L'actu dessinée : L’Aquarius, l’Europe au défi

Dans la nuit du 9 au 10 juin, L’Aquarius, un navire affrété par l’association SOS Méditerranée, a secouru 629 personnes dont 123 mineurs isolés, 11 enfants et 7 femmes enceintes. Le refus du gouvernement italien de le laisser accoster sur son territoire a provoqué de vives réactions dans les États voisins. Cet énième épisode de la crise migratoire exhorte l’Union européenne à ôter ses œillères.

Les bras croisés, le regard déterminé et un hashtag « #Chiudiamoiporti » (« #Fermonslesports ») : Matteo Salvini, dirigeant du parti d’extrême droite la Ligue du Nord et nouveau ministre de l’Intérieur italien, martèle depuis le 10 juin sur Twitter sa volonté d’empêcher les embarcations d’ONG secourant les migrants en Méditerranée d’amarrer dans les ports de la péninsule.

Son refus a soulevé l’indignation de nombreuses personnalités politiques. Pourtant, la logique de fermeture des frontières européennes est entérinée depuis des années. Publié en 2015 dans le numéro #7 de La Revue Dessinée, l’enquête de Taina Tervonen et Jeff Pourquié révèle que depuis 2004, Frontex, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, a avant tout pour mission de contrôler et d’intercepter les personnes qui tentent de rejoindre le territoire européen. À cet effet, elle déploie des technologies de pointe : drones, radars, systèmes de contrôle biométrique…

 © Taina Tervonen et Jeff Pourquié © Taina Tervonen et Jeff Pourquié

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Les opérations en mer se succèdent. Parmi elles, Mare Nostrum, une initiative italienne déclenchée à partir d’octobre 2013 et Triton, menée par Frontex depuis novembre 2014. Mais les drames humains ne diminuent pas, car les migrants empruntent des routes de plus en plus risquées.

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La surveillance des frontières est aussi externalisée : des accords ont été signés avec des pays de départ ou de transit, dont certains contreviennent aux droits de l’homme, à l’image de la Turquie ou de la Libye. Pour les migrants, les violences sont présentes tout au long de leur parcours et les difficultés persistent même après avoir atteint le sol européen. Durant l’hiver 2015, le dessinateur Cyrille Pomès a rencontré les réfugiés du camp de Calais, peu de temps avant le démantèlement de la zone sud de la « jungle ». Il y entend les histoires d’exil de ces hommes et de ces femmes, et observe les efforts des bénévoles qui se démènent pour organiser le quotidien du camp. Son récit graphique est à retrouver dans les pages du numéro #13 de La Revue Dessinée.

 © Cyrille Pomès © Cyrille Pomès
D’autres travaillent à redonner un nom et une histoire à ceux qui ont trouvé la mort en Méditerranée. Pour un autre reportage à quatre mains réalisé avec Jeff Pourquié 
 © Taina Tervonen et Jeff Pourquié © Taina Tervonen et Jeff Pourquié
et publié dans le numéro #16 de La Revue Dessinée, Taina Tervonen s’est rendue en Sicile en juillet 2016. Elle a assisté au travail d’identification des corps, entrepris par les autorités italiennes, les pompiers et les médecins légistes volontaires. Leur mission ? Prélever des échantillons qui permettront de déterminer le sexe, l’origine ethnique ou l’âge de chaque victime.

 « L’identification est un devoir éthique. C’est notre devoir en tant qu’Européens et en tant que chrétiens. Et encore plus en tant qu’Italiens : nous avons été nombreux à immigrer nous-mêmes », affirme Vittorio Piscitelli, commissaire aux personnes disparues, qui déplore l’absence d’engagement de l’Europe sur ce dossier. Preuve qu’il existe en Italie d’autres voix que celle de Matteo Salvini.

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En refusant à l’Aquarius et ses 629 passagers l’accès aux ports italiens, le ministre de l’Intérieur italien met les États européens au pied du mur. Après trois jours d'attente, le bateau humanitaire s'est mis en route vers le port de Valence, disposé à l'accueillir. Dans un entretien au quotidien Le Monde, Joseph Borrel, ministre des Affaires étrangères espagnol, affirme que cet épisode est « une tentative de générer dans l’Union européenne une réflexion et surtout une action sur ce que signifie le problème migratoire. L’Europe fait la politique de l’autruche. C’est un problème collectif et il faut l’aborder comme tel ».

Alors que les tensions entre la France et l’Italie s’amplifient à coups de tweets et de déclarations acerbes, un navire militaire américain, le Trenton, avec, à son bord, 40 rescapés, vient d'obtenir l'autorisation d'accoster dans un port italien, après trois jours d'incertitude.

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