Gilets jaunes: violences de la police et critique nécessaire des médias

Les actes de violence à l’encontre de reporters commis par certain·e·s manifestant·e·s lors des rassemblements de Gilets Jaunes sont inacceptables. Notre inquiétude et notre colère sont encore plus grandes face aux attaques de policiers et de gendarmes à l’encontre de nos consoeurs et de nos confrères.

Menacer une journaliste de viol, humilier publiquement des personnes parce qu’elles portent une caméra les identifiant à tel ou tel media, frapper, poursuivre, menacer, insulter des journalistes en train de travailler dans l’espace public, constituent des actes contraires au respect de la dignité des personnes. A fortiori quand les auteurs de ces actes agissent en hordes contre des personnes seules ou isolées. Que les victimes de ces agissements tournent des images pour des medias que l’on critique ou que l’on déteste ne peut jamais justifier de les passer à tabac. 

Les actes de violence à l’encontre de reporters commis par certain·e·s manifestant·e·s lors des rassemblements de Gilets Jaunes sont inacceptables. Les journalistes de Mediapart s’associent aux nombreuses autres rédactions qui dénoncent ces agissements. Nous demandons aux participant·e·s de ces manifestations de mettre en œuvre le maximum pour empêcher qu’ils ne se reproduisent.

Notre inquiétude et notre colère sont encore plus grandes face aux attaques de policiers et de gendarmes à l’encontre de nos consoeurs et de nos confrères. Tirer sur des caméras et celles et ceux qui les portent, frapper des photographes et leurs appareils, noyer des reporters sous les gaz lacrymogènes, empêcher des journalistes de couvrir des rassemblements, sont autant d’actes incompatibles avec le respect des principes de notre démocratie. Les forces de l’ordre disposent d’un arsenal pour les défendre en situation de conflit. Rien ne justifie que ces armes soient employées pour faire taire des journalistes. Ni pour terroriser des manifestant·e·s. La gravité des blessures endurées par les Gilets Jaunes et leurs soutiens depuis dix semaines révèle un usage abusif des armes de la police. Le silence de la présidence de la république et du gouvernement à ce sujet ne peut être entendu par les policiers que comme une invitation à continuer. 

Les relations entre médias et mouvements sociaux sont structurellement conflictuelles. Depuis une vingtaine d’années, la critique des médias a pris une place importante dans les discours militants. Elle prend souvent le visage d’un rejet sans concession, et s’accompagne parfois d’expressions haineuses. Nous voudrions attirer l’attention de celles et ceux qui affirment détester ou mépriser les médias, qui pensent que les « médias mentent » toujours, que la pluralité des expressions est une condition indispensable à l’exercice de la démocratie. Elle doit bénéficier aux un·e·s comme aux autres. Nous avons collectivement besoin de désaccords, de lignes d’interprétation diverses, et d’avis divergents. 

L’éditorialiste le plus bête et le moins informé doit avoir le droit d’exprimer ses opinions. Mais il doit pouvoir être contesté dans des espaces médiatiques bénéficiant de la même audience.  A ce titre, notre profession n’a pas assez tiré les leçons de la critique des médias et de ces interpellations citoyennes : comment mieux rendre compte de notre société, de ses épreuves et de ses sursauts ? Comment se montrer plus pugnaces et indépendants vis à vis des pouvoirs ? Sans réponse à ces questions, il n’y aura pas d’amélioration durable des relations entre médias, journalistes et militant·e·s.

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