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Billet de blog 11 août 2021

Le galeriste, l'artiste, l'héritière, l'élue et Johnny

Le monument dédié à Johnny Hallyday qui sera inauguré mi-septembre à Paris risque bien de n’être qu’un bégaiement de l’histoire du bouquet de tulipes de Koons. Ce «cadeau» empoisonné de l’artiste à la Ville de Paris, a mis en lumière le cynisme de certains artistes internationaux et de leurs marchands et la fragilité des élu·es face à ces pratiques.

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Le monument dédié à Johnny Hallyday qui sera inauguré mi-septembre à Paris risque bien de n’être qu’un bégaiement de l’histoire du bouquet de tulipes de Koons. Ce « cadeau" empoisonné de l’artiste à la Ville de Paris, a mis en lumière le cynisme de certains artistes internationaux et de leurs marchands et la fragilité des élu·es face à ces pratiques. Signer une œuvre monumentale dans la capitale française est un moyen efficace d’occuper l’espace et de faire monter la cote d’un artiste (et de son marchand). Le « cadeau » sert donc des intérêts avant tout privés. En imposant le projet, son financement et son entretien par l’argent public ou défiscalisé d’éventuels mécènes, certains marchands réussissent donc une excellente opération symbolique et financière.

La notion de « don » est ici pervertie et efface à coup d’entre-soi le processus démocratique complexe qu’est la commande publique d’œuvre d’art. Pour imposer ces monuments d’acier à une ville qui se dirige normalement vers plus de végétal, ils n’hésitent pas à faire vibrer la carte de l’émotion : des tulipes pour les victimes des attentats de 2015, une Harley Davidson fixée sur un manche de guitare pour célébrer le chanteur Johnny Hallyday, décédé en 2017.

C’est l’idée du puissant marchand Kamel Mennour qui « offre » donc aux parisien•nes le projet de son artiste Bertrand Lavier, à leur charge de payer ce mât de 6 mètres de haut. La maire du XIIème arrondissement de Paris s’est opposé à ce projet dans sa forme et au regard des nuisances qu’il ne manquera pas de susciter sur la future esplanade Johnny Hallyday. Les bikers fans de l’artiste auront un lieu où faire hurler leur moteur sous prétexte d’hommage et de tristesse.

Parlons des symboles puisqu’il n’est question que de ça dans l’érection de ce monument qui sera inauguré le 14 septembre 2021. Le rockeur n’est pas représenté comme la chanteuse Dalida a pu l’être. Ici ce sont des « symboles » choisis du chanteur : une guitare amputée dont il ne reste que le manche surmonté d’une des motos les plus chères, polluantes, bruyantes et associée à un monde presqu’uniquement masculin. Laissons aux sémiologues le travail de décodage et regardons l’autre symbole : celui d’une moto qui s’envole au-dessus du ministère des finances. Alors que nous traversons une crise environnementale et financière majeure, ériger un monument en hommage à un évadé fiscal face au ministère des finances relève, nous l’espérons, de l’aveuglement et non du cynisme de la mairie. Il est important de savoir qui les Parisien•nes décident d’honorer et à quel prix : ici c’est un entre-soi masculin qui décide une fois de plus d’occuper l’espace avec ses propres représentations et valeurs, en l’occurrence peu solidaires.

Nous souhaitons que la Maire de Paris, Anne Hidalgo, prenne la mesure de ce qui est une prise de pouvoir des marchands d'art contemporain sur le politique et transfère l’argent qu’elle pensait investir dans cette colonne à une formation des élu·es à l’art et à sa présence dans l’espace public.

Nous posons donc des questions à la Maire et vous invitons à en faire de même. Taguez les personnes ou organismes susceptibles de pouvoir agir.

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