Maxime Nicolle , Eric Drouet et l'extrême droite

L'Obs vient de publier une passionnante étude menée à partir des profils facebook des deux leaders les plus médiatiques des gilets jaunes.On y découvre que les deux relaient des propos complotistes ahurissants, et que Maxime Nicolle a "liké" de nombreuses publications de Marine Le Pen.

On trouvera ici cette étude, menée par Roman Bornstein, pour la fondation Jean Jaurès.

L'auteur de cette étude rappelle d'abord que les deux porte-paroles des Gilets Jaunes ont effacé toutes leurs publications antérieures au début du mouvement.

On peut légitimement se demander pour quelles raisons...

Commentaire de l'auteur de l'étude:

Si l'on ne peut en tirer de conclusion définitive sur leur appartenance idéologique, on remarquera simplement que ce sont rarement les militants de la gauche républicaine qui sont gênés par leurs prises de position passées.

Effectivement...

Toutefois, trois dérapages d'Eric Drouet ont été largement médiatisés:

Le 3 décembre, il relaie l'intox du pacte de Marrakech sur les migrations. Puis le 5 décembre, il déclare sur BFMTV "si on arrive devant l'Elysée, on rentre dedans". Le 24 décembre, il s'attire des critiques en partageant un article qui s'en prend aux "racailles" et à "l'immigration de masse", publié à l'origine sur le site de Vincent Lapierre, un journaliste gravitant entre les sphères antisémites d'Alain Soral et de Dieudonné.

Mais l'auteur de l'étude attire l'attention sur un autre "dérapage", beaucoup moins médiatisé, de celui que Mélenchon trouve "fascinant".

Le 26 novembre, le chauffeur routier organise depuis la cabine de son camion un Facebook Live dans lequel les membres de "La France en colère !!!" qui le souhaitent peuvent intervenir en vidéo pour poser des questions ou débattre de propositions. Sa retransmission dure depuis déjà deux heures quand il prend l'appel d'un certain Stéphane Colin, qu'il ne tentera jamais d'interrompre ni de contredire.

Et pourtant, les propos de ce Stéphane Colin, dont on trouvera des morceaux choisis dans l'article de l'Obs, sont ahurissants de complotisme et d'antisémitisme.

Le gars évoque le complot d'une "mafia khazar" sioniste qui dirigerait le monde, depuis 500 ans, compare les hommes politiques à des tiques, suggère de brûler les bureaux de vote, affirme que les Noirs ne participent pas au mouvement parce qu'ils vendent de la drogue H 24, déclare qu'il n'y a pas de réchauffement climatique, mais au contraire un refroidissement...

Il menace les journalistes en ces termes:

"C'est pas comme ça qu'il faut agir, c'est attaquer nos 'merdias'. Ça j'en démords pas. Dans chaque région de France si vous avez un bureau, une antenne d'Antenne 2, de France 2, de TF1, de BFM, il faut les attaquer. Prendre leur matériel. J'ai pas dit de les frapper, hein ! Tu leur mets des menottes comme nous traitent les CRS. Tu les mets dans une pièce, menottes, et tu leur dis 'ferme ta gueule' !"

Commentaire de l'auteur de l'étude:

Hormis quand son intervenant lui explique que les blocages ne servent à rien, jamais Eric Drouet ne tentera de l'arrêter, d'opposer une contradiction ou même de se désolidariser pendant le quart d'heure que dure sa tirade. Pour le reste, il abonde : "ouais, je sais, je sais" ; "il y a un mec qui l'avait expliqué sur cette émission, c'est les banques qui plaçaient qui elles voulaient au final".

Alors que son invité enchaîne une dernière envolée sur "la mafia sioniste" et l'attaque nécessaire contre "les merdias", Eric Drouet va plus loin que la complicité passive qu'il affichait jusqu'ici en offrant sa plateforme et sa visibilité à de tels propos. Constatant l'enthousiasme des commentaires en direct des internautes, il va l'encourager à se mettre en relation avec ses nouveaux fans :

"Il y a des gens qui veulent ton nom, il y a des gens qui veulent te parler. Il y en a beaucoup qui sont d'accord [...], je leur dis comment tu t'appelles, ils veulent tous te parler."

Ces propos-là n'ont pas été prononcés sur un plateau de télévision, dans le stress du direct, la chaleur de l'éclairage et la pression de journalistes avides d'extorquer une déclaration polémique à un novice politique peu habitué des médias. Ils ont été tenus au calme, dans un contexte où Eric Drouet était en maîtrise totale : il ne s'agit pas d'un dérapage. 

Voilà le personnage qui "fascine" Mélenchon, et avec lequel Priscilla Ludovsky vient d'annoncer qu'elle ne voulait plus être confondue.

Les délires complotistes de Maxime Nicolle sont mieux connus; il ne les dissimule guère.

Il diffuse plusieurs fake news sur le pacte de Marrakech sur les migrations, il prétend détenir des documents secrets capables de "faire tomber le gouvernement" et de "déclencher une troisième guerre mondiale", il interprète l'attentat de Strasbourg le 11 décembre comme une manipulation du pouvoir pour faire peur aux Français, il dénonce la dette française comme "une invention de Rothschild" destinée à empêcher la redistribution des richesses...

(...)

Maxime Nicolle a également profité d'un Facebook Live pour dénoncer un prétendu réseau de riches pédophiles protégés par l'Etat et les médias :

"Les riches multimilliardaires qui ne sont pas condamnés pour pédophilie, leurs petits réseaux où ils achètent des enfants sur le darknet [...], c'est jugé vite fait, on en parle pas aux médias parce qu'ils payent à mort. Il y a des riches condamnés pour de la pédocriminalité, tout ça on n'en parle pas.

Par ailleurs, l'auteur de cette étude a retrouvé trace de nombreux "like" et commentaires élogieux publiés par Maxime Nicolle sous des publications de Marine Le Pen.

Conclusion:

Eric Drouet et Maxime Nicolle ne resteront peut-être pas les leaders incontestés des "gilets jaunes". Cependant, tant qu'ils le seront, on pourra affirmer que le mouvement est de facto piloté par des sympathisants d'extrême droite.

Il serait impossible de tous les citer ici, mais il existe d'autres leaders du mouvement en province parmi les administrateurs des groupes Facebook locaux. Tous se présentent également comme des citoyens apolitiques, ce qui ne veut pas dire sans coloration idéologique. En fouillant dans leurs comptes Facebook, on trouve également, pas chez tous mais chez beaucoup d'entre eux, du contenu anti-Macron et anti-migrants, des propos racistes, une proximité avec des groupuscules d'ultra-droite, des appels à prendre les armes après le Bataclan, des commentaires homophobes sur la Gay Pride, des photos de Jeanne d'Arc, des likes sur les pages de Dieudonné.

Rien de tout cela n'est neutre politiquement, mais rien de tout cela ne pose problème aux "gilets jaunes". La seule faute impardonnable qui vaut défiance et soupçons est d'avoir exercé des responsabilités syndicales et d'avoir été candidat sur la liste d'un parti politique, quel qu'il soit, FN/RN compris.

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