La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

531 Billets

29 Éditions

Billet de blog 30 mars 2018

Poursuites-bâillons: Sherpa, ReAct, Mediapart, Le Point et L’Obs relaxés

Jeudi 29 mars, la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris a prononcé la relaxe des associations Sherpa, ReAct et des médias Mediapart, L’Obs et Le Point, attaqués en diffamation par SOCFIN et SOCAPALM, filiales du Groupe Bolloré. Ce jugement réaffirme la primauté de la liberté d’expression et l’intérêt général sur les « poursuites-bâillons » des multinationales.

La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

En avril 2015, Sherpa relayait un article de l’ONG ReAct faisant état des revendications des populations camerounaises à l’encontre de la Socapalm, Socfin et du groupe Bolloré, notamment sur les allégations d’accaparement de terres, ainsi que d’autres mouvements sociaux sur les plantations des groupes. Mediapart avait également relayé dans un article les mobilisations des riverains des différentes plantations, comme il le fait régulièrement depuis 2013.

Alors que les problèmes fonciers avaient été reconnus dans ce dossier, notamment par le groupe Bolloré devant le Point de Contact National (PCN) de l’OCDE suite à la plainte déposée par Sherpa et d’autres ONG, c’est le terme d’ « accaparement de terres » que les sociétés ont considéré comme diffamatoires.

Après l'audience du mois de janvier, où les demandeurs avaient été mis en difficulté, le tribunal relaxe les ONG et les médias visés au titre de la bonne foi, reconnaissant ainsi qu’ils disposaient d’une base factuelle sérieuse, qu’ils ont utilisé des termes prudents, et que le « sujet traité représente un but légitime d’expression et également un sujet d’intérêt général, s’agissant des conditions dans lesquelles des sociétés exercent leurs activités, plus particulièrement l’impact de palmiers à huile sur les riverains ».

Cette décision est importante en ce qu’elle réaffirme l’actualité des problèmes fonciers sur les plantations agro-industrielles des groupes Socfin et Bolloré.

Par ailleurs, ce jugement est un pas important dans la défense de la liberté d’expression et de l’intérêt général, de plus en plus mis à mal par des « poursuites-bâillons », qui visent à intimider et réduire au silence tout journaliste, lanceur d’alerte, chercheur ou organisation qui mettrait en lumière les activités éventuellement néfastes de géants économiques. Il est à souligner que Sherpa est actuellement mobilisée pour empêcher que la proposition de loi sur le secret des affaires, en discussion devant le Parlement, ne devienne une arme de dissuasion massive, qui renforcerait les risques de poursuites-bâillons.

La veille de l’audience devant la 17e chambre le 26 janvier 2018, Sherpa, ReAct, Mediapart et une trentaine de médias, personnalités et organisations ont publié une tribune pour dénoncer ce phénomène de bâillons, et ont dressé une liste des poursuites à répétition engagée par le groupe Bolloré (plus de vingt procédures depuis 2009). Parmi les procédures en cours, Vincent Bolloré réclame notamment 50 millions d’euros à France 2 pour un numéro de « Complément d’enquête » qui lui était consacré, et qui faisait état des problèmes des riverains et travailleurs au Cameroun de la Socapalm.

Nos organisations sont également à l’initiative, avec d’autres ONG et médias, du collectif “On ne se taira pas!” qui se mobilise pour le droit de savoir des citoyens, et proposera des réformes législatives afin d’empêcher le bâillonnement et mieux protéger la liberté d’expression et d’information.

Nous espérons qu’à terme, les tribunaux pourront aller plus loin dans la protection des victimes de poursuites bâillons, en condamnant les sociétés à l’origine des poursuites en cas d’abus. Enfin, la France devra se doter, à l’instar du Québec, de mesures législatives adéquates pour une protection réelle des victimes de poursuites-bâillons.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Médias
La commission d’enquête parlementaire ménage Bernard Arnault…
L’audition du patron de LVMH par la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est déroulée de manière aussi calamiteuse que celle de Vincent Bolloré. La plupart des dangers qui pèsent sur l’indépendance et l’honnêteté de la presse ont été passés sous silence.
par Laurent Mauduit
Journal — Médias
… après avoir tenu café du commerce avec Vincent Bolloré
Loin de bousculer Vincent Bolloré, la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias s’est montrée approximative et bavarde, mercredi, au lieu d’être rigoureuse et pugnace. L’homme d’affaires a pourtant tombé un peu le masque, laissant transparaître ses attaches nationalistes.
par Laurent Mauduit
Journal
Didier Fassin : « on est dans un basculement qui n'était pas imaginable il y a 5 ans »
Alors que l’état de crise semble être devenu la nouvelle normalité, quelles sont les perspectives pour notre société ? Didier Fassin, directeur d’études à l’EHESS qui publie « La société qui vient », est l’invité d’« À l’air libre ».
par à l’air libre
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii
Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement