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Tribune 22 janvier 2026

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Quand Europe 1 espionne Thomas Legrand : ceci n’est pas du journalisme

Près de trente sociétés de journalistes, dont la SDJ de Mediapart, dénoncent les méthodes de la radio propriété de Vincent Bolloré, qui a bafoué les principes élémentaires de la déontologie en enregistrant et exploitant une conversation privée entre deux journalistes.

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Le 16 décembre, la radio Europe 1, désormais propriété de Vincent Bolloré, publiait cinq articles mettant en scène des « révélations » autour d’une conversation présentée comme « secrète » et s’étant tenue la veille dans un café du XIVe arrondissement de Paris entre Thomas Legrand, éditorialiste à Libération et ancien producteur à France Inter, et Laurence Bloch, ancienne directrice de France Inter.

Le 15 janvier, la cellule investigation de Radio France révélait qu’un journaliste d’Europe 1 avait lui-même enregistré cette conversation après que son supérieur, Louis de Raguenel, le lui en avait donné l’ordre dans une conversation WhatsApp.

Les règles de base de la déontologie journalistique imposent de n’enregistrer des personnes à leur insu que si cela permet de rendre publiques des informations d’intérêt général impossibles à obtenir autrement. « L’élément déterminant, lors de la mise en balance de la protection de la vie privée et de la liberté d’expression, doit résider dans la contribution que les photos et articles publiés apportent au débat d’intérêt général », soulignait la Cour européenne des droits de l’homme en 2004. Qu’ont apporté les « exclus » d’Europe 1 issues de cette grave intrusion dans la vie privée de deux journalistes ? De la confusion bien davantage que de l’information, les propos relatés ayant été tronqués et tordus.

Que les choses soient claires : l’enregistrement et la diffusion d’une partie de ces propos ne relèvent pas d’une démarche journalistique, mais d’une opération d’espionnage.

Les articles et commentaires qui ont été diffusés à cette occasion servent non pas l’intérêt général, comme doit le faire une production journalistique, mais un intérêt particulier : celui d’un groupe médiatique en guerre contre le service public de l’audiovisuel.

Nous ne défendons pas une confraternité absolue à laquelle devraient se soumettre tous les journalistes, quelles que soient leurs pratiques. Ici, une frontière a été franchie entre le travail journalistique et les coups bas politiques. Avec, en toile de fond, la mise au pas d’entreprises médiatiques au service d’un combat propagandiste d’extrême droite.

Les sociétés de journalistes signataires de ce texte refusent de banaliser ces méthodes qui bafouent tous les principes d’un journalisme digne de ce nom.

  • Signataires

La SDJ de Radio France et la Société des journalistes et du personnel de Libération, à l’initiative de ce texte.
La SDJ de France 24
La SDJ de Radio France Internationale
La SDJ de France TV rédaction nationale
La SDJ de franceinfo numérique
La SDJ de France TV sport
La SDJ de France 3 rédaction nationale
La SDJ d’ARTE
La SDJ de Public Sénat
La SDJ de BFM TV
La SDJ de BFM Business
La SDJ de RMC
La SDJ de LCI
La SDJ de Sept à Huit
La Société des rédacteurs du Monde
La SDJ de Mediapart
La SDR du Nouvel Obs
La SDJ de l’AFP
La SDJ des Échos
La SDJ du Télégramme
La SDJ du Parisien
La SDJ de l’Informé
La SDP de L’Humanité
La SDJ de L’Express
La SDJ de La Tribune
La SDJ de Télérama