«Globalement, les choses ont été réglées avec mesure»

Compte-rendu d'une réunion sur « la sécurité des journalistes » qui s'est tenue vendredi 25 janvier entre le ministre de la culture, Franck Riester, et une quinzaine de médias et de leurs repréentants.

L’invitation est arrivée, inattendue, par email, mardi 22 janvier : « M. Franck Riester, Ministre de la Culture, vous propose un échange sur la question de la sécurité des journalistes, le vendredi 25 janvier à 16h30 au Ministère de la Culture - Salon des Maréchaux ».

De nombreuses sociétés de journalistes (SDJ) de médias nationaux se retrouvent invitées à cette rencontre, dont celle de Mediapart. Y aller ou pas ? Une brève discussion se tient au sein de la rédaction : la plupart des voix s’expriment pour qu’une représentante de la SDJ s’y rende et y porte le point de vue du journal. Décision est prise de s’y rendre, pour y exprimer notre colère et inquiétude face aux violences policières que subissent les manifestant·e·s lors des rassemblements des gilets jaunes en général, et les journalistes en particulier.

Vendredi après midi, une quinzaine de rédactions se retrouvent donc rue de Valois : France Télévision, Le Parisien, Libération, Le Figaro, C-News, Premières lignes, Reporters sans frontière, ainsi que des syndicats (SNJ, SNJ-CGT, Cfdt), la conférence des écoles de journalisme, l’association Journalisme et citoyenneté, et donc, Mediapart. Pendant plus d’une heure trente, le ministre de la culture, Franck Riester, reçoit les journalistes- avant de partir pour le studio de BFM TV.

Premier enseignement de cette réunion : la monarchie républicaine se porte bien dans ce pays. La discussion se tient dans un salon ministériel chargé de dorures, autour d’une interminable table en forme de U, chacun·e derrière un carton à son nom. Le ministre était entouré du sous directeur en charge de la presse au sein du ministère, et de deux conseillers de son cabinet, qui n’ouvrent pas la bouche.

Sur le fond, la position du gouvernement est claire : à leurs yeux, ce sont les gilets jaunes qui mettent en danger « la sécurité des journalistes », pas les policiers. Pourtant, nombreuses sont les voix à dénoncer les blessures causées par les forces de l’ordre, et à refuser de traiter à part les agressions verbales et physiques de certain·e·s manifestant·e·s. « Avant chaque manif, j’ai autant peur de la violence des manifestants que des forces de l’ordre » dit le représentant de la SDJ de France Télévision. La SDJ du Parisien rappelle que trois des photographes du quotidien ont été blessés par Flashball et se dit « choquée » du niveau d’équipement dont doivent désormais se couvrir les reporters (y compris des protège tibias). Mediapart dit que les violences contre les journalistes étaient beaucoup plus graves quand elles venaient de l’Etat, car il doit garantir l’exercice de la liberté de la presse.

Mais pour Franck Riester, s’il « y a eu manifestement des violences par des policiers, on a évité le drame. Globalement les choses ont été réglées avec mesure ». A ces mots, plusieurs participant·e·s allument leur micro pour protester. Le ministre de la culture invite les journalistes blessées à saisir l’IGPN, et promet de « remonter » ces propos au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Puis il tente de réaiguiller la discussion vers les violences des gilets jaunes. Que faire ? « Il faut du concret ». Le SNJ propose de remettre en place un système d’officier de presse pour faire le lien entre CRS et reporters en situation de manif. Mais le représentant du Figaro casse l’ambiance en renvoyant le ministre de la culture à son incapacité à agir sur les prérogatives du ministère de l’Intérieur. Et en profite pour mettre en cause le climat de défiance vis à vis des médias entretenu par la classe politique dans son ensemble : d’Eva Joly lors de sa campagne présidentielle, à Nicolas Sarkozy (« J’ai reçu des crachats pendant un meeting alors que je bosse pour le Figaro ») en passant par Emmanuel Macron. Il est le seul à tutoyer le ministre et l’appeler Franck. Qui du coup lui répond aussi en l’appelant par son prénom.

Frank Riester a plusieurs fois dit son souhait de « retisser les liens de confiance entre les médias et les Français ». Sans avancer de proposition concrète. Et promis une nouvelle fois de tout transmettre au ministre de l’Intérieur. « Dès ce soir ?» s’inquiète la CFDT, à la veille d’une nouvelle journée de manifestation. « Oui » a répondu le ministre, courtois et à l’écoute pendant la réunion. Mais sans jamais donner le signe d’être en mesure de changer quoi que ce soit aux problèmes abordés lors de la réunion.

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