Ruffin et Mélenchon n'acceptent pas qu'un assassin soit qualifié de martyr: bravo !

Il est rare que je m'installe devant mon clavier pour applaudir à une prise de position de Jean-Luc Mélenchon. Cette fois, pourtant, dans l'affaire des messages ignobles qualifiant de "martyr" l'assassin de deux jeunes femmes à Marseille, le président de la France Insoumise a parlé clair, sans tourner autour du pot : il condamne ces messages abjects.

Reprenons.

Toute l'affaire démarre, le 2 octobre dernier,  avec ce message, posté par une certaine Sonia Nour, dont je n'avais jamais entendu parler, au lendemain de l'assassinat, à Marseille , de deux jeunes femmes, deux passantes, mortes poignardées à vingt ans parce qu'elles ont croisé la route d'un dingue.

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Des commentaires aussi délirants que celui-ci, ou même pires, postés par des gens qui ne savent rien de l'actualité qu'ils commentent, et à qui nul ne demandait rien, on en lit sans cesse.

Y compris, parfois, dans les fils de commentaires de Médiapart...

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Problème: Sonia Nour n'est pas une gamine un peu perturbée.

C'est une chargée de mission, militante communiste, qui travaille comme membre du cabinet du maire de La Courneuve.

Elle a été, auparavant, membre du bureau national de l'UNEF, ce qui suppose, me semble-t-il, un minimum de culture politique et de sens des responsabilités.

Le maire de la Courneuve réagit dés qu'il est informé, et son communiqué est impeccable:

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C'est alors qu'entre dans  la danse la suppléante de François Ruffin, qu'on n'attendait pas:

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Une jeune femme qui, semble-t-il, n'en est pas à son coup d'essai dans les dérapages sur twitter:

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Informé, François Ruffin réagit immédiatement.

Avec netteté.

Sans chercher à noyer le poisson.

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 N.B. : contrairement à ce qu'affirme le chapeau de cet article, Sonia Nour n'est pas une élue.

Si elle l'était, elle pourrait impunément écrire n'importe quoi, protégée par l'immunité parlementaire.

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Tout ce qui devait être dit est dit, avec fermeté.

C'est enfin le tour de Mélenchon, interpellé par Richard Ferrand, de réagir.

On pouvait s'attendre au pire, lorsqu'on connaît l'obstination avec laquelle le leader de la FI défend des régimes indéfendables, nie avoir dit ce que tout le monde peut l'entendre dire, et injurie copieusement ceux qui osent insister.

Pourtant, pour une fois, miracle !

Mélenchon, lui non plus, ne tourne pas autour du pot.

Ce qui lui permet, dans un second temps, de renvoyer, de manière crédible, Richard Ferrand à ses propres contradictions:

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Un sans-faute, donc, pour cette fois, tant pour François Ruffin (qui , à ma connaissance, n'a jamais dérapé) que pour Mélenchon (qui, euh ... bon, bref, ce n'est pas le sujet de ce billet ! sealed )

Reste une question:

Comment deux jeunes femmes, toutes deux engagées à gauche, et donc, logiquement, partageant des valeurs humanistes et internationalistes, ont-elles pu en venir, la première, à qualifier de martyr un fou furieux qui aurait pu être son assassin, si elle s'était trouvée, comme les deux malheureuses passantes, dans une rue de Marseille au mauvais moment, et la seconde, à prendre la défense de la première ?

Zoé Desbureaux, depuis, a publié ici une mise au point:

« Militante obstinée pour la paix entre les peuples, pour les droits de chacun et chacune, mobilisée contre l’injustice j’ai été très affectée par tous les attentats qui ont eu lieu dans le monde entier et je m’associe à la douleur des proches et victimes. Combien de fois ai-je participé aux rassemblements d’hommages rendus aux victimes des multiples attentats ?

Aussi, je n’ai pu résister à apporter mon soutien à Sonia Nour, militante passionnée pour les droits des femmes, quand j’ai pu lire les menaces qui pesaient sur elle, et même si les termes n’étaient pas adaptés ici, car on doit peser chaque mot lorsque l’on parle d’horreurs pareilles, j’ai soutenu une femme en danger, menacée. C’est à la femme que s’adressait mon soutien.

Difficile de supporter un tel déferlement de haine.

Loin d’imaginer la déferlante que cela constituerait, je me retrouve à présent accusée de pensées contre lesquelles je me mobilise au quotidien.

Me voilà aujourd’hui victime d’insultes, de menaces de viol et de mort.

Je regrette amèrement qu’on ait pu penser une seule seconde que je minimisais la violence des attentats, et je réaffirme ma totale condamnation de tout acte terroriste. »

Dont acte.

Faute avouée...

Le cas de Sonia Nour est plus inquiétant.

Elle s'embourbe un peu plus à chaque nouvelle prise de parole.

Ne semblant pas prendre conscience de la gravité de ce qu'elle a écrit, du caractère inacceptable du mot "martyr" utilisé pour décrire un assassin, elle s'enfonce lamentablement, en tentant de nous expliquer, laborieusement, que, lorsqu'elle écrit "martyr" , il ne faut pas comprendre "martyr", qu'elle emploie ce mot "dans le sens psychanalytique du terme" (???) , "d'un point de vue narcissique" (????), qu'elle a oublié les guillemets...

On croirait entendre le Mélenchon des mauvais jours, celui qui nous expliquait que, lorsqu'il dénonçait les travailleurs détachés qui "volent le pain" des travailleurs déjà en place, il y mettait des guillemets, qu'on n'entendait pas à l'oral...

Malheureusement pour Sonia Nour, le message qui lance la polémique est écrit.

Et il n'y a pas de guillemets.

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Le mieux qu'elle pourrait faire, en attendant la réunion de la commission disciplinaire qui doit légitimement statuer sur son cas, serait:

1) de reconnaître que son texte était déplacé, ignoble, scandaleux;

2) de présenter aux familles des victimes ses plus plates excuses;

3) de proposer une mesure de réparation.

4) pour éviter dorénavant d'écrire n'importe quoi, de réfléchir au sens des mots, de lire, de se cultiver, comme elle le suggérait elle-même dans cette vidéo:

Qu'est-ce que tu attends de l'université d'été ? Sonia Nour, militante à la Courneuve © PCF - Parti communiste français

 

Mais, jusqu'à présent, elle s'enferre.

Et elle en arrive même à demander de l'aide, se posant en victime de la fachosphère, attaquée parce que "racisée", alors que l'origine de ses problèmes, c'est tout de même bien son message inhumain, dépourvu de toute empathie pour les deux passantes poignardées par un dément (qu'il soit islamiste ou que sa démence porte un autre nom, cela ne change rien pour ses victimes) .

Consternant.

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Lorsqu'elle poste ce nouveau message, dans lequel elle s'affirme "choquée", non par l'assassinat au couteau de deux jeunes femmes de son âge, mais seulement par la décision du maire à son encontre, a-t-elle une pensée pour les deux victimes de l'assassin de Marseille, qui, elles, n'auront jamais d'enfant, et dont la vie fut si tôt écourtée par un cinglé qu'elle a osé qualifier de "martyr" ?

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