Affaire Benalla, armes françaises au Yémen: solidarité avec les journalistes convoqués par la DGSI

Une quarantaine de rédactions expriment leur solidarité avec les journalistes convoqués par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Nous rappelons une nouvelle fois que le secret-défense ne saurait être opposé au droit à l’information, ni servir d’épée de Damoclès pour dissuader les journalistes d’enquêter, et de publier.

La journaliste du Monde Ariane Chemin a appris, mardi 21 mai, sa convocation le 29 mai par les policiers de la section des atteintes au secret de la défense nationale de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Il lui est reproché d’avoir révélé, dans des articles sur les affaires d’Alexandre Benalla, des informations sur le profil et le parcours d’un sous-officier de l’armée de l’air, Chokri Wakrim, compagnon de l’ex-cheffe de la sécurité de Matignon, Marie-Élodie Poitout. M. Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour « corruption ».

Mercredi 22 mai, c’est Michel Despratx, journaliste du site d’investigation Disclose, qui a appris sa convocation le 28 mai, toujours par la DGSI, dans le cadre d’une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale », après la publication d’une note classée « confidentiel-défense » détaillant l’utilisation dans la guerre meurtrière au Yémen des armes vendues par la France à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Et ce, une semaine après que nos confrères Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, de Disclose, et Benoît Collombat, de Radio France, ont déjà été entendus par la DGSI au titre de cette même enquête.

Nous, sociétés de journalistes et de rédacteurs, exprimons notre pleine et entière solidarité avec notre consœur et notre confrère, et dénonçons fermement ces convocations qui ressemblent à de nouvelles tentatives d’intimidation de journalistes qui n’ont fait que leur travail : porter à la connaissance des citoyens des informations d’intérêt public.

Nous rappelons une nouvelle fois que la protection des sources a été consacrée par la Cour européenne des droits de l’homme comme « l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse », et que le secret-défense ne saurait être opposé au droit à l’information, indispensable à un débat public digne de ce nom, ni servir d’épée de Damoclès pour dissuader les journalistes d’enquêter, et de publier.

Ce texte est signé par les sociétés des journalistes, sociétés des rédacteurs et du personnel de : AFP, Arte, BFM-TV, Challenges, CNews, Courrier international, Les Échos, Europe 1, L’Express, Le Figaro, France 2, France 3 National, France 24, France Culture, France Inter, franceinfo.fr, Franceinfo TV, France-Soir, L’Humanité, JDD, Les Jours, LCI, LCP, Le Parisien-Aujourd’hui en France, Libération, M6, Mediapart, Midi Libre, Le Monde, L’Obs, Paris Match, Premières Lignes, Public Sénat, RFI, Sud Ouest, Télérama, TF1, La Tribune, TV5Monde, 20Minutes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.