Le SPIIL demande à Mitterrand la transparence sur les aides à la presse

Le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (SPIIL), dont Mediapart est l'un des fondateurs, réclame que toutes les aides à la presse en ligne soient rendues publiques, à l'issue prochaine des délibérations sur leur attribution.

Le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (SPIIL), dont Mediapart est l'un des fondateurs, réclame que toutes les aides à la presse en ligne soient rendues publiques, à l'issue prochaine des délibérations sur leur attribution.

Dans une lettre adressée, vendredi 15 janvier, à Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, il lui demande, par « cette mesure de transparence », de marquer sa « volonté de rupture avec les pratiques anciennes d'opacité »

A l'issue d'une réunion du bureau du SPIIL, vendredi 15 janvier, le président du SPIIL, Maurice Botbol, a écrit au ministre de la culture et de la communication pour lui demander la transparence totale sur les aides à la presse en ligne. Cette démarche est conforme aux objectifs du SPIIL, créé l'automne dernier en même temps qu'était promulgué par décret le statut des services de presse en ligne (SPEL). Toutes les informations sur les statuts du SPIIL, ses membres et son fonctionnement sont disponibles sur son site. Par ailleurs, Mediapart a récemment publié un article, que l'on peut lire ici, sur l'état de toutes les aides à la presse, qu'elle soit traditionnelle ou numérique.

Le SPIIL est, depuis la fin 2009, représenté, d'une part, à la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), qui désormais délivre les reconnaissances pour la presse numérique comme pour la presse papier, et d'autre part, au Comité d'orientation du fonds SPEL, structure également paritaire, qui élabore les propositions de subventions publiques à la presse en ligne reconnue par la CPPAP. Ce Comité n'a encore tenu qu'une seule réunion, durant laquelle un cinquième seulement des dossiers ont été examinés, et sa prochaine réunion se tiendra le 29 janvier. Le SPIIL y est représenté par Maurice Botbol (titulaire, PDG d'Indigo Publications) et par Walter Bouvais (suppléant, directeur de Terra Eco). A la CPPAP, il détient le siège de suppléant (Edwy Plenel, président de Mediapart) pour la presse en ligne, le titulaire étant le président du GESTE, le Groupement des éditeurs de services en ligne (Philippe Jannet, PDG du Monde Interactif).

Tant la CPPAP que le Comité d'orientation du fonds SPEL sont des structures paritaires. Cela signifie qu'elles sont composées, à stricte égalité, de représentants de la profession, à travers ses syndicats professionnels, et de représentants de l'Etat, en l'occurence de l'ensemble des administrations concernées pour garantir effectivement le pluralisme démocratique de la presse, notamment en termes de liberté d'opinion et de qualité de l'information. Les décisions (dans le cas de la CPPAP) ou les propositions (dans le cas du Comité) y sont prises par vote à main levée. 

La lettre du SPIIL à Frédéric Mitterrand a également été adressée en copie à Pierre Bordry, président de la CPPAP, Simon Barry, président du Comité d'orientation du fonds SPEL, Laurence Franceschini, directrice de la DGMIC (Direction générale des médias et des industrices culturelles), et Sylvie Clément-Cuzin, sous-directrice à la DGMIC du ministère de la culture et de la communication. En voici donc le texte intégral: 

Monsieur le ministre,

Le 17 décembre 2009, au cours de la première réunion du comité d'orientation du fonds SPEL, le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (SPIIL) a demandé qu'à l'issue de ces délibérations et après votre décision d'attribution des aides à la presse en ligne, celles-ci soient rendues publiques.

S'agissant d'un nouveau fonds d'aide à la presse, nous sommes convaincus que cette mesure de transparence constituerait un signal fort, qui montrerait votre volonté de rupture avec les pratiques anciennes d'opacité.

Nous estimons, pour notre part, que la publication sur le site de la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) du montant des aides, de leurs bénéficiaires, ainsi que d'une description succincte des projets correspondants, permettrait de :

- Sensibiliser les citoyens (et contribuables) aux efforts importants consentis par l'Etat en faveur de la pluralité des médias et de développement de la presse en ligne ;

- Montrer que ces aides sont réparties de manière équitable, en évitant les soupçons de favoritisme ou de soutien de nature partisane ;

- Renforcer la légitimité et accroître l'efficacité des aides en permettant au public de constater que le fonds SPEL soutient de véritables projets de développement dont ils pourront, par la suite, constater les résultats sur les sites concerné.

Nous savons que la répartition des aides à la presse est communiquée par vos services aux parlementaires qui le demandent, et que ceux-ci en font état dans certains de leurs rapports. Mais ces informations sont publiées avec beaucoup de retard dans des documents souvent peu accessibles au public, et n'ont pas le niveau de visibilité qu'elles auraient sur le site de la DGMIC. 

Comme vous le savez, la presse en ligne est soumise au regard critique permanent des internautes et aux commentaires sans concessions de la vaste communauté des blogueurs. L'interactivité qu'elle entretient avec ses lecteurs crée avec eux une relation étroite et exigeante. Cette confiance qui se construit patiemment, au fil du temps, constitue un atout essentiel dans le développement de notre forme de presse.

Dans ce contexte, il ne peut y avoir de confiance sans transparence. Celle-ci ne souffre pas du moindre soupçon. Or, il faut reconnaître que souvent détournées de leur objectif affiché, distribuées dans la plus grande opacité vis-à-vis du public, les aides traditionnelles à la presse souffrent d'un « déficit d'image » auprès des lecteurs.

C'est pourquoi, nous vous demandons, Monsieur le ministre, de donner le signal d'un fonctionnement plus transparent des aides à la presse, en rendant publiques les décisions du fonds SPEL.

En vous remerciant de l'attention que vous porterez à ce sujet, je vous prie, d'agréer, Monsieur le ministre, l'expression de ma très haute considération.

Maurice Botbol
Président du SPIIL  

A suivre, évidemment, et de près.

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