Les kinésithérapeutes devront-ils quitter Paris ?

S'il est très difficile de trouver un médecin dans la ville de Paris, c'est loin d'être la seule désertification à laquelle les patients risquent de devoir faire face. A la crise des hôpitaux s'ajoute celle des professions établies dans ce cadre urbain. Une pétition avec le titre "Menace de disparition des kinésithérapeutes parisiens et des grandes métropoles" dénonce cette évolution.

Le Wiktionnaire définit la kinésithérapie comme la « thérapie traitant les articulations, muscles ou autres structures de soutien par des mouvements actifs (gymnastique par exemple) et passifs (tels que les massages) ». D'autres dictionnaires fournissent des définitions équivalentes.

On peut aisément comprendre que la kinésithérapie soit très utile, voire indispensable, pour de nombreux patients. Mais quelle est sa situation en tant que prestation sociale, et tout particulièrement dans une grande ville comme Paris ?

La lecture d'une pétition récemment mise en ligne par des kinésithérapeutes a de quoi sérieusement inquiéter la majorité des citoyens.

Menace de disparition explicitement évoquée

On peut lire, notamment, dans une pétition récemment mise en ligne sur le site Change.org et publiquement adressée à la ministre de la santé  avec les intitulés Menace de disparition des kinésithérapeutes parisiens et des grandes métropoles, Pétition adressée à madame Agnès Buzyn, ministre de la santé, Les kinésithérapeutes parisiens menacés de disparition https://www.change.org/p/mme-buzyn-menace-de-disparition-des-kin%C3%A9sith%C3%A9rapeutes-parisiens :

La kinésithérapie serait-elle en passe de disparaître de Paris et des grandes métropoles ? La question est légitimement posée après la sérieuse mise en garde que les kinésithérapeutes parisiens ont reçu de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Paris.

(fin de citation)

Il s'agit de l'imposition par la CPAM de tarifs conventionnels que les professionnels établis à Paris estiment incompatibles avec leurs dépenses réelles. Ce qui les pousserait à quitter la capitale à la recherche de frais immobiliers moins élevés.

La pétition a été déposée avec la signature Kiné Paris Collectif .ectibe

Le danger pour les patients

Dans un communiqué de presse du 13 avril 2018, le Syndicat Français de Médecine Physique et de Réadaptation écrit d'emblée http://www.ordremk.fr/wp-content/uploads/2018/04/20180413-cdp-syfmer-penurie-de-mk-et-orthophonistes.pdf :

La pénurie de masseurs-kinésithérapeutes et d'orthophonistes dans les établissements de soins et dans certains territoires risque de multiplier les incapacités fonctionnelles et les risques de handicap.

(fin de citation)

Le Point écrivait dès décembre dernier,  http://www.lepoint.fr/sante/kine/le-ton-monte-entre-les-kines-parisiens-et-la-securite-sociale-13-12-2017-2179377_2467.php« Le ton monte entre les kinés parisiens et la sécurité sociale » avec le sous-titre « Les kinésithérapeutes parisiens ont eu la mauvaise surprise de recevoir une mise en demeure de la CPAM interdisant tout dépassement d'honoraire ». L'article, signé par un masseur-kinésithérapeute, évoquait déjà explicitement la perspective d'une fermeture générale des cabinets parisiens.

Un contexte de désertification médicale

Au moment même où nous rédigeons cette note, Franceinfo évoque « Des déserts médicaux aux portes de Paris ». Notre article Manque de médecins et catastrophe sociale (I) avait déjà évoqué cette problématique il y a deux mois, et la situation n'a cessé de s'aggraver depuis. L'avenir est d'ailleurs particulièrement sombre, comme déjà souligné.

Le 19 mars, Le Parisien relevait « Il manque des médecins dans 37 des 40 communes de Seine-Saint-Denis ». A présent, c'est dans les Hauts-de-Seine que la carence a été soulignée. Et à Paris même, comment trouver un médecin traitant ?

Et si cette évolution catastrophique est clairement le résultat d'une politique, que penser de la situation dans Paris de professions telles que la kinésithérapie ?

Evidemment, le problème ne se pose pas pour les riches qui pourront toujours recourir à des professionnels déconventionnés et aux prestations non remboursées. C'est avec une logique naturelle, que la pétition sur Change.org évoque également cette perspective.

Quelle sera la réponse de la ministre Agnès Buzyn à la pétition des kinésithérapeutes ? Après la rencontre du 25 janvier, http://www.ordremk.fr/actualites/ordre/rencontre-avec-madame-agnes-buzyn/ , le gouvernement ne saurait pas valablement ignorer les problèmes évoqués.

 

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