Rue89 contraint de quitter le Spiil par son propriétaire Claude Perdriel

Le site d'information Rue89, racheté il y a un an par Claude Perdriel, propriétaire du groupe Nouvel Observateur, est contraint de quitter le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne). Un départ qualifié de « décision autoritaire » et de « tentative dérisoire de faire taire une voix qui dérange » par le Spiil dont Mediapart est membre fondateur.

Le site d'information Rue89, racheté il y a un an par Claude Perdriel, propriétaire du groupe Nouvel Observateur, est contraint de quitter le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne). Un départ qualifié de « décision autoritaire » et de « tentative dérisoire de faire taire une voix qui dérange » par le Spiil dont Mediapart est membre fondateur. Dans une lettre au Spiil, Pierre Haski, président de Rue89, écrit : « A la demande de son actionnaire, qui a souhaité que Rue89 se mette en cohérence avec sa nouvelle situation au sein du groupe Nouvel Observateur, Rue89 se retire du Spiil à compter du 1er janvier 2013. »

Rue89, tout comme Mediapart, faisait partie des membres fondateurs de ce syndicat professionnel, créé en 2009 pour faire valoir les intérêts de la nouvelle presse numérique (voir ici le site du Spiil). Le Spiil, qui organise à Paris chaque automne une Journée de la presse en ligne, a récemment rendu public un Manifeste pour un nouvelle écosystème de la presse en ligne (à découvrir là), issu de la réflexion collective de ses membres, dont les modèles économiques et les orientations éditoriales sont pourtant divers.

En contradiction flagrante avec les valeurs de liberté et de pluralisme que Le Nouvel Observateur affirme défendre, la décision imposée par son propriétaire Claude Perdriel à Rue89, un an à peine après l'avoir racheté, confirme que la question de l'indépendance de l'information, celle des équipes qui la produisent comme celle des entreprises qui en vivent, est aujourd'hui une bataille essentielle. C'est pourquoi, souligne le Spiil dans son communiqué, « la détermination des éditeurs du Spiil à ouvrir des voies nouvelles, à faire des propositions innovantes, à promouvoir les valeurs d’indépendance, et à se battre pour une information de qualité, n’en est que renforcée ».

Voici le communiqué du Spiil, suivi de la lettre de Pierre Haski.

Rue89 contraint de démissionner du Spiil : une tentative dérisoire de faire taire une voix qui dérange

Paris, le 2 janvier 2013 – Les éditeurs du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) prennent acte avec un profond regret de la démission à compter du 1er janvier 2013, du site Rue89. Cette décision a été imposée par Claude Perdriel, patron du Nouvel Observateur, devenu en janvier 2012 l’actionnaire à 100% de Rue89.

Pionnier de la presse en ligne en France, Rue89 a été l’un des co-fondateurs du Spiil en 2009. Ses dirigeants, Pierre Haski et Laurent Mauriac, ont participé aux actions menées par le syndicat avec une générosité, une énergie, une efficacité, rares. Les membres du bureau du Spiil, dont Laurent Mauriac est le vice-président, saluent avec un grand respect leurs réalisations, au sein de leur titre de presse comme dans le syndicat.

Comme l’écrit dans sa lettre de démission Pierre Haski, président de Rue89, les valeurs qui animent les fondateurs de Rue89 et le Spiil resteront partagées. Les dirigeants de Rue89, précise-t-il, « restent fidèles aux valeurs qui lient entre eux les membres de cette communauté de journalistes et d'entrepreneurs, et continueront de s'en inspirer dans leur action future ».

La décision autoritaire de Claude Perdriel intervient peu après la publication par le Spiil de son Manifeste pour un nouvel écosystème de la presse en ligne. Se prononçant pour « une réorientation radicale de l’allocation des ressources du secteur », le Spiil y appelle notamment à la fin en trois ans des aides directes actuelles à la presse. Il demande parallèlement un renforcement des mécanismes d’aides à la recherche, au développement et à l’innovation, de façon à accompagner efficacement la révolution industrielle que connait notre secteur. Plus généralement, dix propositions concrètes du Manifeste appellent au développement d’un nouvel écosystème de la presse numérique.

Cette remise en cause par le Spiil d’un écosystème dépassé, et ses propositions pour construire un nouveau cadre juridique, fiscal et économique pour le développement d’une presse numérique indépendante, libre et pluraliste, a, semble-t-il, été perçu comme une « agression » par les dirigeants du Nouvel Observateur et d’autres titres de presse traditionnelle. D’où la mesure de « rétorsion » contre le Spiil, à travers Rue89.

Le Spiil tient à élever les plus vives protestations contre la décision de Claude Perdriel, qui s’inscrit en contradiction flagrante avec les valeurs que Le Nouvel Observateur affirme défendre. Il regrette aussi que cette décision unilatérale ferme la porte au dialogue constructif avec la grande famille de la presse, que le Spiil a appelé de ses vœux en publiant son Manifeste. En tout état de cause, le Spiil continuera à soutenir les dirigeants et les salariés de Rue89. 

La détermination des éditeurs du Spiil à ouvrir des voies nouvelles, à faire des propositions innovantes, à promouvoir les valeurs d’indépendance, et à se battre pour une information de qualité, n’en est que renforcée.

La lettre de Pierre Haski, président de Rue89 :

Chers amis du Spiil,

A la demande de son actionnaire, qui a souhaité que Rue89 se mette en cohérence avec sa nouvelle situation au sein du groupe Nouvel Observateur, Rue89 se retire du Spiil à compter du 1er janvier 2013.

Les fondateurs de Rue89 se joignent à moi pour renouveler leur amitié aux membres du Spiil, un syndicat qu'ils ont contribué à fonder et à développer, et en particulier aux membres du Bureau avec lesquels un travail fécond a été accompli tout au long de ces années communes.

Ils restent fidèles aux valeurs qui lient entre eux les membres de cette communauté de journalistes et d'entrepreneurs, et continueront de s'en inspirer dans leur action future.

Amicalement.

Pierre Haski

Président de Rue89

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