France Police, soutien des gilets jaunes, porte plainte contre une chanson...

Chaque samedi, quelques dizaines de milliers de personnes promènent dans les rues leurs drapeaux tricolores, en chantant la Marseillaise. Un syndicat de policiers annonce systématiquement des chiffres de participation délirants,sans rapport, de toute évidence, avec la mobilisation réelle. Des chiffres que reprennent, avec ravissement,certains commentateurs du Club de médiapart.

france-police-gilets-jaunes-manifestants

Capture d'écran à partir du site de France Police Policiers en colère, qui évoque, sans rire, à propos des gilets jaunes,  "vingt semaines de mobilisation inédites depuis la Commune de Paris".

Ces gens, manifestement, n'ont jamais entendu parler, ni des grèves de 1936, ni de celles de 1968, ni même, pour prendre des exemples plus proches de nous, des grèves de décembre 1986, de celles de 1995, de 2003...

Ce syndicat, France-Police Policiers en colère, donc, avait fait l'objet, dés le 17 janvier dernier, d'un article de France Soir, dont j'extrais ces quelques lignes:

Des interviews données à des sites dit de "réinformation" de la fachosphère et une équipe syndicale où se côtoient des personnes proches de l'extrême droite ou encore membre du Rassemblement national: le syndicat France Police-Policiers en colère, plutôt marginal au sein des forces de l'ordre, fait beaucoup parler de lui sur les réseaux sociaux depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. (...)

Notons également que France Police est la seule entité qui propose un décompte des manifestants depuis le début du mouvement. Leurs chiffres sont très largement supérieurs à ceux du ministère de l'Intérieur. Le 24 novembre, le syndicat avait ainsi recensé un million de manifestants, contre 81.000 selon les autorités. Le samedi 5 janvier lors de l'Acte 8, le syndicat a estimé la participation à 300.000 manifestants, contre 84.000 selon Beauvau. Des chiffres qui ont un certain succès sur les pages des réseaux sociaux proches de Gilets jaunes ou se revendiquant comme tel. Le dernier comptage a également été partagé par des pages internet bien plus sulfureuses comme le site de Salim Laïbi, un militant complotiste et antisémite qui a été un temps poche d'Alain Soral avant de se brouiller avec lui.

(...)

Comme les "gilets jaunes", France Police policiers en colère se prétend, bien évidemment, "apolitique".

Mais, comme pour les gilets jaunes, pas besoin de creuser longtemps pour comprendre que ce prétendu "apolitisme" signifie "surtout pas de gauche".

Toujours selon le même article de France-Soir :

En épluchant le profil de ses cadres, il ressort ainsi une forte représentation de l'extrême droite. Michel Thooris (secrétaire général de ce syndicat) a lui même été élu sous l'étiquette du Rassemblement Bleu Marine, et était le conseiller "Police" de Marine Le Pen pour les élections présidentielles de 2012. Il est régulièrement l'invité de RT France. Il a d'ailleurs donné plusieurs interviews à des sites de la fachosphère, notamment Riposte Laïque, connu pour son islamophobie manifeste et grand colporteur de Fake News, dont la dernière en date sur le traité d'Aix-La-Chapelle. Michel Thooris y a signé un billet en octobre dernier concernant le fait qu'en Italie "on a le droit de tirer sur son cambrioleur". De son propre aveu, il décrit les émeutes de 2005 en banlieue comme une "intifada aux cris d’Allahou Akbar".

On retrouve également dans l'équipe dirigeante de France Police un certain Damien Monchau, élu au conseil national du RN ainsi qu'ancien candidat (battu) du Front national aux législatives de 2017 et aux municipales partielles de 2015 à Vénissieux. Mais aussi Marc Taïr, membre du comité de soutien de Marin Le Pen pour la présidentielle de 2012; Smaïl Khaldi, de la très droitière Union des patriotes français juifs, que préside également Michel Thooris; ou encore Jean-Paul Laurendeau, historique du syndicalisme d'extrême droite. Celui-ci, "membre fondateur honoraire" de France Police, a ainsi créé et dirigé le syndicat "FN-police" en 1995 et lancé son équivalent en prison "FN-pénitentiaire" en 1996 (deux organisations dissoutes par la justice dès 1998).

France Police vient de faire à nouveau parler de lui, en déposant une plainte...

Contre un directeur d'école primaire !

france-police-plainte-chanson

Capture d'écran à partir du site de France Police.

Une démarche positive, mais insuffisante, selon Tanguy Pastureau:

laughing

Les enfants, ne faites pas pipi sur la police ! Tanguy Pastureau maltraite l'info © France Inter

Tout cela n'empêchera évidemment pas, dés samedi prochain, des commentateurs pro-jaunes de reprendre les prochaines "estimations" de France Police, pour tenter de nous convaincre que la participation à leurs promenades du samedi est minorée par "la presse aux ordres" ( tous aux ordres, sauf RT, c'est bien connu !)

Mais au moins, ils ne pourront plus faire semblant de ne pas savoir qui sont les gens qui voient vingt  mille manifestants là où l'on en compte au grand maximum trois mille...  

En attendant, France Police a obtenu une première victoire:

ludres-aldebert

Capture d'écran à partir de cet article paru dans L'Est Républicain.

On trouvera ici une pétition de soutien à l'équipe enseignante de cette école , première victime de la vindicte du syndicat pro-Gilets jaunes.

Le texte est sobre:

Nous souhaitons, par cette pétition, apporter tout notre soutien à l’équipe enseignante de l’école élémentaire Prévert de Ludres.

Nous  soutenons les professeurs dans leur choix pédagogique et dans leur projet de spectacle autour d’Aldebert pour la fin d’année.

3200 personnes ont déjà signé.

Et ce n'est pas une estimation de France Police...

smile

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.