L'actu dessinée : Mamécogna, menacée de mariage forcé, sur le point d'être expulsée

« Je vis en France depuis presque cinq ans, j'ai de bonnes notes, je suis assidue. Alors cette fois, j'avais de l'espoir. La décision de la préfecture, ça m'a cassée. » En début de semaine, une cinquantaine d'élèves se sont réunis devant le microlycée de Vitry-sur-Seine pour s'opposer à l'expulsion de l'une des leurs. Une histoire à lire à l'approche du vote sur la loi asile-immigration

 © Gaëlle Hersent © Gaëlle Hersent
« Je viens d'une famille traditionnelle qui n'a jamais, jamais compris le mot « émancipation ». Pour mon père, si tu es une fille, quand tu sais lire ou écrire, alors l'école ça suffit, tu cherches un mari. Mais moi, j'ai un caractère. Si on me dit de faire quelque chose et que je ne veux pas, alors je riposte. J'ai dit non à mon père, je ne voulais pas être une femme au foyer. » 
En 2013, Mamécogna a pris la route, elle a quitté le Sénégal avec l'espoir d'étudier. C'était ça ou un mariage forcé. Arrivée seule en France à 21 ans, la jeune fille s'inscrit dans un lycée privé et entreprend les démarches de demande d'asile. « J'ai eu un refus, j'ai fait un recours, lui aussi refusé, ça m'a beaucoup déstabilisée, j'ai raté mon Bac parce que je n'avais plus le courage de continuer, et il n'y avait personne à ce moment-là pour me dire “vas-y, vas-y, tu peux y arriver.” » Hors de question, pourtant, de faire marche arrière. Mamécogna toque à la porte d'un établissement pour décrocheurs, elle est acceptée et se remet à bachoter.

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Mamécogna est aujourd'hui en terminale au microlycée de Vitry-sur-Seine. Une structure au sein de laquelle une équipe d'enseignants met en pratique sa conviction « de l'éducabilité de tous » et dans laquelle La Revue Dessinée s'est immergée pendant un année scolaire pour un reportage (signé Gaëlle Hersent et Amélie Mougey) publié dans son numéro #16 et accessible ici.

 

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Pour Mamécogna, comme pour les 80 élèves accueillis ici, la scolarité est un défi. Fière de son « 15 à l'oral, 13 à l'écrit » aux épreuves anticipées de Français, elle vise un Bac avec mention. « Je sais que j'en ai les capacités » dit-elle dans un élan de détermination. Sa prof de français souligne « un travail acharné ».  Mais le 21 mars, à quatre mois du Baccalauréat, elle apprend que sa scolarité peut s'arrêter net. Ce jour-là, l'association Réseau éducation sans frontière (RESF) a reçu un courrier sur lequel il est inscrit « refus de séjour plus OQTF ». OQTF. Quatre lettres pour « Obligation de quitter le territoire français ». Quatre lettres redoutées par tous les aspirants à une régularisation.

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Dans le Val-de-Marne, huit lycéens et élèves de BTS sont dans la même situation. Mamécogna mais aussi Pranita, Oumar, Sékou, Dominique, Issa, Ousmane, Lassine... En treize ans de militantisme au sein de RESF Val-de-Marne, Bertrand Germain n'a jamais vu ça. « Tous les deux mois, on dépose une trentaine de dossiers de Demande de titre de séjour « Vie privée et familiale». Jusqu'en septembre dernier, on n'avait pas plus de 2 ou 3 refus, au pire, on n'obtenait que des visas étudiants, plus courts. Depuis un an, on constate un vrai changement, on reçoit entre 12 et 15 refus avec, à chaque fois, des OQTF. »

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Au sein du microlycée, la situation de Mamécogna suscite l'indignation tant des élèves que des enseignants. « Mamécogna est notre élève. Elle doit rester notre élève et, comme tous les autres élèves de France, avoir le droit de passer les épreuves du Baccalauréat en toute sérénité, sans sentir planer au-dessus d’elle la menace de l’expulsion. Ses résultats montrent qu’elle sera une étudiante brillante et, dans quelques années, une salariée qui sera une richesse pour la France», écrit Florence Lhomme, professeure de Français, dans la lettre de soutien envoyée à la Préfecture. 

Lundi 9  et mardi 10 avril, une cinquantaine d'élèves et d'enseignants se sont mobilisés, à l'heure du déjeuner, pour faire signer une pétition à l'entrée du microlycée. Lancée par RESF celle-ci a recueilli plus de 880 signatures. « Depuis un mois, je me dis souvent "à quoi ma vie va ressembler ?", en fait je ne veux même pas imaginer ..., mais comme il y a des gens qui me soutiennent, je n'ai plus envie de baisser les bras.»

 

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