La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

541 Billets

29 Éditions

Billet de blog 24 sept. 2021

Mediapart gagne en justice contre Quantic Dream

Dans un jugement du 9 septembre, la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris a relaxé notre site des poursuites pour diffamation intentées par la société française de jeux vidéo, à la suite d’un article paru en janvier 2018.

La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

Le 14 janvier 2018, Mediapart publiait le premier de trois articles consacrés aux conditions de travail dans l’industrie du jeu vidéo. Cette série a été élaborée en partenariat avec CanardPC, un magazine indépendant respecté dans ce petit monde – qui reste peu habitué à être soumis à des enquêtes journalistiques sérieuses.

Ce premier article, rédigé par Mathilde Goanec et Dan Israel, portait sur Quantic Dream, l’une des entreprises françaises les plus connues du secteur. Nous y racontions comment des photomontages réalisés en interne – mettant en scène les salariés dans des poses parfois insultantes, misogynes ou pornographiques – avait déclenché l’émoi en interne. Nous dévoilions également plusieurs pratiques posant question, sur le plan du droit du travail notamment.

Pour cet article, Quantic Dream, son dirigeant, le charismatique créateur de jeux vidéo David Cage, et son numéro 2 Guillaume de Fondaumière ont lancé des poursuites en diffamation contre Mediapart et contre son directeur de la publication Edwy Plenel. Le 9 septembre 2021, plus de trois ans et demi après la publication, la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, a relaxé notre journal et son directeur. Quantic Dream a renoncé à faire appel, ce jugement est donc définitif.

Sept passages de notre article étaient poursuivis par Quantic Dream. Long de douze pages, le jugement (dont nous ne disposons pour l’instant que d’une copie de travail) commence par écarter trois de ces passages, qui ne contiennent rien de répréhensible pénalement.

Pour tous les autres passages, le tribunal a jugé, en se basant sur les documents que nous lui avons fournis pour attester du sérieux de notre enquête, que « les journalistes disposaient, pour chacune des imputations, d’une base factuelle suffisante ».

Ainsi du passage portant sur ce que nous avions qualifié de « vrai-faux licenciement » de M. de Fondaumière : fin 2016, il était licencié par David Cage d’un des deux postes qu’il occupait dans l’entreprise, sans pour autant quitter cette dernière, et tout en empochant plus de 100 000 euros d’indemnité, ainsi qu’une augmentation de salaire.

Le tribunal juge que Mediapart a rapporté « la preuve de la réalité du licenciement de Guillaume de Fondaumière », « la preuve qu’à la suite de ce licenciement, Guillaume de Fondaumière va percevoir plus de 100 000 euros » – plus exactement « un montant de 127 180, 85 euros, en partie brut » – et « la preuve qu’en dépit de ce licenciement intervenu en septembre 2016, Guillaume de Fondaumière est “resté dans l’entreprise” ». Il a enfin bien été augmenté, mais de « 1887,15 euros » par mois et non de « quelques milliers d’euros », comme nous l’avions écrit.

Quant aux procédures de licenciement de salariés étrangement similaires les unes aux autres, le tribunal nous donne également raison : « Il ne peut qu’être constaté que les différentes lettres de convocation à un entretien préalable à un licenciement, ainsi que les courriers de contestation en réponse et enfin les lettres de licenciement obéissent à une trame strictement identique de sorte que les formules de “courrier type” et de “procédure bien rodée” n’apparaissent pas excessives. »

Les juges ont également validé notre constat que des transactions financières entre l’entreprise et des salariés n’avaient pas été déclarées à Pôle emploi, ce qui est pourtant obligatoire.

Plus généralement, le tribunal a confirmé que tous les critères retenus par la jurisprudence pour attester de la « bonne foi » d’un travail journalistique étaient rassemblés : le thème de nos articles « représente un but légitime d’information, et même un sujet d’intérêt général » ; Edwy Plenel et les auteurs de l’article ne présentent « aucune animosité personnelle » vis-à-vis de l’entreprise ou de ses dirigeants ; la prudence et la mesure dans l’expression a été respectée dans l’article.

Enfin, le principe du contradictoire a été respecté : nous avions longuement rencontré David Cage et Guillaume de Fondaumière avant de publier notre article, où leurs réponses figurent d’ailleurs en bonne place, et « de nombreux salariés, dont des délégués du personnel, ou ex-salariés, ont été interrogés par les journalistes », souligne le jugement.

En résumé, le tribunal a reconnu que les auteurs de l’article ont effectué leur travail avec toute la rigueur attendue de journalistes professionnels.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique du Nord
Dans le Wyoming, qui sauvera Liz Cheney, la républicaine anti-Trump ?
S’enfoncer dans les délires de Donald Trump ou reconduire son opposante numéro 1 au sein de son parti ? Une certaine idée de la démocratie américaine se joue mardi 16 août dans les primaires républicaines de l’« État des cow-boys ».
par Alexis Buisson
Journal — Migrations
Les réfugiés afghans refusent que leur pays tombe dans l’oubli
Après la chute de Kaboul, le 15 août 2021, quelque 2 600 Afghans ont été évacués vers la France via des vols de rapatriement. Mediapart donne la parole à celles et ceux qui tentent de se reconstruire, loin de leur pays et de leur proches, qu’ils savent meurtris.
par Nejma Brahim
Journal
Prostitution : le torchon brûle entre écologistes et associations
Depuis plusieurs jours, une querelle oppose des associations LGBTQI+ et Raphaëlle Rémy-Leleu, élue EELV de Paris. Les premières reprochent vertement à la seconde ses positions sur le travail du sexe. L’écologiste dénonce un « harcèlement » injuste.
par James Gregoire
Journal — Écologie
Ne pas perdre une goutte d’eau, le combat de Lyon et de sa région
Dans le département du Rhône, parmi les plus touchés par les canicules, retenir et économiser l’eau devient urgent. La bataille se joue mètre cube après mètre cube, de la déconnexion des réseaux d’assainissement à la rénovation des trottoirs, de l’arrosage des jardins aux prélèvements par les gros industriels.
par Mathieu Périsse (We Report)

La sélection du Club

Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - Oscar Rosembly (4/9)
Depuis longtemps les « céliniens » cherchaient les documents et manuscrits laissés rue Girardon par Céline en juin 1944. Beaucoup croyaient avoir trouvé la bonne personne en un certain Oscar Rosembly. Un coupable idéal.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La piste Morandat (5/9)
Dans ses lettres, Céline accuse Yvon Morandat d’avoir « volé » ses manuscrits. Morandat ne les a pas volés, mais préservés. Contacté à son retour en France par ce grand résistant, le collaborateur et antisémite Céline ne donne pas suite. Cela écornerait sa position victimaire. Alors Morandat met tous les documents dans une malle, laquelle, des dizaines d’années plus tard, me sera confiée.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - L’inventaire (2/9)
Des manuscrits dont plusieurs inédits, son livret militaire, des lettres, des photos, des dessins, un dossier juif, tout ce que l’homme et l’écrivain Céline laisse chez lui avant de prendre la fuite le 17 juin 1944. Un inventaire fabuleux.
par jean-pierre thibaudat
Billet de blog
Céline, le trésor retrouvé - La révélation (1/9)
Comment, par les hasards conjugués de l’Histoire et de l’amitié, je me retrouve devant un tombereau de documents laissés par Céline dans son appartement de la rue Girardon en juin 1944. Et ce qui s’ensuivit.
par jean-pierre thibaudat