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Billet de blog 1 août 2022

Covid : notre série d’été fait débat

Le premier article de notre série d’été « Cinq leçons à tirer de la pandémie » a suscité un riche et vif débat parmi nos lecteurs et sur les réseaux sociaux. Nous apportons ici quelques précisions et réponses.

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L’objectif de cette série consiste à décortiquer cinq questions qui ont émergé durant la pandémie et la manière dont on y a répondu, en France et ailleurs. Des questions touchant autant à la science qu’à l’éthique ou la sociologie.

Dans la présentation générale de cette suite de cinq articles, reprise dans leur « Boîte noire », nous rappelons cette réflexion de la philosophe Hannah Arendt qui nous a servi de point de départ : « Une crise ne devient catastrophique que si nous y répondons par des idées toutes faites. » Il s’agissait donc pour nous d’analyser à quel point nous avions, ou non, répondu à cette crise majeure qu’est la pandémie de Covid 19 par des « idées toutes faites ». En somme, à quel point des pensées réflexes l’ont emporté, ou non, sur une réflexion nouvelle et innovante. Et, dès lors, de nous demander comment cette pandémie peut nous aider à repenser certaines de nos réponses. Bref, de proposer un examen critique afin d’améliorer les ripostes futures à d’autres défis pandémiques.

C’est à ce travail que s’est attelée Lise Barnéoud, journaliste scientifique confirmée (ses articles sur Mediapart sont ici), désignée « Journaliste scientifique française » de l’année 2017 et autrice de plusieurs ouvrages qui font autorité, dont Les vaccins, la science et nous (Flammarion), salué par le prix Lire de la meilleure enquête.

Elle a donc revisité ces deux années et demie de pandémie au prisme des connaissances scientifiques et des politiques de santé, en partant de questionnements concrets. Ce travail loin de clore le débat, le suscite, forcément. Mais il s’inscrit évidemment dans une démarche rationnelle, loin de tout complotisme ou fantasme, rendant compte au plus près des discussions, doutes fructueux et hypothèses fécondes de la communauté scientifique elle-même, dans une approche internationale résolument comparatiste.

Le premier article est consacré à la vaccination des enfants. Le sujet est très sensible, et a provoqué d’inévitables polémiques, alimentées par l’effet parfois grossissant et souvent réducteur des réseaux sociaux. Les critiques ont été accentuées par une erreur de calcul qui est de notre seule responsabilité et que des lecteurs attentifs nous ont signalée. Nous les remercions et nous nous en excusons. Elle a été corrigée et, selon nos règles habituelles, cette correction est désormais signalée dans la « Boîte noire » de l’article.

Sur le fond de ce premier article, si tous les pays et toutes les sociétés savantes encouragent vivement la vaccination des adultes contre le Covid, il n’en va pas de même pour la vaccination des enfants. Celle-ci a posé d’épineuses questions éthiques à la plupart des commissions chargées d’éclairer les décisions publiques. Certains pays ont encouragé très tôt cette vaccination (États-Unis, Israël), alors même que les données de sécurité d’utilisation chez les moins de 18 ans étaient encore très incomplètes. D’autres, comme la France, ont changé de stratégie à la fin de l’année 2021, alors que nous faisions face à une explosion de cas liés à la vague Omicron. D’autres encore, comme la Suède et le Danemark, ne recommandent toujours pas cette vaccination aux moins de 12 ans pour le premier et aux moins de 17 ans pour le second.

Cette comparaison internationale montre que le choix de vacciner ou non les enfants contre le Covid apparaît d’abord comme un choix politique et éthique de société avant de se présenter comme une nécessité impérative de santé publique. Sa pertinence évolue en fonction de l’épidémie elle-même (l’émergence d’un nouveau variant pourrait par exemple changer la donne), mais aussi en fonction d’autres éléments (protection des plus fragiles, bénéfices « psychosociaux », etc.). L’argument altruiste a beaucoup été mis en avant, notamment par nos politiques : en vaccinant les plus jeunes, l’objectif est aussi de limiter la circulation du virus parmi l’ensemble de la population et donc de réduire les complications chez les plus âgés. Toutefois, les données montrent que ces vaccins, s’ils offrent une excellente protection individuelle, présentent des efficacités médiocres contre l’infection. En clair : ils n’empêchent pas la transmission du virus.

Il nous a semblé important et stimulant d’analyser cette notion d’« altruisme vaccinal », qui se pose pour d’autres vaccins, comme celui contre la grippe. À quelles conditions une vaccination altruiste est-elle acceptable ? Ces conditions sont-elles réunies dans le cas du Covid ? Les réponses sont loin d’être tranchées, ce que le débat sur ce premier article a amplement démontré par sa virulence…

Les quatre autres articles à venir susciteront forcément d’autres controverses. Nous remercions par avance toutes celles et tous ceux qui y contribueront dans un esprit ouvert de dialogue et d’échange, sans anathèmes ni invectives. Une politique de santé publique réussissant à gagner la confiance de la population repose sur des plaidoyers justifiés et des explications éclairées, à rebours des arguments d’autorité qui risquent de susciter une défiance néfaste et dangereuse pour tout le monde.

C’est d’ailleurs ce que Mediapart avait recommandé au début de la pandémie après avoir révélé le mensonge grossier du pouvoir sur la gestion des stocks stratégiques de masques. Quelques semaines après ces révélations inaugurales, nous avions dévoilé l’avis, resté alors confidentiel, du président du Conseil scientifique, dont la mission vient de s’achever, Jean-François Delfraissy. Il y recommandait d’« impliquer la société » dans la gestion de la crise sanitaire et critiquait une « gestion autoritaire et déconnectée de la vie des gens ».

C’est pour éviter la perpétuation de ce type de réponse politique et défendre une gestion démocratique des crises sanitaires que nous avons souhaité faire ce travail d’enquête, entre bilan critique et perspective innovante.

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