Quand ils font de notre jeunesse un navire en plein naufrage, sans radeau, sans capitaine,
Quand ils déchirent toutes les pages des chansons et des romans,
Si l'histoire en est trop belle,
Quand ils achètent
jusqu'aux planètes
jusqu'aux amis
jusqu'aux amours
jusqu'aux poètes,
Quant ils s'acharnent sur nos guitares,
Pour qu'elles ne veuillent jamais plus chanter sans eux,
Quand ils feront de notre vie une rose sans jardin,
un jardin sans hirondelles,
Quand, pour mieux tirer leurs canons,
Dans les forêts ils feront couper
jusqu'au dernier chêne,
Et quand les gosses, comme les biches,
seront offers aux jeux stupides des gens riches,
Quand ceux qui s'aiment
Comme l'on s'aime,
N'auront plus d'yeux pour se chercher entre les ruines
Quand ils auront fait de la terre un immense terrain vague,
Sans musique et sans poèmes,
Quand les oiseaux, devenus fous, chercheront de l'eau partout
Pour y éteindre leurs ailes
Et quand Venise, comme une femme, blessée à mort, s'écroulera dans sa lagune,
Et quand la Lune, blanche grenade, achèvera les hommes en cendres que nous fûmes,
Me diras-tu, mon pauvre amour,
Qui'il faut toujours
LEUR PARDONNER ?
On retrouvera cette chanson, à partir de 24'30, dans ce récital de 1964, dont la première chanson m'a suggéré le titre de ce billet...
Récital publié sur l'excellent compte des Chanteuses échevelées:
La chanson a été reprise, notamment, par Rosalie Dubois.
Nicole Louvier, cependant, n'était pas seulement interprète, s'accompagnant sur scène à la guitare, mais aussi écrivaine.
Et, dans sa vie privée, cela ne se disait pas en ces temps-là...
Lesbienne.
Publié en 1953 aux éditions de la Table Ronde, son premier roman , Qui qu'en grogne, provoquera, par son évocation d'amours entre jeunes filles, un certain scandale.
En même temps, elle publie un recueil de poèmes érotiques, sous le titre de Chansons interdites.
J'en ai trouvé le texte sur ce blog, consacré à la littérature lesbienne.
En 1959, Nicole Louvier aggrave son cas, déjà pendable, en publiant Les Marchands, nouveau roman, dans lequel elle met en scène une jeune chanteuse, exploitée par les producteurs du show - business.
Ce n'est pas le sujet idéal pour se faire de nouveaux amis...
Elle part un temps vivre dans un kibboutz, puis revient à Paris.
Elle décède, en bonne féministe, un 8 mars (2003), à l'âge de 69 ans.
Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse.
Elle y repose en bonne compagnie, aux côtés, notamment, de Delphine Seyrig, Simone de Beauvoir, Germaine Sablon, Sébastienne Danton (femme de...), Andrée Viollis, Mireille Hartuch ( la fondatrice du Petit Conservatoire de la Chanson), Susan Sonntag, Jacqueline de Romilly...