L’actu dessinée: un système de santé en soins intensifs?

Reconnaissant le « risque d’implosion » qui pèse sur l’hôpital et plus généralement « le mal-être » du secteur, Emmanuel Macron a annoncé, mardi 18 septembre, une vaste réforme du système de santé. Mais déjà, des voix s’élèvent pour critiquer l’écart entre les annonces et les moyens mis à disposition. Diagnostic en bande dessinée.

Urgence saturées, patients délaissés, personnel en souffrance, s'attaquer au malaise qui touche notre système de santé est une tâche immense. Arrêtons-nous sur deux sujets épineux : le fléau des déserts médicaux et la dangereuse course à la rentabilité des hôpitaux.

 © Léo Quiévreux - Caroline Coq-Chodorge © Léo Quiévreux - Caroline Coq-Chodorge

En mal de blouses

« Charmante commune recherche médecin sérieux. » Des Côtes-d’Armor à la Haute-Saône, cette variante des petites annonces du Chasseur français fleurit sur Le Bon Coin. Les médecins ont beau être plus nombreux que jamais à l’échelle du pays, chaque département ou presque déplore son lot de déserts médicaux, à tel point qu’un Français sur dix a déjà renoncé à se soigner faute d’un rendez-vous à proximité. En première ligne face à cette disette, les maires rivalisent de hardiesse et d’inventivité pour courtiser celle ou celui qui saura se pencher sur la santé de leurs administrés. Dans le numéro #19 de La Revue Dessinée, la journaliste Judith Chetrit et le dessinateur Pierre Maurel racontent cette quête de l'introuvable médecin de campagne.

 © Pierre Maurel et Judith Chetrit © Pierre Maurel et Judith Chetrit

Pour s'en sortir, le gouvernement a annoncé la suppression du numerus clausus, qui limite le nombre d'étudiants visant des professions médicales. Celle-ci pourrait intervenir dès la rentrée 2020 mais la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a reconnu qu'elle « ne réglera pas le problème de la démographie médicale ». 

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À la contrainte, rejetée par de nombreux médecins libéraux, le plan préfère les incitations financières et... le salariat. Ainsi le gouvernement envisage la création de 400 postes de médecins salariés dans des centres hospitaliers de proximité ou des centres de santé. Reste un problème de taille, l'hôpital.

L'hôpital se fout de la charité 

Depuis la généralisation en 2008 de la tarification à l’acte (T2A), comme mode de financement des établissements de santé, les hôpitaux doivent faire du chiffre. Il en va de la maîtrise de leur déficit. Concrètement, cela se traduit par une pratique de la médecine basée sur une grille tarifaire autant que sur les besoins des patients. Certains hôpitaux font même appel à des prestataires externes pour optimiser leur facturation. Le personnel est, quant à lui, confronté à l’injonction de choisir le soin qui rapporte le plus au service. Ce système devenu fou est décryptée par la journaliste Caroline Coq-Chodorge et le dessinateur Léo Quiévreux dans une enquête sensible et fouillée publiée dans le dernier numéro de La Revue Dessinée (#21).

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Le plan présenté par Emmanuel Macron prévoit de remplacer petit à petit ce système par une tarification au forfait. Celle-ci devrait devenir le principal mode de financement des hôpitaux d'ici à 2022. Mais les professionnels de santé ne sont pas sereins pour autant. Après l'annonce, par la ministre de la Santé, d'un futur dispositif de notation des établissements hospitaliers par les patients, certains craignent une nouvelle forme de tyrannie du chiffre...
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Mais la principale critique adressée du plan "Ma santé 2022" porte sur son budget. Celui-ci prévoit 400 millions d'euros supplémentaires pour l'année 2019, une somme jugée dérisoire par certains professionnels de santé comme le rapporte Mediapart dans un article au titre explicit, Réforme du système de santé: des bouleversements, mais peu d’argent.

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