mot de passe oublié
onze euros les trois mois

Restez informé tout l'été avec Mediapart

Plus que quelques jours pour profiter notre offre d'été : 11€ pour 3 mois (soit 2 mois gratuits) + 30 jours de musique offerts ♫

Je m'abonne
Le Club de Mediapart mer. 31 août 2016 31/8/2016 Dernière édition

« J'étais parti acheter le pain , Monsieur le juge... »

A la 14ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris ce matin la salle est remplie, tous les bancs sont occupés : soutiens d'une affaire douloureuse ; journalistes d'une affaire médiatique ? Non, c'est une classe d'étudiants venue découvrir les correctionnelles.

A la 14ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris ce matin la salle est remplie, tous les bancs sont occupés : soutiens d'une affaire douloureuse ; journalistes d'une affaire médiatique ? Non, c'est une classe d'étudiants venue découvrir les correctionnelles.

 

« J'étais parti acheter le pain , Monsieur le juge... »

Rani explique qu'en remontant en voiture il s'est fait bousculer par un bus. Il embraye, le rejoint, descend au feu et toque au carreau du chauffard « pour s'expliquer ». « Je dis au chauffeur qu'il m'a touché. Il me dit que j'avais qu'à pas être là ! Alors je lui dis : descends de là si t'es un homme ! Et il descend, et il me tape... »

Au final celui qui se plaignait d'avoir été bousculé s'est retrouvé étalé par le chauffeur (qui a l'âge de son fils) : Rani a écopé d'une fracture du nez, de 10 jours d'ITT et d'un suivi en orthopédie. Mais il essaie de se justifier car c'est lui l'accusé – le chauffeur, absent à l'audience, lui est partie civile : car un témoignage rapporte que c'est Rani qui a d'abord frappé le conducteur par la fenêtre. Comme une garantie de son état d'esprit pacifique il rappelle : « J'étais parti acheter le pain , Monsieur le juge... »

Le président interroge Rani : « Donc le témoin ment ? – Nan, j'ai pas donné de coup de poing. – Donc le témoin ment ! – J'ai juste fait le geste " descends si t'es un homme ! " – Répondez à ma question : donc le témoin ment ?! – J'ai pas dit qu'il ment, mais y'a pas eu de coup de poing. » A peine un silence, et le juge enchaîne : « Des questions ? M. le procureur ? – aucune, c'est assez clair. »


« Je pense que ce dossier ne présente aucunes difficultés. »

La jeune avocate de la partie civile déploie à une vitesse étonnante sa longue plaidoirie. Aucune raison d'hésiter : « Je pense que ce dossier ne présente aucunes difficultés. » Essoufflée, elle termine enfin : « Au-delà des coups et griffures, mon client a été profondément blessé. A chaque fois qu'on lui toquera au carreau il aura peur qu'on le frappe... » On respire pour elle.

Pour le Parquet il y a violences caractérisées sur agent du service public dans l'exercice de ses fonctions. C'est grave. « C'est dommage, dommage de ne pas avoir réglé cet accrochage en constat à l'amiable. Mais avec cette attitude imbécile, Monsieur, vous voilà devant le tribunal ! » Pour le procureur cette « attitude » en dit long. « Monsieur a un emploi, 3 enfants, mais pas l'air très stable... Des soins seraient certainement bienvenus. » Il demande des dommages et intérêts pour le chauffeur et du sursis. Et profitant de son réquisitoire, il s'adresse à Rani en regardant le juge : « Et je le préviens, si j'étais amené à le revoir, ce serait en comparution immédiate ! »

 

"Moi je me pose beaucoup de questions...!"

Après une partie civile soufflante et un réquisitoire grandiloquent, la voix de l'avocate est plutôt tremblante, mais son argumentaire se développe. Elle, au contraire, se « pose beaucoup de questions ». « Dans ce dossier tout tient à un témoignage. Mon client a un casier vierge, un emploi, une famille. Qui a été blessé ? Mon client a eu 10 jours d'ITT. Monsieur le procureur dit : "si vraiment il avait été attaqué il aurait pu porter plainte". Mais il a porté plainte ! Le chauffeur, au lieu d'utiliser l'alarme silencieuse comme c'est prévu, descend du bus avec un autre passager pour se battre... – un passager qui n'a jamais été entendu. » Elle défend ensuite l'équilibre et la bonne vie de Rani, « attestations à l'appui ». « C'est un malentendu qui a dégénéré... Je demande donc la relaxe. »

 

A peine une minute passe : « Monsieur, vous êtes condamné à 8 jours d'emprisonnement avec sursis, 500 € de dommages et intérêts à la victime, 21,40 € à la RATP et 80 € de frais de procédure. C'est-à-dire que si vous avez une nouvelle condamnation pénale dans les 5 ans vous irez en prison. Vous avez compris ? »

« ... »

 

---

Vous pouvez retrouver les articles de la Rotative et ses recherches sur le Jujitsu politique sur son site : larotative.org

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

hélas ce genre de dossiers pullulent dans les tribunaux et les Magistrats sont débordés.

FONCTIONNAIRE le plaignant, combien de fois ai-je entendu cette cerise sur le gâteau, comme si les fonctionnaires étaient d'entrée irréprochables!

Dommage que le "prévenu" n'ai pas osé répondre "oui le témoin ment" -ce qui me semble évident- Point de psychologie , pas le temps..... affaire suivante?

 

-sincèrement désolée pour Rani -

Cet été, Mediapart vous accompagne partout !

onze euros les trois mois

À cette occasion, profitez de notre offre d'été : 11€/3 mois (soit 2 mois gratuits) valable jusqu'au 4 septembre et découvrez notre application mobile.
Je m'abonne

L'auteur

La rotative

Pour en savoir plus sur La Rotative : www.larotative.org

Le blog

suivi par 12 abonnés

Les Pièces du Parquet