Laënnec Hurbon
Sociologue, Directeur de recherche au CNRS ( Paris) et professeur à la faculté des sciences humaines de l’UEH
Abonné·e de Mediapart

10 Billets

0 Édition

Billet de blog 31 janv. 2021

L’image de l’ONU et la démocratie en Haïti

Un communiqué de presse des Nations Unies de ce 27 janvier 2021 révèle la décision de l’ONU d’accorder un appui financier au processus électoral prévu par le gouvernement de Jouvenel Moise. Un véritable coup de grâce à la démocratie en Haïti.

Laënnec Hurbon
Sociologue, Directeur de recherche au CNRS ( Paris) et professeur à la faculté des sciences humaines de l’UEH
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un communiqué de presse des Nations Unies ce 27 janvier 2021 révèle la décision de l’ONU d’accorder un appui financier au processus électoral prévu par le gouvernement de Jouvenel Moise. L’opposition à des élections sous le contrôle des multiples gangs armés établis travers tout le pays crie au scandale. Ne peut-on pas se demander s’il ne s’agit pas d’un véritable coup de grâce que la communauté internationale chercherait a donner à la démocratie en Haïti grâce au rapport du BINUH ( Bureau intégré des nations Unies en Haiti) sous la coordonnatrice Mme Helen La Lime ?

L’ONU, on s’en souvient, a déjà porté une « assistance mortelle » ( titre d’un film de Raoul Peck) à la population avec les 10000 morts de cholera causés par le groupe Népalais de la Mission des Nations-Unies. L’ONU refusait de reconnaitre sa responsabilité. Le contentieux est encore à vif, et Mme La Lime vient de collaborer à ternir une nouvelle fois l’image de l’ONU en Haïti. Que signifie cet appui à un président qui se déclare « chef de tous les pouvoirs » et qui de fait est à lui seul exécutif/ législatif et pouvoir judiciaire, liquidant ainsi l’expérience démocratique initiée le 7 février 1986 avec la chute de la dictature de Duvalier père et fils ?

Mme Helen La Lime coordonnatrice du BINUH connait les rapports du Haut-commissariat de l’ONU le 19 janvier dernier sur les violations flagrantes de la Constitution et des droits humains en Haïti par le gouvernement de Jouvenel Moise : épidémie de kidnappings chaque jour parfois par dizaines, des élèves d’écoles publiques et privées sont enlevés contre rançon, les filles sont violées. Dans un même temps, des chefs de gangs armés manifestent sous la protection de la police, et les victimes qui dénoncent ces crimes sont réprimés et arrosés de gaz lacrymogène. Récemment des arrestations d’opposants sont exécutées par un commissaire de gouvernement « d’ordre du président de la république » ; création par décret d’un « agence nationale d’intelligence (ANI) chargée essentiellement de poursuivre des opposants ( vus avant tout comme des ennemis et des terroristes), mais en même temps cette police politique secrète est au-dessus de l’administration, de la police et de la justice ( voir les commentaires critiques de « la Fondation Jékléré sur les récents décrets de Jovenel Moise( ( Le Nouvelliste, 16 décembre 2020) . Tout laisse croire qu’on est en présence d’un retour à une maquette duvaliériste du pouvoir. Les mandats des juges chargés de l’instruction des massacres répétés dans les bidonvilles de la capitale ne sont pas renouvelés comme par hasard ( voir Le Nouvelliste du 29 janvier 2021) De même le juge Rénord Régis qui instruit le dossier de l’assassinat le 28 aout 2020 du bâtonnier Monferrier Dorval a du s’enfuir du pays, accablé par des menaces constantes de mort.

Curieusement c’est au cœur de la montée exponentielle de la criminalité en Haïti que le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti  tente de faire passer la Constitution actuellement en vigueur comme responsable de tous les malheurs du pays. Or l’on apprend dans l’histoire des deux derniers siècles de l’indépendance d’Haïti que chaque fois qu’un président cherche à s’accrocher au pouvoir au-delà de son mandat, il se crée une nouvelle constitution à sa mesure : Haïti aura ainsi produit plus d’une trentaine de constitutions.

*Laënnec Hurbon, sociologue, directeur de recherche au CNRS ( Paris) et professeur à l’Université d’Etat d’Haïti, spécialiste des rapports entre religion, culture et politique en Haïti et dans la Caraïbe.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique Latine
Au Mexique, Pérou, Chili, en Argentine, Bolivie, Colombie, peut-être au Brésil... Et des défis immenses
Les forces progressistes reprennent du poil de la bête du Rio Grande jusqu’à la Terre de Feu. La Colombie est le dernier pays en date à élire un président de gauche, avant un probable retour de Lula au Brésil. Après la pandémie, les défis économiques, sociaux et environnementaux sont immenses.
par François Bougon
Journal
À Perpignan, l’extrême droite s’offre trois jours de célébration de l’Algérie française
À quelques jours des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, le maire Louis Aliot (RN) met à l’honneur l’Organisation armée secrète (OAS) et les responsables du putsch d’Alger pendant un grand week-end d’hommage à « l’œuvre coloniale ».
par Lucie Delaporte
Journal — Énergies
Gaz russe : un moment de vérité pour l’Europe
L’Europe aura-t-elle suffisamment de gaz cet hiver ? Pour les Européens, le constat est clair : la Russie est déterminée à utiliser le gaz comme arme pour faire pression sur l’Union. Les risques d’une pénurie énergétique ne sont plus à écarter. En première ligne, l’Allemagne évoque « un moment Lehman dans le système énergétique ».
par Martine Orange
Journal — Terrorisme
Attentat terroriste à Oslo contre la communauté gay : « Ça nous percute au fond de nous-mêmes »
La veille de la Marche des fiertés, un attentat terroriste a été perpétré contre des personnes homosexuelles en Norvège, tuant deux personnes et en blessant une vingtaine d’autres. En France, dans un contexte de poussée historique de l’extrême droite, on s’inquiète des répercussions possibles. 
par Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Cour Suprême : femme, débrouille-toi !
Décision mal-historique de la Cour Suprême états-unienne d’abroger la loi Roe vs. Wade de 1973 qui décriminalisait l’avortement. Décision de la droite religieuse et conservatrice qui ne reconnaît plus de libre arbitre à la femme.
par esther heboyan
Billet de blog
L'avortement fait partie de la sexualité hétéro
Quand j'ai commencé à avoir des relations sexuelles avec mes petits copains, j'avais la trouille de tomber enceinte. Ma mère a toujours dépeint le fait d'avorter comme une épreuve terrible dont les femmes ne se remettent pas.
par Nina Innana
Billet de blog
Roe VS Wade, ou la nécessité de retirer le pouvoir à ceux qui nous haïssent
Comment un Etat de droit peut-il remettre en cause le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes ? En revenant sur la décision Roe vs Wade, la Cour suprême des USA a rendu a nouveau tangible cette barrière posée entre les hommes et les femmes, et la haine qui la bâtit.
par Raphaëlle Rémy-Leleu
Billet de blog
Droit à l’avortement: aux États-Unis, la Cour Suprême renverse Roe v. Wade
La Cour Suprême s’engage dans la révolution conservatrice. Après la décision d'hier libéralisant le port d’armes, aujourd'hui, elle décide d'en finir avec le droit à l'avortement. Laisser la décision aux États, c’est encourager l’activisme de groupes de pression réactionnaires financés par des milliardaires évangéliques ou trumpistes. Que se passera-t-il aux élections de mi-mandat ?
par Eric Fassin