Celui qui devait « guérir de ses désirs interdits »

M. Durant, âgé d'une cinquantaine d'années, est infirmier et cadre de santé. Intégré socialement et professionnellement, c'est la première fois qu'il se retrouve devant les tribunaux, et ce, pour « agression sexuelle sur mineur de 15 ans ». Car M. Durant qui se rend régulièrement à la piscine a eu les mains baladeuses et, par deux fois, a touché les fesses d'une jeune fille de 12 ans.

L’interrogatoire commence. A la question « comment vous expliquez la répétition ? » de l'une des assesseuses, M. Durant ne sait que répondre. Alors qu’il lui est ensuite demandé si c'est la première fois qu'il se livre à de tels actes, il répond « non, je l'avais déjà fait ». — « Au moins, ça a le mérite de la franchise ! » s’exclame le président. La « pulsion » n’étant pas isolée, il en conclut que M. Durant « a un problème ». Pour l’identifier, le président ouvre l'expertise rédigée par le médecin psychiatre.

Le juge en rouletabille

Partant du rapport psychiatrique qui définit M. Durant comme un « voyeur », le président zigzague entre considérations juridiques et morales : « Mais bon, ça, c'est pas vraiment une infraction... Après, c'est pas interdit, mais les regards insistants sur une jeune fille de 12 ans, quand même M. Durant... ». Il reprend la lecture de l'expertise : « individu bien orienté... intelligence normale. Bon, en bref, rien à signaler de ce côté là ». Il tombe enfin sur un élément plus explicatif : « ah, l'expert mentionne une consommation excessive d'alcool !». La cour détient peut-être la clé de l'énigme et s'accroche à ce penchant alcoolique. L'embêtant c'est que M. Durant, dont la cour a remarqué la singulière franchise, ne reconnaît pas tout à fait ce penchant ; certes, il boit, mais seulement le soir et pas de grandes quantités ; et ses « excès » sont rares. Le juge, aux airs de détective, poursuit l’investigation dans les notes de l'expertise : « tendance dépressive sans qu'on puisse parler d'un état dépressif ... » et se tournant vers les autres acteurs du tribunal : « bon, ça, c'est lié à l'alcool de toutes façons, on boit parce qu'on est un peu déprimé, et ainsi de suite, hein ? » Et de conclure : « Bon, par contre, pas de pathologie psychiatrique, et donc pas d'abolition du discernement1... vous êtes complètement responsable hein ».

Se faire soigner, et guérir

On devine ensuite qu'une injonction de soin a été préconisée par l'expert. M. Durant a d'ailleurs effectué une première séance, et semble vouloir continuer ; il a en effet « réalisé la gravité de ce qu'il a fait » et, comme le dit l'avocate générale lors du réquisitoire, « a compris la nécessité d'une thérapie ». Cette dernière requiert trois mois d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve, et conclut qu'il doit « se faire soigner » ; il en va de la « sécurité publique et de la tranquillité des femmes qui se rendent à la piscine ». Mais se faire soigner de quoi ? L'expert n'a-t-il pas énoncé l'absence de pathologie psychiatrique ? C'est l'avocat de la défense qui donne la réponse. Après avoir expliqué qu'il n'est pas facile de vivre les urgences médicales des autres, que la situation familiale de M. Durant est difficile, et qu'il y a en plus des problèmes d'alcool, il conclut que son client doit « guérir de ses désirs interdits ».
Le prononcé du jugement aura lieu en fin de semaine.

 

1. L'art. 122-1 du Code Pénal (CP) énonce que « N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.


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