Education Nationale: contrairement au terrorisme, le ridicule ne tue pas...

Afin de conseiller les chefs d'établissement, le ministère de l'Education Nationale a publié un "Guide des bonnes pratiques" en cas d'intrusion de terroristes dans un établissement scolaire. A la lecture de ce document, on hésite entre hilarité et consternation...

Que faire en cas d'intrusion de terroristes dans une école, un collège ou un lycée ?

Les bureaucrates du ministère de l'Education Nationale se sont penchés sur le problème, et on produit ce petit "guide des bonnes pratiques".

J'en extrais ces consignes:

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Et cette illustration:

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Résumons :

1) Il faut " faire respecter un silence absolu", mais après avoir traîné, pour barrer la porte, une armoire ( les bureaucrates du ministère s'imaginent-ils qu'elles sont vides ?), un bureau,  ou d'autres meubles; puis renversé les tables par terre, afin d'en faire une protection. C'est bien la peine, après avoir fait un pareil barouf, de vérifier que les portables ne sont pas même en mode vibreur...

2) Au fait... Les bureaucrates sont-ils au courant que dans une salle de classe, pendant un cours, les portables sont, normalement,  déjà éteints ? Ou bien s'imaginent-ils que les élèves papotent au téléphone, et que les sonneries de portables agrémentent régulièrement le cours ?

3) Rassurer les personnes qui manifestent un stress... Fort bien. Mais comment fait-on s'il faut en même temps respecter un silence absolu ?

4) "s'éloigner des murs, portes et fenêtres" , mais sans sortir de la pièce. Là, c'est une énigme: où installe-ton les trente ou trente-cinq éléves ?

Sachant que la salle de classe n'est pas vide, mais entièrement occupée, bien sûr, par les tables et les chaises...

Pour mettre les élèves au centre de la pièce, il faut repousser tables et chaises près des murs...

Tout cela, bien évidemment, dans le plus grand silence...

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Wikipedia nous apprend que l'AK 47, modèle le plus répandu de fusil d'assaut, a une portée pratique de 200 mètres, précise jusqu'à 400 m.

Dés lors, à quoi sert-il de demander aux enfants de s'éloigner d'un mètre ou deux des portes et fenêtres ?

Quant à l'illustration...

Dans quel établissement scolaire les bureaucrates qui ont préparé ce guide ont-ils rencontré des classes de sept élèves, encadrés par deux adultes, confortablement installés dans des salles immenses où, lorsqu'on a mis l'armoire et le bureau devant la porte, et renversé les tables pour en faire une protection (d'une remarquable efficacité, n'en doutons pas, contre les rafales d'un fusil d'assaut), il reste encore la place suffisante pour se promener ?

Admirons au passage le confortable fauteuil à roulettes ergonomique, sans aucun doute fréquent dans les bureaux des rectorats et autres directions académiques,mais dont je n'ai jamais vu aucun exemplaire dans une salle de classe...

Rappelons aussi que de nombreuses portes de salles de classe s'ouvrent vers l'extérieur, et que la partie haute est vitrée...

On mesure, avec ce type de document, le fossé qui sépare les bureaucrates et hiérarques de l'Education Nationale, ceux qui pérorent interminablement, de réunion en réunion, des réalités du terrain.

 

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