Les musulmans? Des terroristes ! Les juifs? Ils dominent le monde ...

D'aucuns attribuent les attentats de Pittsburgh et Chirstchurch à la folie de leurs commanditaires. Des juifs et des musulmans tués dans leurs lieux de culte comme s'ils n'étaient plus citoyens, mais exclusivement juifs et musulmans, comme s'ils représentaient les maux d'une société. Le système médiatique y prend sa part de responsabilité ...

Extravagante époque où jamais les droits humains n'ont été aussi avancés. Les femmes, les minorités, les handicapés, les pauvres, les homosexuels accèdent lentement à l'égalité par le droit dans les démocraties occidentales. Extravagante époque où jamais les droits humains n'ont été aussi mal compris. Voilà que la liberté de culte est prise pour une agression et la liberté sexuelle pour une aberration. On pourrait penser que la foule n'approuve pas le chemin qu'empruntent nos démocraties. Or, il serait faux de le croire ! Une idée ne s'élève et se concrétise par le droit qu'après avoir habitée les âmes comme une opinion puis comme une conviction. C'est ainsi qu'en 1968, la France ratifie la classification des maladies mentales de l'OMS dans laquelle figure l'homosexualité et que plus de 40 années plus tard, le 23 avril 2013, le mariage des couples homosexuels est autorisé. L'idée a fait son chemin … Est-ce à dire qu'elle est partagée à l'unanimité ? Seul un esprit candide oserait le penser! C'est justement à ce moment que le droit entre en jeu pour protéger la nouvelle norme à respecter. Et ainsi va la vie d'une société démocratique. Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je vous respecte …

Une idée se propage au sein des masses, elle se partage, se transmet, s'alimente et parfois s'impose. Depuis la révolution industrielle, les médias se diversifient, se perfectionnent, les idées circulent plus vite encore. Les médias véhiculent-ils uniquement les idées présentent au sein des masses ou créent-ils aussi des idées? L'adage dira :"est-ce le journal qui fait l'opinion ou l'opinion qui fait le journal?" Certains nous rétorqueront que les médias ont pour rôle de nous informer. Nous répondrons que l'information créer l'opinion. Si une idée peut émerger de la masse, elle peut également provenir d'instances supérieures. Et si l'on nous demandait quels sont les enseignements de la Torah ou les cinq piliers de l'Islam, que pourrions-nous répondre? Et si l'on nous demandait notre opinion sur l'Islam ou le Judaïsme que répondrions-nous? Une religion de violence, rétrograde, qui soumet la femme et qui cherche à conquérir de nouvelles terres pour la première, la religion d'une petite élite qui cherche à dominer le monde par la finance et la politique pour la deuxième. Et comment pouvons-nous construire une opinion sans n’avoir aucune connaissance du sujet? Simplement parce que nous compilons des informations. À force de voir apparaître les mots terroristes, attentats, violences lorsque l'on évoque les musulmans et pouvoir, politique et argent lorsque l'on évoque les juifs, nous finissons par les associer. Qui peut nier que les masses s'éduquent aussi par les médias? Si notre propos n'est pas d'attribuer à la masse une servilité aveugle à l'information, il n'en reste pas moins que l'impact de sa diffusion sous forme simpliste et de sa répétition exaspère les consciences et enflamme les instincts primitifs. C'est ainsi que les musulmans deviennent des terroristes et les juifs une élite qui domine le monde. Paradoxales sont nos sociétés démocratiques qui tendent vers plus de justice, plus de liberté et qui cherchent en leur sein les coupables de leurs propres maux.

Comment peut-on expliquer Christchurch? Comment peut-on expliquer Pittsburgh? Situations cocasses dans lesquelles deux individus ont placé toutes les ressources de leurs esprits et ont soumis leurs entières volontés au profit d'une cause … la suprématie blanche. N'est-ce pas là la définition du terrorisme religieux? Des attentats antireligieux qui sont perpétrés dans des démocraties, pacifiées et très peu soumises aux actes terroristes. Dans ce cas, qu'est-ce qui justifie ces actes? La folie peut-être … et même sûrement. Mais d'où proviennent les idées, comment se sont formées les opinions? Si nous admettons qu'il est impossible de quantifier la responsabilité des médias, il nous paraît néanmoins important de souligner leur implication dans la construction de raccourcis visant à désigner des populations comme responsables des difficultés que traversent nos sociétés démocratiques.

Napoléon disait :"Il n'existe qu'une seule figure sérieuse de la rhétorique, la répétition." Actuellement, l'information est diffusée comme l'on diffuse de la publicité: elle se présente comme une affirmation que l'on répète à longueur de journée. Pittsburgh et Christchurch sont les victimes de deux terroristes certes, mais aussi d'un système qui les a mis en lumière comme les instigateurs du désordre de leurs vies.

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