes, à faire sombrer l’État dans ses pires réflexes réactionnaires. C'est une victoire pour daesh que d'avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière.
Le dimanche 29 novembre, une gigantesque manifestation était prévue dans les rues de Paris pour faire pression sur les gouvernants mondiaux, à qui personne ne faisait confiance pour trouver une solution au réchauffement climatique. Des centaines de milliers de personnes étaient attendues de toute l'Europe. Manuel Valls, certainement lucide sur le caractère dérisoire des accords qui sortiront de la COP21, craignait beaucoup cette manifestation; il a donc décide de l’interdire. Le prétexte : la foule risquerait d’être la cible d'un attentat – M. Valls jouerait-il avec le feu en laissant les Français risquer leur vie en faisant leurs courses de Noël ?  Les moyens: ceux qui voudraient manifester encourent 6 mois de prison. M. Valls va-t-il nous mettre en prison pour nous protéger des attentats ?

La proposition que nous faisons, nous savons que dans les circonstances actuelles nous aurons du mal à la faire entendre. Depuis dix jours, les écrans ressassent la gloire des “valeurs” françaises. Nous prenons cela au pied de la lettre. S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police. La mobilisation à l'occasion de la COP21 est un enjeu primordial et nous n'acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester.

Dimanche 29 novembre, nous appelons à braver l'état d'urgence et à nous retrouver à 14h sur la place de la République.»

Parmi les signataires :

Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS
Pierre Alféri, romancier, poète et essayiste
Hugues Jallon, éditeur
Ludivine Bantigny, historienne
Eric Hazan, éditeur
Julien Salingue, docteur en Science politique
Joelle Marelli, philosophe, écrivain
Jacques Fradin, mathématicien, chercheur en économie
Ivan Segré, philosophe
Nathalie Quintane, poétesse
Christophe Granger, historien
Nacira Guénif, sociologue
Serge Quadruppani, écrivain
Joss Dray, auteure-photographe
Seloua Luste Boulbina, philosophe
Laurent Lévy, essayiste
Cedric Durand, économiste
Olivier Roueff, chercheur
François Gèze, éditeur
Yannis Youlountas, écrivain, cinéaste
Jérome Leroy, romancier
Thierry Bourcy, romancier
Jean-Jacques Reboux, romancier, éditeur
Gérard Delteil, écrivain
Caryl Ferey, écrivain
Pascal Dessaint, écrivain
François Cusset, professeur de civilisation américaine
La Parisienne Libérée, chanteuse
Jean-jacques Rue, programmateur de cinéma et journaliste
Annie Ohayon, ingénieure
Willy Pelletier, sociologue
Agathe Duparc, journaliste

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