Affaire Pegasus : l’enquête judiciaire confirme les preuves techniques de l’espionnage

Mediapart a été entendu, jeudi 29 juillet, dans l’enquête préliminaire ouverte après notre plainte contre X dans l’affaire d’espionnage via le logiciel Pegasus. Les vérifications techniques opérées pendant cette audition ont confirmé les preuves apportées par l’enquête de Forbidden Stories et du Security Lab d’Amnesty International.

Lénaïg Bredoux et Edwy Plenel, les deux journalistes de Mediapart dont l’enquête de Forbidden Stories a révélé l’infection de leur téléphone portable par le logiciel espion Pegasus (lire notre article), ont été longuement entendus, jeudi 29 juillet, par la police judiciaire. Cette audition a eu lieu dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte, le 20 juillet, par le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, au lendemain du dépôt notre plainte contre X dès que fut rendu public l’espionnage dont nous avons été victime (lire l’article de Camille Polloni).

Ces auditions ont eu lieu au siège parisien de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), autorité rattachée au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Elles ont été menées par des policiers de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC), qui dépend de la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité au sein de la Direction centrale de la police judiciaire. Elles se sont faites en présence de nos avocats du cabinet Seattle, Mes Emmanuel Tordjman et François de Cambiaire.

Comme ils l’avaient fait quand Forbidden Stories les avait contactés fin avril parce que leurs deux numéros figuraient dans la liste des 50 000 téléphones ciblés par des États avec le logiciel vendu par la société israélienne NSO Group, Lénaïg Bredoux et Edwy Plenel ont accepté que leurs deux appareils soient soumis à des expertises techniques pendant leurs auditions.

Réalisée selon un protocole garantissant la non-conservation des données personnelles et limité à l’exploitation des données techniques, cette expertise effectuée par des informaticiens de l’Anssi a été positive : dans les deux cas, elle arrive aux mêmes conclusions que celles du Security Lab d’Amnesty International sur la réalité de l’infection par Pegasus, sur ses modalités, ses dates et sa durée.

Cette confirmation a été actée sur procès-verbal lors des auditions durant lesquelles nos deux journalistes ont expliqué pourquoi tant les preuves techniques que les contextes chronologiques désignaient les services de renseignement marocains comme les opérateurs de cet espionnage. Amnesty International a rendu publics les résultats détaillés des analyses techniques qui en attestent (à lire ici en anglais).

La veille de ces auditions, mercredi 28 juillet, Mediapart, tout comme Le Monde et Radio France, avait reçu notification d’une citation directe en diffamation déposée au nom du Maroc, représenté par son ambassadeur en France, par l’avocat du royaume, Me Olivier Baratelli. Cette première avancée de l’enquête judiciaire, confirmant dans deux cas précis les révélations de Forbidden Stories alors qu’elle commence à peine, rend quelque peu dérisoires les cris d’orfraie accompagnés de grands moulinets de cet avocat pour affirmer que son client n’est en rien concerné par cette histoire. 

En attendant, découvrez les 22 articles de notre dossier Pegasus et n’hésitez pas à voir, revoir et partager la vidéo ci-dessous de notre Live spécial sur ce scandale :

Projet Pegasus : la soirée Live exceptionnelle de Mediapart

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